Que sait-on de l’agression du député de Saint-Pierre et Miquelon lors d’une manifestation anti pass sanitaire ?

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Le député Stéphane Claireaux pris à partie par des manifestants anti pass sanitaire devant son domicile
Le député Stéphane Claireaux pris à partie par des manifestants anti pass sanitaire devant son domicile ©Jean-Christophe LESPAGNOL / AFP
Emmanuel Macron a dénoncé une agression "intolérable" et "inacceptable" du député de Saint-Pierre-et-Miquelon devant son domicile lors d’une manifestation anti pass sanitaire. Stéphane Claireaux a annoncé qu’il déposerait plainte. Le pass sanitaire doit être mis en place mercredi dans l'archipel.

Le dimanche 9 janvier, une manifestation contre le pass sanitaire s’est déroulée à Saint-Pierre et Miquelon. Elle a ressemblé selon SPM la 1ère 500 manifestants à Saint-Pierre et 100 à Miquelon. Jusqu'à présent le territoire avait été préservé de l'épidémie de Covid, mais depuis Noël, il fait face à une explosion de cas. Le préfet avait donc pris la décision de mettre en œuvre le pass sanitaire à Saint-Pierre-et-Miquelon à partir du mercredi 12 janvier.

L'agression du député de Saint-Pierre et Miquelon

Opposés à cette décision, des manifestants ont défilé dans l'archipel. A Saint-Pierre, ce dimanche 9 janvier, ils sont passés devant le domicile du député LREM Stéphane Claireaux favorable au pass sanitaire. Comme on le voit sur une vidéo partagée sur twitter par la ministre de la Mer Annick Girardin, le député a reçu plusieurs jets de goémon (algues brunes) et subi les cris et les colibets de certains manifestants.

Pris à partie par la foule, le député a voulu ensuite aller discuter avec les manifestants. L’un d’entre eux lui a arraché le masque, comme on peut le voir sur cette vidéo. Puis Stéphane Claireaux s’est retrouvé sur le perron de son domicile en compagnie de sa femme, abasourdie comme lui. 

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Le député va porter plainte

Interviewé sur franceinfo par téléphone, Stéphane Claireaux a annoncé qu’il allait déposer plainte contre ses agresseurs. "Cela ressemblait à une lapidation, a-t-il déclaré à franceinfo. "J'ai évité à 5 cm près un galet qui nous est passé près de la figure. Cela devenait irrationnel. Il y en a un qui m'arrachait le masque que j'avais sur la figure en disant que le virus n'existe pas. La discussion était impossible. Il y avait des insultes, des invectives. À Saint-Pierre-et-Miquelon, vous vous connaissez tous et vous avez en face de vous des personnes que vous connaissez mais dont le visage est tellement déformé par la haine que vous n'arrivez plus à les reconnaître. C'est surréaliste", a-t-il ajouté.

SPM la 1ère a pu interviewer directement le député. Stéphane Claireaux, très ému a affirmé avoir été "choqué" par les événements de dimanche. Il a confirmé vouloir déposer plainte contre les reponsables de la manifestation. "Une manifestation, ça se contrôle". "Je ne peux pas comprendre cette violence", dit-il. Le député a précisé qu'il avait vu sur les réseaux sociaux que la manifestation devait passer par la préfecture et son domicile. "Quand j'ai entendu les bruits de la manifestation, j'ai attendu pour commencer un échange. Mon objectif était d'entendre les gens tout en restant sur mon balcon et en restant masqué car je suis positif à la covid", a déclaré Stéphane Claireaux à SPM la 1ère.

"Les gens ont commencé à me lancer du goémon, j'ai pris du goémon". C'était "un lynchage, une lapidation". "On a continué à m'insulter". Le député raconte à SPM la 1ère (ci-dessous) être descendu de son balcon pour aller discuter. "On m'a arraché le masque, c'est d'une violence extrême", ajoute-t-il. Stéphane Claireaux précise encore, que lui et sa femme, ont esquivé un galet qui a claqué sur la maison. "Ma femme a peut-être eu un geste déplacé", mais "on est juste humains". "Je ne peux pas comprendre cette violence", a déclaré le député. "J'avais en face de moi des gens défigurés par la haine". 

