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La Nouvelle-Calédonie, ivre de ses abus d'alcool

La consommation massive d'alcool en Nouvelle-Calédonie entraîne des dégâts sociaux et une insécurité qui prennent des proportions préoccupantes.

Photo illustration © DMITRY KOSTYUKOV / AFP
© DMITRY KOSTYUKOV / AFP Photo illustration
  • La1ère (avec AFP)
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Chaque semaine, à la barre du tribunal de Nouméa, défilent des prévenus poursuivis pour une panoplie de délits : excès de vitesse, coups et blessures volontaires, vols avec effraction... dont le point commun est dans la quasi-totalité des cas d'avoir été commis "sous l'emprise d'un état alcoolique".

Aux questions des juges, une réponse revient en boucle : "j'ai perdu la tête, l'alcool m'a rendu fou". "Ici, on consomme en groupe, dehors, pour s'abrutir et sans s'arrêter du vendredi soir au lundi matin.

On assiste à des marathons d'alcoolisation avec des gens qui ne savent pas gérer, qui deviennent tout de suite violents", Alexis Bouroz, procureur de la République au tribunal de Nouméa.


La Nouvelle-Calédonie se classe au neuvième rang des territoires les plus violents de la République. En poste depuis trois mois à la direction de la sécurité publique, le commissaire général Alain Martinez se dit lui-aussi "halluciné" par l'incidence de l'alcool. "J'ai 37 ans de carrière et ce qui m'a surpris en arrivant, c'est l'alcoolisation. Au cours du premier trimestre, nous sommes intervenus pour 3.160 Ivresses publiques manifestes (IPM). Sur la même période à Mulhouse, plus peuplé que Nouméa, il n'y a eu que 106 IPM!", indique-t-il.

Même si le climat calédonien est plus propice que celui d'Alsace aux beuveries en plein air, Alain Martinez estime qu'il "s'agit d'un phénomène très grave et destructeur".


Le carburant de toutes les violences

"On a récemment ramassé un individu qui dormait sur le trottoir avec son gamin de deux ans et demi à ses côtés. Il avait plus de trois grammes. Imaginez les enfants élevés dans ce contexte", déplore-t-il. Lors d'une récente enquête, l'Agence sanitaire et sociale a demandé aux personnes qui se déclaraient "buveurs excessifs" ce que voulait dire pour eux "boire trop".

"La moitié a placé la barre à 15 canettes de bière", témoigne effaré Patrice Hoarau, responsable du programme addictologie, précisant que la bière représente 43% de la consommation d'alcool dans l'archipel. Alors que la Nouvelle-Calédonie s'émancipe progressivement et qu'elle votera en 2018 pour ou contre son indépendance, cette addiction à l'alcool, qui touche tous les milieux mais apparaît plus sensible au sein de la société kanak, inquiète.

A la prison du Camp Est, plus de 90% des détenus sont Kanaks tandis que les acteurs sociaux tirent régulièrement la sonnette d'alarme sur le nombre croissant de "jeunes en perte de repères" qui trouvent dans l'alcool et le cannabis un exutoire. L'impact se lit aussi sur les familles, avec dans les dernières statistiques de la délinquance, des hausses sensibles de la délinquance juvénile et des violences conjugales. Quant aux routes, celles de Nouvelle-Calédonie tuent quatre fois plus que celles de métropole, avec l'alcool au rang des premières causes.

Malgré ces constats, les pouvoirs locaux ne semblent pas prendre la mesure du phénomène. "Les élus savent que l'alcool pose problème, mais j'ai le sentiment qu'ils n'ont pas conscience à quel point il est le carburant de toutes les violences. La réglementation est même devenue un enjeu de politique politicienne", relate Jenny Briffa, journaliste, qui travaille à la réalisation d'un documentaire sur le "naufrage" de la Nouvelle-Calédonie dans l'alcool. Elaboré en 2012, un plan global de lutte contre les addictions a finalement été enterré, tandis que la hausse des taxes sur les produits alcoolisés est un serpent de mer.

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