Rugby : "Ce match c'était le mien !", Peato Mauvaka revient sur la rencontre France-Nouvelle Zélande

rugby nouméa
PEATO MAUVAKA ALL BLACKS
Peato Mauvaka marque le deuxième Francais malgré l'intervention de Richie Mo'unga
Une semaine jour pour jour après la victoire extraordinaire de l’équipe de France contre la Nouvelle Zélande, Peato Mauvaka le talonneur calédonien d’origine wallisienne, revient sur ce match pas comme les autre, qui marquera l’histoire du rugby Français, mais aussi son histoire personnelle.

Samedi dernier, l’équipe de France de rugby s'est imposé 40 à 25 face à la Nouvelle Zélande. Entretien avec Peato Mauvaka, talonneur calédonien d’origine wallisienne qui a brillé lors de la rencontre.

Peato comment as-tu vécu cette semaine qui a suivi l’exploit contre les All Blacks et comment te sens-tu physiquement ?

Je suis au stade là (à Toulouse) et je regarde les mecs s’entraîner mais je suis en vacances. Ceci dit j’aurais aimé jouer contre Brive ce samedi. J’en ai parlé à Hugo (Mola, l’entraîneur du Stade Toulousain). Mais c’est vrai que mes mollets sont restés durs plusieurs jours, avec des crampes qui ont eu du mal à partir. Sinon aucun bobo et j’aimerai rejouer vite car je suis passé à Toulouse très vite. Là je pense club, l’équipe de France c'est fini pour le moment. En fait j’arrive très vite à passer d’un challenge à l’autre, le fait que je ne sois pas stressé peut-être. Quand je suis en bleu je suis en bleu, quand je suis en rouge et noir, je suis en rouge et noir.

Te rends-tu compte du magnifique match que vous avez joué contre les All Blacks et de ta performance avec ces deux essais marqués contre la meilleure équipe du monde ?

J’ai eu du mal à me rendre compte de ce qui s’est passé, de réaliser qu’on avait fait un truc énorme. Mais d’abord je dois dire que ce match était particulier pour moi, surtout par rapport à mon père (décédé en 2018, ndlr). Le reste je n’y pensais pas. Papa regardait tout le temps le rugby à la télé et il ne regardait que les All blacks donc ce n’était pas qu’un simple match de rugby pour moi. J’étais à côté de lui à chaque match, j’ai grandi avec mon père, même si je ne voulais pas jouer au rugby car je préférerai le volley-ball. Le fait de jouer les all black c’était hyper fort

Papa ne regardait que les All Blacks car on est proches de la Nouvelle Zélande quand on vit à Nouméa, plus que l’équipe de France. Peut-être un peu moins maintenant car on est beaucoup de Calédoniens d’origine wallisienne en top 14 et chez les Bleus. Mais c’est notre culture du Pacifique qui veut ça.

Peato Mauvaka, talonneur XV de France

 

Le fait de jouer les All black c’était hyper fort. Pourtant j’ai déjà joué une finale de Coupe d’Europe et de top 14 avec le Stade Toulousain, mais là je n’ai jamais autant stressé comme ça avant un match. D’habitude je rigole tout le temps mais là j’avais une boule au ventre depuis le mardi précédent, c’est la première fois que ça m’arrive.

C’était si fort au point de provoquer une telle émotion ?

Chaque fois que j’y pensais, j’avais les larmes aux yeux, j’en ai parlé avec ma famille, avec ma mère, elle m’a dit de toujours rester comme je suis, de ne pas oublier d’où je viens, de rester humble et toujours respecter les joueurs contre qui je joue. Mais pendant la Marseillaise, j’ai eu les larmes qui sont montées, direct, quand l’hymne de la Nouvelle Zélande a commencé les souvenirs remontaient aussi.

PEATO MAUVAKA ALL BLACKS
Peato aux côtés d'Uini Atonio (à gauche) et de Romain Taofifenua ( à droite) ses frères d'armes du Pacifique, juste après les hymnes. ©Yoann CAMBEFORT / MARTI MEDIA DPPI VIA AFP


La semaine avant le match, j’en ai parlé avec William Servat (l’entraîneur des avants de l’équipe de France). Il le savait, il me comprenait et m'a rassuré en me disant que c'était le bon moment pour montrer l’étendue de mon talent. Et puis j’étais dans ma bulle au moment du Haka, et ça ne m’a rien fait. Je le respecte, ça fait partie de nos coutumes du Pacifique, mais je n’en connais pas les paroles. En fait je n'avais qu'une envie, que l’arbitre siffle de début du match.

Reparles nous justement de tes deux essais contre les All Blacks qui sont arrivés très vite dans cette partie. Tu as marqué à la 3eme et à la 33eme minute.

