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Perpétuité et 30 ans requis contre deux Mahorais accusés d'avoir sauvagement tué des personnes âgées

justice
Montluçon
©© LA1ÈRE.FR Le domicile de Zaki à Montluçon
L'avocate générale a requis 30 ans de prison et la réclusion criminelle à perpétuité contre deux jeunes Mahorais, accusés d'avoir sauvagement tué deux personnes âgées en 2017 à Montluçon. 
"Vous avez massacré tous les deux !" Dans un réquisitoire accablant, l'avocate générale a réclamé jeudi à Moulins la réclusion criminelle à perpétuité et 30 ans de prison contre deux jeunes hommes accusés d'avoir torturé et tué des personnes âgées en 2017 à Montluçon.

L'avocate générale Emmanuelle Fredon a demandé à la cour d'assises des mineurs d'écarter "l'excuse de minorité" pour le plus jeune accusé, Dailami A., mineur au moment des faits, et de le condamner à 30 ans de prison, la peine maximale. Pour le plus âgé, Zaki A. T., 18 ans et quelques mois au moment des faits, elle a réclamé la réclusion criminelle à perpétuité, avec une période de sûreté de 22 ans.
 

"Accord et concertation"

Elle a souhaité que ces peines soient assorties d'un suivi socio-judiciaire avec injonctions de soins, puni de sept ans de prison en cas de non respect. La représentante du ministère public a regretté de ne pas pouvoir réclamer une peine identique pour les deux accusés, estimant qu'ils avaient "tué tous les deux". Mais pour celui mineur au moment des faits, la peine maximale encourue est limitée à 20 ans de prison, pouvant être portée à 30 ans si l'excuse de minorité est écartée.

"L'un et l'autre se rejettent la responsabilité : je vous demanderai de ne pas rentrer dans ces considérations" car "dans ce terrible huis clos", ils étaient "largement en accord et en concertation", a-t-elle dit aux jurés.

Les deux accusés comparaissent depuis lundi pour les meurtres, "accompagnés ou suivis d'actes de torture ou de barbarie", de Ginette et Massimo Degl'Innocenti, 85 et 71 ans, et Jeannine Ponce, 74 ans. Ils sont également accusés du "viol en réunion" d'une jeune femme dans son appartement devant son compagnon séquestré, la même nuit que le meurtre de Mme Ponce. Au sujet des époux Degl'Innocenti, "ces meurtres ont-ils été commis par ces individus ? Répondez oui, cent fois oui", a demandé Mme Fredon à la cour.
 

10 euros

Puis s'adressant aux accusés: "vous avez massacré tous les deux, pour que Massimo (Degl'Innocenti) sorte difficilement 10 euros de sa poche, et ce n'était pas assez !". Les accusés affirment que leur but était de voler mais les agresseurs n'ont dérobé que quelques euros à leurs victimes qui vivaient toutes dans des conditions modestes.

Pour Mme Ponce, qui dormait sous assistance respiratoire, "cet acharnement, cette boucherie étaient-elle nécessaires ?", alors qu'elle "ne pouvait rien, rien contre vous", a lancé l'avocate générale.
 

Coups de ceinture

Auparavant, la cour s'était penchée sur le parcours chaotique des deux accusés entre Mayotte, où ils ont été confrontés très tôt à la violence, et la métropole où ils étaient livrés à eux-mêmes. Selon un psychologue, la violence à Mayotte était "à tous les niveaux : familiale, scolaire et sociétale".
 
Mal à l'aise, se frottant souvent le visage et parlant avec difficulté, Zaki A.T., qui n'a pas quitté sa veste noire, a dit avoir eu une enfance "très très dure", entre punitions physiques à l'école coranique et coups de ceinture d'un père polygame. À la barre, le psychologue qui l'a examiné a évoqué des "carences affectives réelles" et des parents "absents".

Le parcours en miroir de l'autre accusé révèle une enfance également marquée par la violence. Un expert psychiatre a écarté que l'alcool ou le cannabis qu'ils consommaient puissent avoir influencé leurs actes, parlant plutôt de "co-facteurs" et d'un "effet de complémentarité" entre les deux accusés. Tous les experts venus témoigner s'accordent sur leur "dangerosité réelle".

Pour les parties civiles, Anne-Cécile Bloch, avocate de la fille de Mme Ponce, s'est dite "certaine du plaisir sadique" des accusés, déplorant ne pas sentir "d'évolution réelle" chez eux. Elle a réclamé une "peine à la hauteur des souffrance de ses clients". Le verdict est attendu vendredi.
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