Nickel : l’Etat entend sauver l’usine du Sud en Nouvelle-Calédonie

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VALE
Usine du Sud (Vale) de cobalt et nickel en Nouvelle-Calédonie (VNC) ©AFP
Une offre de reprise crédible du grand site industriel calédonien a été faite par le consortium "Prony Ressources" associant la Nouvelle-Calédonie et le négociant suisse Trafigura, a indiqué le ministère des Outre-mer. Le gouvernement veut assurer le sauvetage de l'usine du Sud.
L’offre de rachat concurrente, portée par les indépendantistes calédoniens de la Sofinor et le groupe coréen Korea Zinc, se présente sous la forme d'un document essentiellement politique. Cette lettre d'intention a été remise à Sébastien Lecornu, le ministre des Outre-mer, pendant son récent séjour en Nouvelle-Calédonie. La direction de Vale Canada a reçu un document similaire. Le sort de l'usine menacée de fermeture est assuré jusqu'à la fin de l'année. Elle produit le nickel et le cobalt destiné au marché des batteries pour les véhicules électriques. Vale a déjà annoncé la mise en place d'un actionnariat salarié dans l'attente d'un nouveau repreneur. Le groupe a fait son choix, il s'agit du consortium Prony Ressources. Les indépendantistes calédoniens s'y opposent. 


L'offre "Prony Ressources"

L’offre exclusive faite par un consortium majoritairement calédonien porté par le groupe Suisse Trafigura a le soutien des acteurs économiques, des salariés et des syndicats de l'usine. Mais aussi des responsables politiques de la Province Sud. Près de 3 000 emplois au total sont concernés. Le consortium associant Trafigura (25%), des représentants des provinces calédoniennes (20%), des salariés actionnaires (23 %), la société civile calédonienne (7%) et la compagnie financière de Prony (25%) a réuni un financement de 1,2 milliard d’euros, a précisé le président de Vale NC Antonin Beurrier.


Contestation

Les indépendantistes calédoniens, majoritaires en Province Nord, contestent ce projet de reprise bien avancé. Manifestations, blocages de la circulation, de l’usine et de la mine, se sont produits durant le week-end et se sont poursuivis lundi. "Des militants radicalisés ont refusé la table ronde proposée, le dialogue avec Vale n’est pas leur but qui est politique", a déclaré à Outre-mer 1 ère, sous couvert d’anonymat, un conseiller de Vale Canada


Alternative

L’objectif est de permettre à la Sofinor, bras minier des indépendantistes du FLNKS, adossée à un industriel coréen d’obtenir les titres miniers et de prendre le contrôle de l’énorme gisement de nickel et de cobalt de Goro ainsi que de son usine. Korea Zinc, intéressé par le rachat, reste très en retrait et semble même un peu dépassé par la tournure prise par les événements. Pour ce que l'on sait, le coréen bénéficierait de la totalité de la production de l'usine du Sud et choisirait ses clients, essentiellement en Asie. 
 

Fiable ?

L’offre, à laquelle participe Korea Zinc est appelée "usine du Sud usine Pays" par ses partisans. Le rachat serait financé par le groupe coréen. L'offre de reprise, qui tient en quelques pages selon Vale, est parvenue très tardivement. La direction canadienne de Vale l’a rapidement rejeté, car elle n’offrait, selon ses analystes, aucune garantie concernant notamment les emplois et l’environnement. L’offre faite par Sofinor et Korea Zinc a été également jugée sévèrement par les experts de Bercy. Une note interne, que s’est procurée Outre-mer 1 ère, décrit "une structure de gouvernance confuse", un "projet économique réduit à quelques lignes (…) sans apporter de réponse sur l’origine des fonds".
 

Le gouvernement arbitre

Dans un courrier adressé lundi 16 novembre au président du conseil coutumier Djubéa-Kaponé, John Tindao, et au porte-parole du collectif, Raphaël Mapou, dont Nouvelle-Calédonie 1ère a pris connaissance, le ministère des outre-mer rappelle que : "L’Etat ne dispose pas, à ce jour, des données financières, même minimales, qui permettraient d’évaluer la solidité du projet de reprise par la Sofinor et Korea Zinc (…) à ce jour, l’offre portée par le consortium "Prony Ressources" est la seule offre dont l’Etat ait eu connaissance. Cette offre est, en outre, largement soutenue par les salariés de l’usine". Le ministère des Outre-mer se dit, par ailleurs, ouvert à toute proposition qui viendrait renforcer le sauvetage en cours de l’usine du Sud.
 

Je laisse la politique à la porte de l’usine, je ne me préoccupe que de sauver les emplois et d'assurer un avenir au site industriel

Sébastien Lecornu, ministre des Outre-mer


Crédibilité de la Nouvelle-Calédonie

A Londres, les investisseurs et les analystes du marché mondial du nickel suivent avec attention la situation. Il en va de la crédibilité industrielle de la Nouvelle-Calédonie, cinquième producteur mondiale de nickel. "J'espère malgré tout que l'accord entre Vale et le consortium (Nouvelle-Calédonie-Trafigura ndlr) sera conclu pour garantir l'avenir de ce grand site industriel" a estimé Jim Lennon, expert mondialement connu du nickel et consultant du géant australien Macquarie.

Il en va aussi de la crédibilité de l’industriel Vale désormais accusé par ses détracteurs d’avoir favorisé le consortium Prony Ressources, sans avancer pour le moment la moindre preuve. Outre-mer 1 ère a appris que le groupe brésilien serait entré en contact avec la direction de Korea Zinc qu’il connaît bien, afin d’avoir une franche explication et pour lui demander de se désolidariser de la campagne de désinformation et d'agit-prop dont Vale s'estime victime.

L’usine du Sud est l’un des principaux sites mondiaux de production de nickel et de cobalt pour le marché en pleine croissance des batteries pour les véhicules électriques. La fermeture du site industriel calédonien servirait les intérêts de ses concurrents mondiaux. Le gouvernement français en est parfaitement conscient.
 
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