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Rapport du GIEC : "Plus que l’Hexagone, les Outre-mers confrontés aux risques de submersion" [INTERVIEW]

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Virginie Duvat
Virginie Duvat, auteure et contributrice du GIEC ©DR et AFP
Le GIEC a rendu public ce matin à Monaco son dernier rapport sur l’Océan. Les conclusions sont alarmantes. Hausse du niveau des mers, augmentation de l’intensité des phénomènes extrêmes, acidification des océans. Des menaces qui pèsent particulièrement sur les Outre-mer.
 
Professeure à l'Université de la Rochelle et auteure-contributrice au rapport du GIEC, Virginie Duvat connaît bien les Outrer-mer. Elle a vécu 10 ans à La Réunion et mène très régulièrement des recherches en Polynésie, en particulier dans l'archipel des Tuamotu. Cette chercheuse, géographe de formation, a participé au dernier rapport du GIEC. 


La1ère : en quoi ce rapport du GIEC sur l’Océan et la cryosphère est-il plus alarmant pour les outre-mer français ?

Virginie Duvat : Ce rapport est effectivement plus inquiétant pour les Outre-mer français que pour la France hexagonale pour une bonne raison qui est que les Outre-mer dépendent très fortement des écosystèmes marins et côtiers, en particulier des récifs coralliens et des mangroves. En ce qui concerne les récifs, ce rapport confirme que face aux pressions climatiques, le défi va être difficile à relever.

Est-ce que pour les récifs coralliens que l’on trouve en Martinique, à Mayotte, en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie n’existeront plus d’ici à la fin du siècle ?

Il est difficile de dire si on n’aura plus de récifs coralliens d’ici à la fin du siècle dans les Outre-mer français. En revanche, ce que l’on peut dire c’est qu’à partir de 2040-2050 on va assister à une pression fortement renforcée sur les récifs coralliens car la température des océans montant, il y aura des épisodes de blanchissement corallien qui risquent de se reproduire à peu près chaque année.

Ceci réduira la capacité de ces récifs à se relever de ces épisodes de mortalité. Si bien que dans la deuxième partie du siècle, on observera une mortalité croissante de ces récifs et définitive dans certains Outre-mer comme par exemple dans la Caraïbes où l’état de santé des récifs coralliens est déjà mauvais.

Cette mortalité supprimera les services que rendent les récifs c’est-à-dire de protéger des événements climatiques extrêmes. En Polynésie, il y a encore des récifs en très bonne santé par exemple aux Tuamotu. Ils devraient pouvoir à priori mieux "encaisser" les impacts du changement climatique.

Les récifs coralliens vont aussi subir un autre phénomène dont parle le rapport du GIEC, c’est l’acidification des océans qui est croissante. Quelles conséquences cela va avoir sur les Outre-mer ?

L’acidification des océans a un impact sur la totalité des organismes marins constructeurs de squelettes ou de coquilles. Cela va des coraux jusqu’aux espèces comme les huîtres qui sont cultivées et par exemple productrices de perles comme en Polynésie française. Donc oui, l’acidification va affecter par ce biais-là des activités économiques qui sont fortement rémunératrices pour certains territoires.

Il y a un phénomène particulièrement inquiétant que vous avec beaucoup étudié c’est la question de la montée du niveau des mers Outre-mer. Le rapport du GIEC confirme cette hausse. Quelles conséquences pour les Outre-mer ?

L’élévation du niveau de la mer s’est considérablement accélérée. Au 20e siècle, à l’échelle globale, il y a eu une élévation moyenne du niveau de la mer d’un peu plus de 2 mm par an. Depuis 2005, on est passé à 3,6 mm par en moyenne. Donc c’est quasiment un doublement. C’est un phénomène qui devrait être pris au sérieux par les grands décideurs de ce monde puisqu’effectivement il va renforcer trois risques préoccupants dans un certain nombre de territoires d’Outre-mer : le risque d’érosion côtière, le risque de submersion marine et puis la salinisation des sols et des nappes d’eau souterraine lors des épisodes de submersion marine.

Ce qui signifie concrètement que l’on aura de problèmes pour trouver de l’eau ?

Cela veut dire que sur les territoires qui dépendent très fortement des eaux souterraines pour avoir une ressource en eau douce, quand il y aura une salinisation résultant d’un phénomène de submersion marine, ces territoires vont être soumis pendant des mois voire une année à l’impossibilité de consommer les eaux souterraines. C’est ce qui se produit par exemple sur les atolls à la suite du passage d’un cyclone. Cela affecte l’agriculture de subsistance, les arbres fruitiers mais aussi l’agriculture d’exportation comme le coprah.

D’après ce rapport du GIEC les phénomènes climatiques risquent d’être beaucoup plus intenses dans les années à venir. Aves quelles conséquences Outre-mer ?

L’intensité des cyclones va augmenter. Ce qui signifie que les Outre-mer seront de plus en plus affectés par des cyclones de catégorie 4 ou de catégorie 5. On l’a bien vu très récemment en septembre 2017 avec le passage du cyclone Irma sur Saint-Martin et Saint-Barthélémy. Or les impacts de ces cyclones sont effrayants. Il s’agit de vagues de 6 à 9 mètres à la côte, des vents qui en rafale soufflent à plus de 300-350 km/heure, donc une capacité dévastatrice absolument colossale.
 
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