Rentrée littéraire : quelques livres sur les Outre-mer à ne pas manquer

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Rentrée littéraire 2022
. ©DR
Environ 500 livres publiés pour cette rentrée littéraire 2022, mais très peu d’Ultramarins dans les « grandes » maisons d’édition, du moins dans l’Hexagone. Nous avons cependant effectué une sélection concernant les problématiques liées aux Outre-mer.

« Notre royaume n'est pas de ce monde »
Elle est peu connue du grand public mais a déjà été saluée unanimement pour la qualité de son écriture. Franco-américaine d’origine guadeloupéenne, l’écrivaine Jennifer Richard a déjà publié deux romans aux éditions Albin Michel : Il est à toi, ce beau pays (2018), épopée tragique sur la colonisation de l’Afrique, et Le Diable parle toutes les langues (2021), récit consacré au parcours tortueux du marchand d’armes franco-grec Basil Zaharoff. Elle sort aujourd’hui Notre royaume n’est pas de ce monde, dans lequel elle critique de nouveau le narratif officiel du colonialisme. Le livre tourne, en partie, autour du personnage d’Ota Benga, un pygmée d’Afrique centrale qui fut notamment l’attraction principale du zoo du Bronx, à New York, avant de se suicider. Ce destin dramatique va susciter l’interpellation de grandes figures historiques par l’auteur : Jean Jaurès, Che Guevara, Martin Luther King, Rosa Luxemburg et Patrice Lumumba, entre autres.

Notre royaume n'est pas de ce monde, par Jennifer Richard, éditions Albin Michel, 716 pages, 24,90 euros (voir présentation vidéo plus bas).

« La Veste jaune : La i pann i sèk »
Ce roman résonne avec l’actualité. Il est écrit par le correspondant du quotidien France-Antilles dans l’Hexagone, le journaliste François-Xavier Guillerm, FXG pour les intimes, déjà auteur de plusieurs romans et d’une étude historique, Le sang des nègres : Mai 1967 à la Guadeloupe, le dernier massacre de la Ve République, co-écrit avec l’écrivain et réalisateur Xavier-Marie Bonnot. Son nouvel ouvrage évoque la trajectoire de Sylvère, de père guadeloupéen et de mère de l’Hexagone. Vivant en France, en butte aux discriminations, il rejoint finalement la mouvance indépendantiste aux Antilles. Là-bas, dans une région en pleine ébullition et revendications sociales, on lui confie une mission politique, après qu’il se soit acheté une veste jaune pour marquer le deuil de son père décédé.

La Veste jaune : La i pann i sèk, par François-Xavier Guillerm, éditions Idem, 206 pages, 14,90 euros.

 

Jennifer Richard présente son livre "Notre royaume n'est pas de ce monde" ©Albin Michel


Polynésie : « Vous avez dit « troisième » sexe ? »
« Māhū » et « raerae » de Tahiti, garçons se sentant et voulant exister comme des filles, souvent qualifiées de « transgenres », « hommes féminins » ou même de « troisième sexe ». Serge Tcherkézoff, directeur d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), membre fondateur et ancien directeur du CREDO (Centre de recherche et de documentation sur l’Océanie), revient sur les récits souvent fantasmés de « l’homosexualité » en Polynésie, qui prennent racines dans les récits de voyage du XVIIIe siècle. Dans une analyse très documentée et basée sur de nombreuses études de terrain incluant non seulement Tahiti mais également Hawaï et les Samoa, l’auteur déconstruit les nombreux mythes, méprises et inventions des Occidentaux liés à ces régions aux cultures millénaires et complexes.  

Vous avez dit « troisième » sexe ? – Les transgenres polynésiens et le mythe occidental de l’homosexualité, par Serge Tcherkézoff, éditions Au vent des îles, 400 pages.

« Guadeloupe, l’île sans eau »
Nous vous avions déjà parlé de cet ouvrage dans un précédent article. Nous le recommandons à nouveau tant le sujet est d’importance. Dans une enquête exhaustive et documentée, les auteurs Thierry Gadault et Marc Laimé (respectivement journaliste et consultant spécialiste de l’eau) effectuent une radiographie impitoyable de la gestion de l’eau en Guadeloupe et de ses multiples conséquences sur les plans sanitaire, social et économique. À lire absolument si l’on veut comprendre les soubresauts qui agitent l’archipel de manière récurrente.

Guadeloupe, l’île sans eau. Enquête sur un effondrement, par Thierry Gadault et Marc Laimé, Massot éditions, 216 pages, 20,50 euros.

Jade Amory
. ©Caraïbéditions

Et aussi

Noémie présente les animaux marins des Antilles et Noémie présente les fleurs des Antilles, par Jade Amory, Caraïbéditions, 12,10 euros chacun.
Illustratrice et autrice, travaillant également dans des studios d’animation, la Martiniquaise Jade Amory est connue pour sa série jeunesse Noémie, héroïne antillaise passionnée de sa Caraïbe et qui souhaite la faire la découvrir au plus grand nombre à travers ses voyages et rencontres. Elle explore ainsi toutes les beautés de sa région : ses parcs naturels, ses plages, mais également ses fruits et ses légumes. Aujourd’hui Jade Amory, à travers Noémie, nous emmène à la rencontre des animaux marins ainsi que des fleurs des Antilles, toujours avec la même passion et la même maîtrise du dessin. Chapeau l’artiste !

Haïti : Une somme humaine, par Makenzy Orcel, éditions Payot et Rivages, 624 pages, 22 euros.
Ce roman de l’écrivain haïtien Makenzy Orcel figure dans la première liste des quinze livres retenus pour le fameux Prix Goncourt, qui sera remis le 03 novembre. Il constitue le deuxième volet d’une trilogie entamée par L’Ombre animale (éditions Zulma). Cet ouvrage sombre plonge dans les souvenirs autobiographiques d’une femme morte, qui livre au lecteur, d’une voix vive mais d’outre-tombe, les éclats d’une existence éparpillée et brisée depuis l’enfance. Une poétique tragique portée par une écriture foisonnante.

Récitatif, par Toni Morrison (Etats-Unis), Christian Bourgois éditeur, 140 pages, 14 euros.
C’est une nouvelle inédite de l’écrivaine afro-américaine Toni Morrison (1931-2019), publiée pour la première fois sous forme de livre. Elle conte l’histoire de deux sœurs, l’une blanche et l’autre noire, mais le lecteur ne saura jamais laquelle a telle ou telle couleur. Elevées en foyer, la vie va les séparer, jusqu’à ce qu’elles se retrouvent dans des circonstances liées à un souvenir traumatique. La postface de cette nouvelle datant de 1983, évoquant le racisme, les questions identitaires et le féminisme est signée de la célèbre romancière afro-britannique Zadie Smith.