Nickel : les élus calédoniens en appellent à l’Etat pour l’usine du Sud

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VALE
Usine du Sud (nickel & cobalt) du groupe VALE en Nouvelle-Calédonie ©AFP
Indépendantistes et non indépendantistes de Nouvelle-Calédonie en appellent à l'Etat pour apaiser les tensions autour de la reprise du complexe minier (nickel/cobalt) de Goro dans le sud de l'île. Deux projets concurrents s'opposent et ils recoupent les divisions politiques du Territoire.
"L'Etat doit prendre fermement la main et piloter ce dossier au plus haut niveau. La situation politique et économique du pays l'exige", ont préconisé mardi les deux députés du Territoire Philippe Gomes et Philippe Dunoyer du parti Calédonie ensemble (centre droit). Selon eux, "après plusieurs mois de tensions et de désordre", la question de la reprise de cette usine métallurgique "connaît une période charnière", qui doit être "un temps utile".    


Stratégie

Les opposants au projet de reprise, par le consortium calédonien et international mené par le négociant en matières premières Trafigura, ont donc suspendu provisoirement leurs actions de terrain, à l'exception du blocage partiel du site industriel, tandis que la période de négociations exclusives entre ce consortium et Vale expire le 4 décembre.   
   
Le ministre des Outre-mer, Sébastien Lecornu, doit s'entretenir jeudi par visio-conférence avec dix dirigeants calédoniens sur le nickel, dans le cadre des discussions sur l'avenir politique de l'archipel initiées fin octobre lors de sa visite à Nouméa. Dans cette perspective, le sénateur Pierre Frogier (LR) a estimé "urgent que l'Etat se réengage dans la politique minière de la Nouvelle-Calédonie".
 

Offre "Prony Ressources" : Nouvelle-Calédonie et Suisse (Trafigura)

Adossée au grand gisement minier de nickel et de cobalt de Goro, l'usine du Sud de Vale, dont la production est destinée au marché des batteries des véhicules électriques, représente quelque 3.000 emplois et pourrait fermer si la transaction n'aboutit pas. La grande majorité des salariés et les syndicats de l’usine soutiennent le projet "Prony Ressources" avec Trafigura.   
 

Offre "Usine pays" : Nouvelle-Calédonie et Corée du Sud (Korea Zinc)

Soutenu par les indépendantistes du FLNKS, un collectif réunissant autorités kanak, et coutumières, baptisé "Usine du sud: usine pays", est vent debout contre "l'offre Trafigura" et défend un projet concurrent, une offre sous forme de lettre d’intention écartée par Vale, associant intérêts publics locaux (56%), à travers la société minière Sofinor proche des indépendantistes, porté par le conglomérat industriel coréen Korea Zinc. Une note d’analyse publiée par les services du ministère de l’Economie et des Finances jugeaient les modalités financières du projet "imprécises" et notamment concernant l’origine des fonds.

"Je sollicite très officiellement l'intervention de l'Etat dans ce dossier en faveur de l'offre avec Korea-Zinc", a néanmoins indiqué Daniel Goa, président de l'Union calédonienne (UC), dans une lettre adressée à Sébastien Lecornu.        

Alors que l'Etat, présent dans ce dossier au travers d'importants soutiens financiers, et la province Sud, dirigée par le parti loyaliste l'Avenir en confiance, sont favorables au consortium "Prony Ressources" entre la Nouvelle-Calédonie qui serait majoritaire et le négociant suisse Trafigura, M. Goa y voit une opération "pour éviter un réel développement économique, craignant qu'il ne serve de marchepied à notre revendication d'indépendance". 

Le collectif "Usine sud: usine pays" avait de son côté interpellé l'Etat la semaine dernière pour "l'organisation d'une table ronde, priorité absolue", après avoir refusé une réunion organisée par la direction de l’usine calédonienne.

Un processus de décolonisation progressif est en cours en Nouvelle-Calédonie où s'est tenu le 4 octobre un deuxième référendum sur l'indépendance remporté par les pro-français (53,3%). Un troisième scrutin devrait avoir lieu d'ici 2022. La Nouvelle-Calédonie est le cinquième producteur mondial de nickel. L'ingrédient de l'acier inoxydable est désormais porté par la demande pour les batteries électriques.
 
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