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"Cela fait des semaines que les gens m'insultent sur les réseaux sociaux", a souligné le député. "Moi je n'ai pas signé pour ça, si je suis entré en politique, c'est pour être utile, pour être au service des gens, ce n'est certainement pas pour subir une telle violence", "ça devient complétement fou", a déploré encore Stéphane Claireaux visiblement très affecté par les événements de la veille. 

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Réactions de la classe politique

A la suite de cette agression, de nombreux élus de tout bord sont venus apporter leur soutien au député saint-pierrais. En déplacement à Nice, Emmanuel Macron a dénoncé une agression "inacceptable" et "intolérable, déplorant "l'intensification des violences" contre les élus.

De son côté, le président de l'Assemblée nationale Richard Ferrand a annoncé ce lundi qu’il allait réunir à 20h, mardi soir au Palais Bourbon, les ministres de l'Intérieur et de la Justice, Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti, pour faire un point sur les violences contre les députés sur fond de recrudescence de ces actes. Cette réunion doit "permettre de faire un point sur le nombre de cas recensés, sur les enquêtes mises en œuvre et sur la réponse judiciaire qui a le cas échéant été apportée".

Le patron du groupe LREM à l'Assemblée Christophe Castaner a condamné sur France Inter la "lâcheté face à un homme seul, qui était pacifique, sans défense, et qui a fait face, qui est sorti, a voulu parler". Pour le patron du Parti socialiste Olivier Faure, "certains anti vax prennent pour alibi les provocations du président pour justifier leur violence. Mais non, rien ne peut la justifier. Ces actes sont profondément choquants, encore plus devant le domicile privé qui est aussi celui d'une famille". C'est "absolument inacceptable !", a réagi sur Twitter le patron d'EELV Julien Bayou. Le député LR Eric Ciotti a dénoncé sur RMC "ces excès qui prennent une tournure extraordinairement inquiétante et dangereuse", réclamant des "sanctions lourdes à l'encontre de ceux qui utilisent de façon un peu folle, avec des arguments qui sont délirants, la violence".

 

"Ensemble et libres" se défend

De son côté, l’association "Ensemble et libres" à l’origine de la manifestation de Saint-Pierre déplore "l’incident" mais dénonce l’attitude de Stéphane Claireaux. Dans un communiqué ci-dessous, elle déclare : "Le député attendait les 800 manifestants et s’est exposé sur son perron donnant sur la rue en haranguant les manifestants alors qu’il a déclaré son engagement à imposer le pass vaccinal sur l’archipel". "Quelques individus isolés n’ont pas apprécié son comportement et ont jeté des poignées d’algues en sa direction. Le député s’est alors jeté dans la foule alors qu’il est positif à la Covid ! (Vidéo à l’appui). Trois membres de l’association se sont interposés pour que cela ne dégénère pas. La séquence a duré une minute. Le calme est vite revenu", a ajouté l’association "Ensemble et libres".

Communiqué de l'association "Ensemble et libres"

 

Réunion en préfecture

Cette manifestation du dimanche 9 janvier a rassemblé un dixième de la population de l’archipel selon SPM la 1ère (voir ci-dessous les précisions d’Antoine Defives). A Saint-Pierre, du goémon a été déversé devant les entrées de la préfecture. Les manifestants exigent le retrait du pass sanitaire qui sera pour la première fois appliqué à Saint-Pierre et Miquelon à partir de ce mercredi. Le préfet a refusé de revenir sur sa décision. Toutefois, une réunion rassemblant des opposants au pass sanitaire ainsi que des élus aura lieu ce mardi matin à la préfecture.

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Dans un communiqué, la préfecture de Saint-Pierre et Miquelon a annoncé qu'une plainte a été déposée contre les organisateurs de la manifestation contre le pass sanitaire initiée par le mouvement "Ensemble et libres". "Le feu de palettes allumé en fin d'après-midi devant l'entrée principale a généré des dégradations. (...) Ce feu aurait pu causer des dégats nettement plus importants mettant ainsi la vie des personnes en danger".