[Reconfinés] Être présent partout : la stratégie du fournisseur des restaurants créoles parisiens en vue des fêtes

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Damien Delbart  ( à droite) avec Gabin Frédéric, chef de la Créole, Paris.
Damien Delbart ( à droite) avec Gabin Frédéric, chef de la Créole, Paris. ©DD
Le grossiste Damien Delbart continue à élargir sa clientèle pour faire face à ce deuxième confinement. Le fournisseur des restaurants créoles et caribéens parisiens multiplie les points de vente et étoffe sa gamme de produits. Dans le viseur, la préparation des fêtes de fin d'année, en mode confiné.
“Je suis persuadé que la fin d’année ne sera pas mauvaise, à condition de pouvoir vendre mes produits là où les gens peuvent aller. ” Multiplier les points de vente, c’est le nouveau mantra de l'année 2020 pour Damien Delbart, grossiste indépendant qui fournit les restaurants créoles de la capitale.

L'entrepreneur s’était confié à Outre-mer la 1ère à l’issue du premier confinement. Il nous avait expliqué comment il avait décidé d'élargir sa clientèle aux boucheries traditionnelles et aux épiceries exotiques de la région parisienne pour faire face à la fermeture des restaurants réunionnais, antillais et plus largement caribéens.


Une réorientation indispensable et payante

Six mois après, Damien et sa société Man'tine saveurs ne sont pas en reste. Avec l’aide de son associée Bénédicte, en Guyane, l'entrepreneur a continué sur cette lancée. Bien lui en a pris, car avec ce nouveau confinement, son activité côté restauration est quasi à l’arrêt : “je suis passé de 25 à 3 clients par jour”, explique-t-il. Réorienter son activité vers les commerces de détail et les supermarchés indépendants était donc une nécessité. Du coup, l'entrepreneur continue à prospecter en banlieue parisienne ( Garges-lès-Gonesse, Goussainville…) pour implanter ses produits.

Ses produits justement : ils ont évolué. En plus de la gamme qu’il importe des Antilles, Damien a développé sa propre marque, une palette de charcuterie qui est fumée dans une petite PME de l’Hexagone -mais dont il garde le lieu secret…-, répondant au doux nom de Gran Manman
 
L'entrepreneur a un objectif bien précis : préparer la période des fêtes et donc, le fameux jambon de Noël qui commence à être dégusté bien avant le 25 décembre… Damien Delbart voit loin : “si le confinement est prolongé jusqu’en janvier, le nouvel an, ce sera aussi à la maison... Je suis réaliste. Il faut mieux envisager le pire pour s’y préparer.”


Mission jambon de Noël

Alors Damien a développé des "partenariats" avec certains établissements, comme Baieta. Ce restaurant parisien, étoilé au Guide Michelin, a mis en place une activité de vente à emporter depuis le premier confinement. Début décembre -"dès la fin des quatre semaines de confinement"-, ses gérants comptent mettre le jambon de Noël à la carte. Ses clients pourront donc être livrés à domicile.
“Le partenariat avec Damien consistera à mettre en avant son produit qui est quand même très qualitatif, précise Grégory Anelka, le directeur du restaurant. On va récupérer son jambon et y apporter le savoir-faire d’une cheffe étoilée”.
Pour Baieta, ce ne sera néanmoins pas une première. “Nous, on a toujours mis en avant le terroir caribéen pendant les fêtes, on avait déjà fait de la vente à emporter en mode traiteur pendant la semaine qui précédait le réveillon l’année passée, indique Grégory Anelka, on proposait une carte de recettes antillaises, comme le ragoût de cochon, le chatrou, le jambon de Noël, toutes ces choses.”  Cela dit, le restaurant espère dépasser les ventes de 2019. “De mémoire, on était sur 110, 113 jambons sur 13 jours. On espère qu’on tuera plus de cochons cette année”, plaisante Grégory Anelka.
 

Une stratégie 2.0

Pour attirer le chaland, Damien n'a pas eu le choix : il est entré... dans l’ère digitale! L'entrepreneur s’est notamment inscrit sur une application destinée aux professionnels -Choco-, qui leur permet de passer commande auprès de leurs fournisseurs. Maintenant, tout se fait en un clic. L’entrepreneur a également pour projet de mettre en place un “click and collect” sur Rungis. L'idée étant cette fois d'étendre sa clientèle aux professionnels de province.

Ce passage au numérique, c'est bien le grand changement par rapport au premier confinement. Damien précise : “c’est le même travail - on continue à livrer-, mais maintenant on numérise les commandes. Avant, cela se faisait par sms ou téléphone.” Point positif : cela permet “de canaliser les prises de commandes”, mais cela demande aussi “beaucoup plus d'énergie".

Avec Man’tine saveurs, Damien veut exploiter cette piste numérique au mieux, en visant aussi les sites internet de vente en ligne pour particuliers (comme la Maison des Antilles par exemple).


Des points de vente partout

La stratégie de Damien, qu’il espère payante, consiste à implanter ses produits dans une multitude de points de vente pour que les consommateurs y aient accès, à proximité de leur domicile. Le défi à relever, c’est la période des fêtes, qui pourrait être "confinée". "Si les gens sont confinés pour Noël, il faut faire en sorte que les produits soient disponibles au plus près des gens", analyse Damien. Objectif : être présent partout.

Si l’entrepreneur reste positif, il n’est toutefois pas encore enthousiaste : pour le moment, “[sa] stratégie n’a pas encore abouti”. Dans quelques semaines, il y verra plus clair : “tout se joue sur les produits de fin d’année”. Mais jusqu’ici l’entrepreneur ne s’en sort pas si mal : il réalise, pour l’heure, 80% de son chiffre d'affaires de l’année passée.