Solidarité DOM TOM : faire de la prévention pour mieux accueillir les jeunes ultramarins venus étudier dans l’Hexagone

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L'association Solidarité DOM TOM, basée à Montpellier, vient en aide aux étudiants originaires d’Outre-mer qui s’installent dans l’Hexagone afin de suivre un parcours universitaire. Une aide précieuse qui débute avant même leur arrivée sur le sol métropolitain.

Voilà huit ans que Jean-Marie Bargot est directeur de l’association Solidarité DOM-TOM. Huit années durant lesquelles il a pu faire un constat sans appel. “Nous avons remarqué que bon nombre d’étudiants, tout comme leurs parents, ignorent beaucoup de réalités du terrain. Des réalités qu’ils découvrent une fois arrivés dans l'Hexagone”. Pour éclairer en amont parents, futurs étudiants ou jeunes actifs originaires d’Outre-mer au sujet de la vie dans l’Hexagone, l’association a décidé, il y a quelques semaines, de mettre en place un dispositif de prévention pour mieux appréhender la mobilité depuis les Outre-mer à destination de l’Hexagone.

 

Convaincre et accompagner avant même le départ pour l’Hexagone

 Chaque année, plusieurs centaines de jeunes ultramarins quittent leur terre natale et leur famille pour venir s’installer dans l’Hexagone. Un départ souvent contraint et forcé, motivé par la volonté de faire des études supérieures dans des filières qui n’existent pas Outre-mer ou pour poursuivre une carrière professionnelle. “Et il y en a de plus en plus chaque année”, glisse Jean-Marie Bargot. 

Mais partir à des milliers de kilomètres de chez soi pour faire ses études, ça se prépare. Et l’association l’a bien compris. Conférences en ligne, standard téléphonique opérationnel en juillet et août… Pour faire le point sur les conditions de vie étudiante dans l’Hexagone, Solidarité DOM TOM cherche désormais à approcher les Ultramarins avant même leur arrivée sur le sol métropolitain.

Ce qu’on veut, c’est faire un maximum de prévention. Aller à la rencontre des parents, des futurs étudiants, afin que ces derniers ne quittent pas le domicile familial sans avoir une idée précise de ce qui les attend une fois qu’ils sont sur place.

Jean-Marie Bargot 


L’association est donc entrée en contact avec des établissements scolaires situés dans plusieurs territoires ultramarins. “On vient d’avoir la réponse d’un lycée en Guadeloupe qui est d’accord pour que l’on organise une intervention, nous avons quelques pistes en Martinique…” liste le directeur. Selon lui, l’enjeu est de taille : si les jeunes ultramarins sont mieux préparés au départ, leur arrivée dans l’Hexagone sera moins difficile.

 Trouver de l’aide sur place

Une arrivée puis une installation qui apportent, toutes deux, leurs lots de difficultés. Démarches administratives, recherche d’un logement, intégration, éloignement du domicile familial… Là encore, à chaque étape du processus, Solidarité DOM TOM veut accompagner les jeunes ultramarins. “Lorsque les étudiants arrivent à Montpellier, on leur explique tout ce qu’ils doivent faire. On les guide pour l’inscription à l’université, pour la demande de bourse, la recherche ou la demande de logement auprès du CROUS, on leur parle de toutes les aides auxquelles ils ont droit, comme les aides au logement (APL)…” détaille Jean-Marie Bargot. 

Cet accompagnement est d’une telle nécessité que le gouvernement a mis en place fin décembre 2020 une plateforme numérique qui permet aux étudiants ultramarins d’y voir plus clair lorsqu’ils viennent d’arriver dans l’Hexagone. Baptisée Outre-mer solidaires, elle est présentée par la délégation interministérielle aux Outre-mer (DGOM) comme représentative de “l’esprit solidaire” omniprésent dans les territoires ultramarins. 

Les Outre-mer sont avant-gardistes et pionniers dans la solidarité. C'est dans notre ADN, le vivre ensemble. C'est naturel”, déclarait à Outre-mer La 1ère Maël Disa, délégué interministériel aux Outre-mer au sujet de cette plateforme, qui regroupe toutes les associations et initiatives mises en place dans l’Hexagone à destination des jeunes ultramarins.

La précarité des étudiants ultramarins en hausse 

Ces initiatives prises par le gouvernement à destination des étudiants ultramarins de l’Hexagone sont mises en place alors que la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19  a aggravé la situation parfois précaire des étudiants, notamment ceux qui viennent d’Outre-mer. “Nous, personnellement, à l’association, on a bien remarqué que depuis la crise sanitaire, de plus en plus d’étudiants ultramarins nous demandent de l’aide”, reconnaît Jean-Marie Bargot.

La précarité étudiante a toujours été là, persistante, mais aujourd’hui, elle est grandissante

Jean-Marie Bargot


Ils sont également plus nombreux à s’inscrire pour bénéficier de l’épicerie solidaire, indique le directeur. Dispositif existant depuis le début des années 2000 et ouvert aux étudiants depuis 2014, l’épicerie solidaire permet aux personnes en situation de grande précarité d’obtenir des produits alimentaires et de première nécessité. “Pâtes, plats cuisinés en conserve, viande surgelée, produits et légumes frais”, détaille Jean-Marie Bargot, qui précise que le panier solidaire est au prix unique de 5 €. “Ne paient que ceux qui ont les moyens de payer, parce que pour certains, même à ce prix, ça n’entre pas dans leur budget”. 

En plus des paniers à 5 €, Solidarité DOM TOM distribue gracieusement des colis alimentaires aux plus défavorisés. Depuis le début de l’année, 791 d’entre eux ont déjà été écoulés, ce qui représente 87% du nombre de colis offerts sur l’ensemble de l’année 2020. Un débit en forte hausse qui préoccupe fortement Jean-Marie Bargot. “C’est vraiment inquiétant pour nous, on se demande même si notre structure pourra suivre l’afflux de demandes… Les financements dont on a pu bénéficier l’année dernière pendant la crise sanitaire, on ne sait pas s’ils vont être reconduits cette année. La forte demande et cette incertitude nous empêchent de savoir si on pourra finir 2021 correctement…” achève le directeur.