Sur le premier je reste derrière et on pousse, je finis juste le travail. Sur le deuxième, je vois un espace et au moment où je sors il se ferme. Dans ma tête je me dis mince j’aurais dû rester collé au paquet d’avants. Et finalement ça passe bien car je vais baisser la tête et donner tout ce que j’ai. Mais on était loin d’avoir gagné. A la 68è e minute quand Damien (Penaud) marque on savait qu’on allait gagner, je commençais à avoir les larmes qui montaient en repensant à plusieurs trucs en même temps.

Tu finis meilleur marqueur d’essai de la tournée d’Automne… Quel exploit pour un talonneur !

Je n’y pense pas trop, mais quand même un peu. Surtout contre les Argentins car c’était mon premier en bleu et contre une équipe de l’hémisphère sud. Celui-là il va compter quand même mais je ne m’attarde pas là-dessus. Le match est passé.
Je reçois beaucoup de messages, de la France entière. Je n’ai pas encore tout regardé car il y en a beaucoup. J’étais hyper ému après le match. Fabien Galthié m’a dit qu’il était fier de moi, que j’avais joué pour mon père, tout le groupe était au courant et c’est pour cela qu’à la fin du match ils m'entouraient, et était tous avec moi.

Ton tour d’honneur avec le drapeau français au-dessus de toi était-il prémédité ?

Après le match je suis d’abord allé voir Amo, Abraham Tolofua (ex joueur professionnel de Clermont et de Grenoble) et sa femme. Car c’est à eux que je dois tout. Ils m’ont accueilli en famille d’accueil quand je suis arrivé à Toulouse. Abraham m’a tout appris, c’est grâce à lui que je suis là où j’en suis, il n y a que lui et personne d’autre. C’est lui qui m’a formé, entraîné. Au tout début il me réveillait pour aller m’entraîner, et me dire d'être encore meilleur que la veille. Je suis resté chez lui jusqu’à l’âge de 18 ans, et après quand j’ai commencé à comprendre et à grandir dans le rugby et que je voulais plus, j’allais le réveiller. Cette fois c'est lui qui n’en pouvait plus tellement je le sollicitais.

PEATO MAUVAKA ALL BLACKS
Le tour d'honneur en solitaire avec le drapeau Francais ©Franck FIFE / AFP

 

J'ai pris un drapeau car je voulais montrer la fierté d’être Français, remercier Abraham Tolofua, et enfin montrer aussi à tous ceux qui sont au "pays", Calédoniens, Wallisiens et Futuniens qu’on peut arriver en équipe de France

Peato Mauvaka, talonneur XV de France

 

Uini (Atonio)  m’a félicité, on était tout le temps tout le temps ensemble avec aussi Romain Taofifenua qui est mon camarade de chambre, Gaël Fickou et Jean Baptiste Gros. On est un petit clan où Uini est un peu le Padre. Avec Romain on se parle, on se comprend, on est proches depuis la préparation de la coupe du monde 2019. Et forcément quand il y a des Wallisiens en équipe de France on est tranquilles, vraiment tranquilles.

C’est incroyable le nombre de Wallisiens en équipe de France, c’est énorme, avec Donovan (en moins de 20 ans) et Sébastien (Taofifenua), Sélé (Sélévasio Tolofua), Christopher (Tolofua), Emerick (Setiano), Tani (Vili), Yoram (Moefana), Rodrigue (Neti). Avant il n’y avait que Romain et Seb (Vahaamahina)  et maintenant on forme bientôt une équipe.

Cette semaine a été riche en sollicitations, on a parlé de toi partout dans les médias, tu as même fait la une de Midi Olympique, le journal national du rugby. Accordes-tu de l'importance à tout cela ? 

Oui j’ai vu ça. La photo de Midol est une très belle photo, mais je ne vais pas l’encadrer, ça ne me correspond pas. En revanche mon maillot je l’ai gardé, je ne l’échangerai avec aucun autre. C’était mon match, je reste comme je suis, je ne vais pas me prendre pour un autre, même si c’est toujours bon de gagner. Maman je l’ai eu après le match, elle était fière de moi, mais ce qu’on s’est dit restera entre nous. On aura le temps d’en reparler au pays mais pas tout de suite. Nouméa je n’y rentre pas maintenant, l’été prochain sans doute, j'ai hâte de retrouver ma famille et mes proches.

Est-ce que j’en parlerai à mes enfants plus tard ? Je n’y pense pas, c’était un match spécial, mais on verra bien, j’espère seulement que ce n’est pas le seul match que je gagnerai contre les All blacks.

Peato Mauvaka, talonneur XV de France

 

PEATO MAUVAKA ALL BLACKS
Peato vient de marquer le 1er essai, il est félicité par Cameron Woki ©Franck FIFE/ Afp

Vers quoi te tournes-tu désormais ? La Coupe du Monde 2023 en France ?

Je ne pense pas à la Coupe du Monde et même le Tournoi des 6 nations 2022, c’est loin. Si j’ai la chance d’y être, je serai content, mais là je suis avec Toulouse et je pense Toulouse. Il y a encore plein de matchs a gagner.