Nouvelle-Calédonie : continuer à pêcher le crabe de palétuviers à l’ombre de l’usine du Nord

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La vente des crustacés permet à cette mère de famille d’arrondir les fins de mois. ©Kelly Pujar
Avant la 3ème consultation sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie, des habitants partagent leur regard. Outre-mer la1ère donne la parole à Isabelle Goa, pêcheuse de crabes de palétuviers, de la tribu d’Oundjo, dans le nord de l'archipel.

En Province Nord, dans la petite tribu kanak d'Oundjo, Isabelle Goa, 54 ans, est une pêcheuse de crabes de palétuviers. Sur son temps libre, dès l’aurore, cet agent d’entretien se rend dans la mangrove pour capturer des crabes. Une technique qui se transmet de mères en filles. 

De février à fin novembre, la saison des crabes est ouverte. La vente des crustacés permet à cette mère de famille d’arrondir les fins de mois. “Ça représente beaucoup parce que ça rapporte de l’argent pour acheter du sucre, tout ce qui est nécessaire pour vivre. Et pour manger c’est bien aussi” explique-t-elle en nous montrant un crabe de deux kilogrammes, qu’elle vendra 3000 francs Pacifique, soit 25 euros. 

L'or vert de l'archipel

Gardienne de cette tradition, Isabelle travaille dans une société de nettoyage, un sous-traitant de l’usine Koniambo Nickel, l’une des trois usines de la Nouvelle-Calédonie. Celle qui a été conçue par les indépendantistes pour rééquilibrer les richesses entre la Province Nord et la Province Sud.

Inquiète de l’impact des rejets de l’usine sur le lagon calédonien, Isabelle Goa reste attentive au maintien de la bonne santé de la mangrove, la “nurserie” de la région. Elle veille aussi, avec d’autres pêcheuses, à maintenir l’accès à un pan de la mangrove désormais enclavé au sein du site industriel. Une façon de concilier le mode de vie traditionnel à proximité de la cathédrale de fer conçue pour traiter le nickel, “l’or vert”, principale ressource de l’archipel.

Pour Isabelle, l’avenir des jeunes ne peut pas être réduit au nickel. “Je suis confiante parce que s’il n’y a pas l’usine, ils ont la pêche. Ils ont le revenu de la mer. Les crabes, les poissons, des champs pour cultiver”, explique-t-elle. Indépendantiste, cette femme Kanak n’est pourtant “pas sûre d’aller voter le 12 décembre.” “Je suis mon instinct”, confie-t-elle à quelques jours du 3ème référendum d’autodétermination.