Retraites: la grève dans les ports de l'Hexagone provoque une pénurie dans les Outre-mer

Grève des dockers à Marseille le 14 janvier 2020.
Absence de lait, de fromages ou de jambon, les rayons des grandes surfaces de certains territoires d'Outre-mer commençent à manquer de produits alimentaires frais en raison du mouvement de grève contre la réforme des retraites dans les ports français.
Alors que le mouvement s'intensifie chez les dockers de métropole, avec une opération "ports morts" lancée par la CGT dans les sept grands ports maritimes, en Guadeloupe, le manque se fait déjà sentir pour Maéva Barret, 35 ans, mère de deux enfants de 6 et 2 ans et demi.
 

Pénurie alimentaire

 

J'ai dû faire trois magasins à Sainte-Anne. La première grande surface était vide en début de semaine lorsque j'ai voulu faire mes courses. Pas une goutte de lait et de moins en moins de produits frais (yaourts, jambon, pâte feuilletée etc.) Je suis allée dans une autre enseigne locale discount et toujours pas de lait (...). J'ai fini par aller dans une épicerie-supérette, où j'ai trouvé 5 ou 6 packs. J'en ai pris trois pour faire quelques réserves.
- Maéva Barret, 35 ans, mère de deux enfants


En Martinique, quelques conteneurs ont fini par arriver après plusieurs jours d'attente, permettant de remplir un peu les rayons, mais la situation est loin d'être stabilisée, avouent des responsables de supermarchés. 

Pendant plusieurs jours début janvier, à la place des yaourts, desserts, jambons, beurres ou fromages, la quasi totalité des enseignes de l'île ont affiché les mêmes annonces: "Chers clients, en raison de mouvements sociaux dans les ports hexagonaux, nous ne sommes pas en mesure de vous proposer l'ensemble de vos produits habituels".

A Saint-Martin également, les rayons des produits frais sont clairsemés. "On a eu les premières pénuries sur les yaourts et les oeufs", explique Jean-Pierre Deguille, co-gérant d'un Super U à Saint-Martin. Mais les ruptures de stock ont commencé à se faire sentir également du côté des produits "secs et liquides", indique-t-il.
 

De temps en temps à cette époque on a des problèmes de retard de un, deux ou trois jours dus au mauvais temps. Mais on arrive toujours à avoir un peu de stock. Tel qu'on le vit actuellement avec les blocages, ça n'est jamais arrivé.
- Jean-Pierre Deguille, co-gérant d'un Super U à Saint-Martin

  

Containers laissés à quai

En Guyane, un directeur de grande surface confirme aussi que des "ruptures d'approvisionnement" ont débuté dans son hyper en "fin de semaine dernière" aux rayons frais. Et le secteur de la grande distribution craint désormais de recevoir des produits "périmés" suite au retard accumulé.

Les perturbations sont moindre à la Réunion et à Mayotte, qui s'approvisionnent notamment auprès des pays voisins.
 
En Nouvelle-Calédonie, le syndicat des importateurs et distributeurs (SIDNC) a aussi observé "quelques retards, mais pas de perturbations majeures". Cela concerne les matériaux de construction, les emballages ou les produits non sensibles. "Les produits de grande consommation et de première nécessité sont importés de pays situés dans la région Asie-Pacifique", précise Sylvie Jouault, déléguée générale du SIDNC.

Le mouvement de grève impacte "le transport de manière générale", explique Harry Maillard, directeur commercial de la société de transport maritime et aérien SAS (Sea Air Services). "Pas seulement le transport maritime, mais aussi le transport routier et aérien, ce qui a limité les approvisionnements des marchandises vers les plateformes et vers les ports".
 

Quand il y a une grève perlée des dockers en plein chargement de navire, on ne peut pas rester à quai éternellement. On prend parfois la décision de partir et de laisser des containers derrière nous
- Liliane Hohl, directrice de la société de transport maritime CMA CGM.


Dans les rayons, les produits fabriqués localement connaissent un regain d'intérêt. "Nous connaissons actuellement une augmentation de la demande sur nos produits de l'ordre de 10 à 15%", reconnait François Ursulet, secrétaire général de Danone qui produit en Martinique. 

"C'est bénéfique oui, mais un opérateur économique ne peut pas se réjouir d'un blocage de port, car nous importons également un certain nombre de matières premières (dont la poudre de lait pour produire les yaourts, ndlr). Compte tenu de l'éloignement, nous avons des couvertures de stocks de deux à trois mois, mais nous souhaitons que l'activité reprenne".