Le 20 mars, la nouvelle tombait comme un couperet : à minuit, l'aéroport de la Tontouta serait fermé aux passagers arrivant de l'extérieur. Depuis, des habitants du Caillou doivent prendre leur mal en patience à l'endroit où ils se sont trouvés coincés. Au dernier recensement, ils étaient environ 1700, en Métropole, dans un territoire français et à l'étranger. Récits en provenance de l'Australie, les Etats-Unis, la Nouvelle-Zélande ou Wallis, alors que leur rapatriement doit commencer vendredi.

 

Comment c'est arrivé

© DR

[MISE A JOUR APRES ANNONCE DU PLAN DE RAPATRIEMENT]

Au matin du 30 mars, 1705 Calédoniens bloqués hors de Calédonie étaient recensés. Des résidents disséminés sur tous les continents, dans une quarantaine de pays et de territoires. Surtout en Australie, en Nouvelle-Zélande et dans l'Hexagone, mais aussi en Polynésie française, au Japon, en Thaïlande, en Indonésie, au Vanuatu, à Fidji, Wallis et Futuna​​​, etc. Comment en est-on arrivé là ?
Retour quelques jours en arrière...

MARDI 17 MARS
A ce moment, la Calédonie est encore préservée. Il est décidé que les passagers arrivant à l'aéroport de Tontouta, qui ne présentent pas de symptômes, devront s'isoler chez eux pendant quatorze jours. La mesure prend effet en soirée, à partir du vol arrivant de Narita. Après celui de 16h30 en provenance de Sydney.

MERCREDI 18 MARS
Un couple arrivé la veille de Sydney, par le dernier vol avant auto-confinement obligatoire, s'avère porteur du Covid-19. Ce sont les deux premiers cas confirmés en Calédonie.

JEUDI 19 MARS
• En réaction à la présence du virus, il est annoncé - entre autres - qu'il n'y aura plus de liaisons avec l'étranger à partir du mardi suivant, au plus tard. Le temps de permettre le départ des gens de passage et le retour des Calédoniens qui ont fait ce choix. 
• Tous les passagers arrivant sont placés en confinement strict pendant quatorze jours, dans des hôtels réquisitionnés.

VENDREDI 20 MARS
La nouvelle surprend : à 23h59, tous les vols internationaux vers la Calédonie doivent s'arrêter.
Pour contenir l'épidémie, et parce que les hôtels réquisitionnés pour confiner les voyageurs ont déjà montré les limites logistiques du dispositif. «Des dérogations exceptionnelles pourront être accordées (urgences sanitaires, sécurité, etc)», précise le gouvernement.
Une partie de la population juge cette fermeture tardive, l'aéroport cristallise les inquiétudes.

SAMEDI 21 MARS
Improvisation voire panique, pour de nombreux voyageurs qui étaient en route vers le Caillou, et qui doivent composer avec les fermetures de voies aériennes. «Un plan de rapatriement des résidents est en cours d’élaboration», transmet de son côté le gouvernement. «Tous ceux qui ont un logement et dont la situation n’est pas prioritaire sont invités à rester à l’endroit où ils se trouvent en respectant les mesures sanitaires imposées par les autorités locales.»

MARDI 22 MARS
Des passagers confinés dans des hôtels de Nouméa commencent à être renvoyés chez eux, sous réserve de pouvoir y rester auto-confinés. 

JEUDI 26 MARS
• Le plan de rapatriement «est en coconstruction par les acteurs institutionnels», est-il annoncé, «que sont le gouvernement, les provinces, le Sénat coutumier, le Congrès et le Conseil économique, social et environnemental». Tous doivent être consultés.
Il «sera soumis à une procédure de sélection», précisent les autorités : «le personnel médical en priorité ; les personnes ayant des antécédents médicaux ou des pathologies qui les rendent fragiles ; les familles avec enfants ; les personnes ayant des problèmes financiers.»
En fonction de leur «profil», les rentrants doivent être confinés à domicile, effectuer cette quatorzaine dans un hôtel ou rejoindre le Cise de Koutio.

VENDREDI 27 MARS
• Le plan s’organise et pourrait commencer très vite, assure le gouvernement. «On pourra vous donner, pour le début de semaine prochaine, une date pour ramener les Calédoniens à la maison», lance Christopher Gygès. 
• La Calédonie compte alors quinze cas confirmés, dont quatorze sont arrivés via l'extérieur.
• Les hôtels ont été en partie vidés des personnes qui y étaient confinées.

