Orly se met en sommeil, sonné par la crise du coronavirus

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Aéroport d'Orly le 30 mars 2020
Aéroport d'Orly le 30 mars 2020 ©Philippe LOPEZ / AFP
Orly, l'aéroport centenaire du sud de Paris, accueille mardi ses tout derniers vols commerciaux avant de se mettre en sommeil, frappé de plein fouet par l'effondrement du trafic aérien, en chute libre depuis l'émergence du coronavirus.
Mardi, seulement dix mouvements d'avions et un gros millier de passagers étaient prévus à Orly contre 600 mouvements et 90.000 passagers pour une journée ordinaire.

Dans l'après-midi, le dernier vol d'Air France, à destination de Pointe-à-Pitre, a été salué par un "water salute" des pompiers de Paris qui ont arrosé l'appareil avec leurs lances, une cérémonie en général réservée aux avions entrant dans une flotte ou en sortant. 
    

"Fin du monde"

De longues files de taxis se sont formées devant l'aéroport pour tenter d'embarquer les derniers voyageurs, en provenance des Antilles et d'Espagne. "Ce soir c'est la fin, on rentre à la maison. Le chiffre d'affaires, à partir de maintenant, c'est zéro", dit Jérémy, un chauffeur de taxi, dépité.

Dans l'aérogare déserte, Guille Otero attend le vol pour Madrid, le dernier décollage avant la fermeture des portes ce soir. "C'est très bizarre, on dirait que c'est la fin du monde", lâche ce journaliste qui rentre de vacances en Inde pour se mettre en quarantaine dans son pays, un des plus touchés par la pandémie. Roselise Anastase rentre elle en Guadeloupe. "On ne sera que 50 dans l'avion. Ça va être bizarre", dit-elle.
 

Fermetures des portes

A compter de mardi 23h59, il fermera ses portes et la poignée de compagnies qui y opéraient encore -quatre sur plus d'une centaine- sera transférée sur Paris-Charles-de-Gaulle (CDG), lui-même lourdement affecté par la crise.

"J'estime qu'à CDG, nous aurons environ 10.000 passagers par jour, alors qu'en temps habituel, nous avons 200.000 passagers par jour", a commenté lundi sur RTL Augustin de Romanet, le PDG de Groupe ADP, le gestionnaire des aéroports parisiens.
 

Essor croissant du trafic

Il y a un an, Orly, qui existe depuis 1918, inaugurait en grande pompe 80.000 m2 de nouvelles installations destinées à accueillir l'essor sans cesse croissant du trafic aérien, avec des perspectives de doublement du trafic en 20 ans au plan mondial.

Désormais, pour une durée indéterminée, le centenaire, qui a accueilli 32 millions de passagers en 2019, ne verra plus passer que les vols d'Etat, les vols sanitaires et les déroutements d'urgence. La tour de contrôle restera active.

"Orly de jour, aura le même fonctionnement qu'avait Orly de nuit" pendant la période de couvre-feu de 23h30 à 06h00, a expliqué à l'AFP Michel Mandelle, responsable de l'exploitation des aires aéronautiques d'Orly.
 

La fin du ballet

Contrastant avec le ballet incessant d'avions sur les pistes il y a encore quelques semaines, un peu plus de 80 avions sont désormais immobilisés sur les aires de stockage, une voie de circulation, une zone de maintenance et une piste en béton.

Les zones sensibles des appareils, comme les sondes Pitot qui permettent de mesurer la pression subie par l'avion en vol, ou les moteurs, sont protégés. Un plan de stockage a été établi en fonction notamment des besoins de déplacer les appareils pour assurer leur maintenance.
 

"Mode protection"

Côté commerces, plus d'une centaines de boutiques, bars et restaurants ont dû baisser le rideau. La Croix-Rouge a pris en charge les SDF qui avaient élu domicile à l'aéroport. 

Pour Thomas Juin, le président de l'Union des aéroports français (UAF), en l'absence de recettes, les aéroports sont aujourd'hui "en mode protection" avec une réduction au maximum de toutes les charges.  

Avec les restrictions de déplacement visant à limiter la propagation du coronavirus partout dans le monde, le trafic aérien en Europe a baissé de près de 80%, selon des chiffres communiqués la semaine dernière par l'Association internationale du transport aérien (Iata). Air France, principal client d'Aéroports de Paris, ne propose plus que 10% de son offre habituelle.
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