Coronavirus : quelles conséquences économiques dans les Outre-mer ?

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Contrôle de police sur une plage en Guadeloupe
Une policière contrôle une femme sur une plage du Gosier en Guadeloupe, près d'un hôtel fermé à cause du coronavirus, le 20 mars. ©CEDRICK ISHAM CALVADOS / AFP
La crise sanitaire provoquée par la pandémie de Covid-19 est aussi une crise financière. Partout dans le monde, l’économie est touchée, et l’Outre-mer n’est pas épargné. Les conséquences de cette crise pourraient être nombreuses.
Pour Olivier Sudrie, économiste spécialisé en Outre-mer, le chiffrage est très difficile à faire. “La complexité en Outre-mer est qu’il n’y a pas toujours les outils nécessaires pour faire des simulations.
  

“La croisière a mauvaise presse”

Dans le secteur du tourisme, important dans tous les territoires d’Outre-mer, les pertes pourraient être importantes. Les croisières ne seront plus accueillies de la même manière, puisque l’image de l’industrie a du subir les cas de contagions sur les bateaux. “La clientèle américaine est très importante pour le tourisme aux Antilles, explique Olivier Sudrie. Il est probable qu’elle rechigne à partir en croisière dans l’arc caribéen pour la prochaine saison, ça sera un sale coup pour les Antilles”. L’économiste précise aussi que les chances de reprises à l’identique pour la saison 2021 sont “très faibles”.
 
Pour ce qui est du transport aérien, celui-ci dépend des compagnies, qui sont pour la plupart au point mort. Pour repartir, les grosses compagnies comme Air France “reverront leurs routes, en abandonnant les moins rentables”, selon Olivier Surdie. En revanche, le modèle low-cost se retrouvera très fragilisé par la crise : “pour que le tourisme low-cost puisse repartir, il faut que les compagnies low-cost puissent repartir”, ce qui n’est pas garanti.
   

Tout peut-il redevenir comme avant ?

Olivier Surdie estime que “c’est le modèle économique des Outre-mer qui prends l’eau.” En effet, “la croissance de ces territoires est boostée par les transferts publics de l’Hexagone. Ces transferts continuent d’exister, mais ne croissent plus, ce qui donne un faible rythme local”. Cette stagnation des transferts fragilise l’économie, car d’autres facteurs continuent d’évoluer. “La population vieillit, notamment dans les Antilles. On va manquer de bras, il faudrait revoir les conditions de la croissance.
  

Quelles seront les conséquences directes de cette crise ?

En Outre-mer, la croissance est déjà très ralentie par rapport à l’Hexagone. Selon l’INSEE, le PIB par habitant dans les DROM était de 19 591 euros en 2015, contre 33 409 euros dans l’Hexagone la même année.  Il faut tout de même s’attarder sur ce qui caractérise l’économie en temps de crise. Olivier Surdie évoque un “choc ponctuel. C’est à dire une perte de productivité, une diminution de la consommation liée au confinement.” La consommation est le principal moteur de l’économie, et il insiste pour dire qu’”une partie sera rattrapée”. Par exemple, la vente de véhicules et l’immobilier sont des secteurs qu’on pourrait qualifier de “rattrapables”.

En revanche, “une partie de la vie est arrêtée, et ne pourra pas être rattrapée”. L’économiste se réfère ici aux consommations non-rattrapables des hôtels, cafés, restaurants, manifestations culturelles. “Ces secteurs vont particulièrement souffrir.

En raisons du potentiel rattrapage possible sur certains secteurs, il est difficile de prévoir quel sera la chute du PIB dans les territoires d’Outre-mer. “Il y a une vraie question sur laquelle on peut réfléchir, mais personne n’a de réponse : combien de temps va-t-on mettre pour complètement absorber la crise ?