LUNDI 30 MARS
Le rapatriement des Calédoniens bloqués à l'étranger fait l'objet d'une conférence de presse. Le détail ici : 
 

Une Mondorienne à Sydney, sans traitement contre le cancer

© Sydney Opera House

Derrière les quelque 1400 Calédoniens qui attendent à l'étranger, il y a sans doute autant de situations compliquées. Certaines ont des aspects particulièrement graves. Quand Rachel* s'est envolée pour Melbourne le 7 mars, avec son mari Pierre*, elle avait le temps de renouveler son traitement une fois de retour, avec la pharmacie du Médipôle. Notamment de la chimiothérapie orale, très spécifique, «qui vaut extrêmement cher». Cette Mondorienne de 57 ans est traitée pour une récidive de cancer de la moelle osseuse. 

PREVU DE LONGUE DATE
Avant ce petit séjour, le corps médical ne s'est pas appesanti sur la pandémie de coronavirus. «On est partis rassurés», expliquait Rachel*, le samedi 28 mars, par messagerie instantanée. «Si on nous avait dit de faire marche arrière, il est évident qu'on ne partait pas.» Le voyage en Australie était un cadeau pour marquer le soixantième anniversaire de Pierre*, et leur double départ à la retraite. «On n'a pas beaucoup l'occasion de voyager... Tout se passait bien. C'est à deux jours de partir que ça s'est envenimé.» 

LA VEILLE DU RETOUR, TONTOUTA FERME
A cause du Covid-19, le vol retour du couple, prévu le samedi 21 mars, a été transformé. Puis la Calédonie s'est fermée aux passagers entrants. La suite ? Un classique pour de nombreux voyageurs ainsi bloqués en vacances : prolonger de deux nuits le séjour en Airbnb. Se rabattre sur un hôtel financé par une amie depuis la Calédonie. Craindre que les Etats australiens ne se referment aussi sur eux-mêmes. Quitter le Victoria pour le New South Wales, histoire de se rapprocher. Et patienter, bien équipés de masques et de gants. D'un fauteuil roulant, aussi, que Rachel* se réjouit d'avoir amené, vu son état actuel de fatigue.
 

Je suis à bout, je pleure toute la journée. J'ai quand même une maladie de la moelle osseuse. J'ai extrêmement peur de choper une cochonnerie.


LA PEUR DE TOMBER MALADE
Après Melbourne, où ils se sont sentis «abandonnés», c'est à Sydney que les deux Calédoniens se confinent, dans une chambre d'hôtel qu'on leur a offerte. «A nouveau, cette amie nous a pris en charge, avec un cœur en or. C'est la solidarité, je crois.» La proximité d'un hôpital comme le Prince Alfred est un petit plus. Car ce qui terrifie Rachel*, c'est de tomber malade. «Je suis à bout, je pleure toute la journée», lance-t-elle en larmes. «J'ai quand même une maladie de la moelle osseuse. J'ai extrêmement peur de choper une cochonnerie et que pour moi, ce soit vital.» 

DOUBLE ATTENTE
Elle a rempli la demande de rapatriement adressée par la province Sud. «On m'a dit que je faisais partie des passagers sur liste prioritaire. J'arrive à un état que je juge critique : j'ai tout un protocole de soins à suivre. Mon traitement ne peut pas être suspendu. Il doit être repris le 31 mars.» Les deux Mondoriens attendent une date de retour. Ou de savoir si Prince Alfred dispose d'un tel traitement. «Mais il y a des chances qu'ils ne prescrivent pas ça ici.»

* Vu les réactions parfois violentes contre les Calédoniens qui attendent de rentrer, certains hésitent désormais à témoigner. Les prénoms ont été modifiés.

 

Un groupe de femmes coincé à Sydney après une conférence

CALEDONIENS BLOQUES AUSTRALIE
Au journal télé du jeudi 26 mars, l'histoire d'un groupe de Calédoniennes coincées à Sydney, après s'être rendues en Australie pour une conférence de femmes. Plus de 400 personnes à rapatrier ont été recensées chez notre grand voisin.

«Nous sommes venues le 10 mars de Nouméa pour une conférence de femmes qui a eu lieu entre le 12 et le 14 mars, raconte Rose. Ensuite, nous sommes parties à la Gold Coast pour une semaine. Le jour où on devait repartir, nous avons été invitées à revenir sur Sydney parce que notre vol avait été reprogrammé sur Sydney. Lorsque nous sommes arrivées ici, notre vol a été annulé.»

