Dans son nouveau projet, la rappeuse martiniquaise Casey réhabilite les racines du rock "dans la culture noire"

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La rappeuse Casey, en février 2020. ©ALAIN JOCARD / AFP
La rappeuse martiniquaise Casey ne mâche toujours pas ses mots, posés sur les lourdes guitares d'Ausgang dans son nouveau projet, réhabilitant au passage les racines du rock "dans la culture noire".
"Je l'ai dans la chair, je l'ai dans les veines/Qu'est-ce que tu crois cette histoire est la mienne", lâche-t-elle en faisant référence au rock dans "Chuck Berry", un des titres phares de "Gangrène", album à paraître vendredi (label A Parté). "Le rock a ses racines dans la culture noire. Ce n'est même pas une demande de légitimité, elle est là de fait", expose à l'AFP celle qui se décrit dans ce morceau comme une "anomalie du 93 avec une gueule caribéenne" - elle a grandi au Blanc-Mesnil en Seine-Saint-Denis et a des origines martiniquaises.
    
"En France, on ne voit plus les couleurs, on a tendance à les effacer. Mais ce n'est pas anodin si c'est Jimi Hendrix (cité dans le refrain) qui a pensé à tordre l'hymne national américain à Woodstock. C'est lui, un homme noir, pas un autre, car il est né dans les années 1940, pendant la ségrégation", dit-elle.
    

Ce que fait Casey, c'est de l'instruction civique dans une époque qui cultive une indifférence au passé

 
"Il n'est pas inutile de rappeler que le rock n'est pas une musique blanche
" (car dérivé du blues), ajoute Olivier Cachin, journaliste spécialiste du rap. Le clip commence d'ailleurs par 40 secondes d'un morceau traditionnel à la kora, instrument à cordes d'Afrique de l'Ouest. Et pour battre encore en brèche les clichés liés au rock, dans cette vidéo Casey rappe entourée, notamment, de femmes noires, habillées en mode urbaine ou avec des vêtements traditionnels africains ou caribéens (voir ci-dessous). 
     
"La visibilisation des femmes noires, c'est un sujet que Casey avait peu abordé jusque là, c'est un clip assez fort, nécessaire", souligne auprès de l'AFP Eloïse Bouton, journaliste et fondatrice de Madame Rap, média dédié aux femmes dans le hip-hop. Le projet Ausgang - avec Marc Sens à la guitare, Manusound aux machines et le Guadeloupéen Sonny Troupé à la batterie - n'a finalement rien d'étonnant pour qui a suivi la carrière de Casey. Elle avait déjà frayé avec les six cordes au sein de "Zone libre", où on trouvait Serge Teyssot-Gay, ancien guitariste de Noir Désir, et déjà Marc Sens.
    
"Casey cherche des gens qui partagent des convictions, elle ne cherche pas une attitude, elle veut du fond", précise Olivier Cachin, auteur de la biographie "Suprême NTM" (éditions Michel Lafon). Ausgang a d'ailleurs un petit côté Rage Against The Machine, fameux groupe US contestataire. "Si certains font cette comparaison, je la prends avec plaisir, j'ai adoré ce groupe, un de ceux qui m'ont montré qu'on pouvait mêler les deux (rock et rap), que justement c'était la même musique, que c'était rugueux, radioactif".
 

"Violences sociales, économiques ou policières"

Abrasive, elle l'est toujours, déroulant dans ses textes "violences sociales, économiques ou policières", acquiesce Eloïse Bouton. Ce dernier thème traverse le morceau "Bonne conduite". "Si t'es noir, arabe, issu d'un quartier populaire, la police tu ne la connais que sous la forme du contrôle. Ce qui est plus étonnant, c'est que quand la répression touche une autre population (avec le mouvement des gilets jaunes, ndlr), ça devient un sujet important (dans les médias)", décortique-t-elle. 
    
Casey prête sa voix à celles et ceux qui vivent en "marge" ("Ma complice") ou sont sur le "banc de touche" ("Elite"). Mais comme le dit Eloïse Bouton, grâce au spectacle "Viril" en compagnie de Virginie Despentes et Béatrice Dalle, "un public l'a découverte sur le tard, et elle a un impact beaucoup plus large". Impact, c'est le mot juste pour celle qui scande "ma bouche a tous les jours des cartouches à cracher" ("Chuck Berry").
 
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