«DES PERSONNES QUI N'ONT PLUS DE TRAITEMENT»
« Depuis, nous sommes là et nous ne savons pas à quel moment nous allons rentrer. Nous sommes confinées, comme certains Français que nous avons rencontrés. Nous sommes fatiguées mais nous savons que notre Eglise est derrière nous. Il est vrai qu'il y a des personnes qui n'ont plus de traitement, c'est cela un peu qui nous inquiète.» 

«NOUS AVONS FAIT TOUTES LES DEMARCHES» 
«Nous avons appelé la sécurité civile à Nouméa qui connaît la liste des personnes présentes ici. Nous avons été à l'ambassade de France qui nous a fait comprendre que notre situation n'était pas urgente. Nous essayons de persévérer, et nous attendons de rentrer chez nous, le plus tôt possible !» 

 

Des Calédoniens échoués sur la Gold coast

Surfers Paradise, image d'illustration © Ben Low

L'annulation des vols a pris de court une vingtaine de Calédoniens à Surfers Paradise, Gold coast. Depuis, ils se débrouillent comme ils peuvent. «On a dû tous se retrouver un logement», racontait l'une d'entre eux jeudi. «Il y en a qui ont trouvé des auberges de jeunesse, il y en a qui ont prolongé dans leurs mêmes hôtels, il faut compter quinze mille à vingt mille francs l'hébergement par jour minimum.»

DES SITUATIONS DESESPEREES
Pour certains, la situation est plus désespérée. «Ici, on a des familles avec enfant(s) en bas âge, des familles avec des enfants en situation de handicap. Il y a des personnes qui n'ont pas les moyens financiers suffisants pour continuer dans des hôtels. Donc ils sont à la rue avec leur(s) valise(s). Dans la rue.» 

Un sujet de Danièle Dambreville :

Calédoniens à Surfers Paradise

Trois étudiantes dans une chambre californienne

ETUDIANTS BLOQUES LOS ANGELES
Au journal télé du jeudi 26 mars, le récit de trois étudiantes en échange avec une université québécoise, qui ont atterri à Los Angeles.

MARIE MARIN

«Nous sommes étudiantes à l’université de la Nouvelle-Calédonie. On était en échange international avec l’université de Laval à Québec. Mais notre université a fermé vendredi 13 mars à cause du coronavirus.» 

COLINE CAVAGNET
«On a tout de suite demandé le rapatriement à l’UNC. Le jeudi, on était dans l’avion. Tout s’est bien passé jusqu’à Los Angeles, où on nous a refusé l’avion pour Auckland, parce que la Nouvelle-Zélande avait fermé ses frontières pour tous les non résidents. On a voulu passer par Air Tahiti, ils ont appliqué la même politique. Notre seule solution, c’était de passer par Paris, Tokyo et Nouméa. Sauf qu’à ce moment-là, la Tontouta a fermé, donc on était bloquées. On est restées une nuit à l’hôtel pour réfléchir : est-ce qu'on restait à Los Angeles, ou est-ce qu'on allait à Paris ?»

CASSANDRE CORRE
«On s’est dit que la meilleure solution, ce serait de rester à LA, parce qu’à Paris, on aurait eu beaucoup plus de contacts dans les transports en commun, et vu que je suis asthmatique, c’était la solution moins dangereuse.»

COLINE CAVAGNET
«On a eu beaucoup de chance qu’une amie puisse nous héberger en banlieue. Elle se met aussi en danger, et elle ne peut pas nous garde indéfiniment. On vit à trois dans une chambre, trois dans un lit aussi. On essaie tant bien que mal de travailler dans les conditions dans lesquelles on est. Tout ce qu’on attend, c’est que la Tontouta puisse réouvrir, pour qu’on puisse rentrer chez nous.»

Quatorze Calédoniens bloqués ont été recensés aux Etats-Unis, et dix au Canada.

 

Enfermé en Nouvelle-Zélande

La city d'Auckland. © Francisco Anzola

Plus de 400 Cagous se trouvaient de passage en pays kiwi quand les liaisons aériennes se sont arrêtées. En particulier à Auckland mais aussi Queenstown, Christchurch, Tauranga, Nelson... Parmi eux, un groupe de danse de vingt-cinq personnes, venu pour un festival, s'est signalé sur les réseaux sociaux.

CERTAINS «EN GRANDE DIFFICULTE»
Depuis, la Nouvelle-Zélande est elle aussi passée en confinement général. Certains Calédoniens s'y disent «en grande difficulté». Stéphane*, lui, expliquait ce week-end bien vivre la situation... «pour le moment, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps».

VOL DU 21 MARS
«Nous sommes partis à deux en Nouvelle-Zélande pour trois semaines, raconte-t-il. Nous avons suivi les actualités en Nouvelle-Calédonie et dans le monde, lors de notre séjour, et avons fait le maximum pour revenir sur Auckland pour prendre notre vol le 21 mars. Pour ma part, je devais repasser par la Métropole mais impossible d’avoir mes vols. Au risque de rester bloquer dans un pays, vu qu'ils se fermaient les uns après les autres, j’ai décidé de rentrer sur le territoire où je suis résident depuis plusieurs années.»

«L'ANNONCE A QUELQUES HEURES»
«À notre grande surprise, nous avons eu l’annonce à quelques heures de notre vol concernant la fermeture de La Tontouta», continue Stéphane* qui ne cache pas avoir ressenti «un sentiment d'abandon, par la France, et la Nouvelle Calédonie où nous travaillons et payons des impôts». Avant même le passage au confinement, le flou quant à la suite lui pesait, et donc les incertitudes sur le logement ou le remboursement des billets d’avion.

LOGEMENT PARTAGE
«Tout cela a une grande incidence sur notre situation financière, bien évidement.» Stéphane* s'est auto-confiné, puis c'est devenu la consigne nationale. Du coup, «plus de voitures de location, car ça a fermé». Aux dernières nouvelles, il se trouvait dans une maison en Airbnb en banlieue d'Auckland, pour économiser sur les prix, avec la personne voyageant avec lui et deux amis qu'ils ont pu rejoindre.  

* Vu les réactions parfois violentes contre les Calédoniens qui attendent de rentrer, certains hésitent désormais à témoigner. Le prénom a été modifié.

 

Inquiets en Métropole

La Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris. © DR

En dix jours, la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris a reçu plus de 400 appels de Calédoniens en difficulté dans l’hexagone. Comme ce jeune venu pour un stage professionnel, qui a été annulé. La cellule de crise de la MNC lui a envoyé de quoi s'acheter à manger... Il y a ces touristes qui se trouvaient en vacances au Brésil ou en Thaïlande, et se sont retrouvés parachutés à Paris. Ces gens mis à la porte de leur hôtel. Ces étudiants qui ont cru perdre leur chambre universitaire. 
Un article à retrouver ci-dessous :  
 

Bloqués à Wallis et Futuna

© Olivier Murat

Les liens de Wallis et Futuna avec la Calédonie sont si profonds qu'il fallait s'y attendre : vingt-et-un habitants du Caillou en séjour au «fenua» sont bloqués par l'arrêt des vols passagers. Témoignages d'une aide-soignante au médipôle de Koutio, et d'une mère qui accompagnait son fils pour qu'il passe le permis à Wallis : 

Infos pratiques

© Pixabay

UN SITE DEDIE
Le gouvernement calédonien renseigne une page de son site internet sur la situation liée à cette crise sanitaire, mais une autre a été dédiées à la question : covid-19.nc.

DES FORMULAIRES
• Si ce n'est pas déjà fait, les résidents calédoniens bloqués hors du Caillou doivent se signaler en remplissant ce formulaire.
• Ils peuvent également demander une aide d'urgence à la province Sud en remplissant cet autre formulaire. Cette aide «a vocation à s'adresser aux personnes justifiant de son caractère indispensable et urgent. Elle est accordée uniquement après examen de la situation particulière de chacun et seulement si des personnes se retrouvent en difficulté sérieuse et sans possibilité d’assistance» (contact : urgence.covid19@province-sud.nc).

DES NUMEROS D'URGENCE
En cas d'urgence, les résidents de Nouvelle-Calédonie peuvent appeler les numéros suivants :
• depuis l’étranger, le +687 207 714 vingt-quatre heures sur vingt-quatre heures (ambassades de France : diplomatie.gouv.fr) ;
• depuis la Métropole, la Maison de la Nouvelle-Calédonie au 01 42 86 70 00 ;
• depuis la Nouvelle-Calédonie, le numéro vert, gratuit, 05 05 05 vingt-quatre heures sur vingt-quatre heures.