Chant, Eurovision et nostalgie : les sorties de la semaine (22/01/21)

La finale des Voix de l'Outre-mer; Amui, un groupe polynésien en lice pour représenter la France à l'Eurovision; et l'histoire de Milli Vanilli, Grammy Award en 1990 : voici l'actualité de la semaine (22/01/21)

Musique

Finale du concours des Voix de l’Outre-mer (le vendredi 22 janvier à l’Opéra de Paris, à partir de 19h30). En direct sur notre portail des Outre-mer et sur celui de Culturebox. Ensuite sur France 5. Pour cette troisième édition, seize candidats seront en lice et concourront dans trois catégories : Prix Voix des Outre-mer, Prix Jeune Talent et mention spéciale du jury. Lorsque Fabrice Di Falco lance ce concours, son objectif est de briser le plafond de verre qui empêche les chanteurs ultramarins d’émerger dans les domaines du chant lyrique et à l’opéra. "Comme je suis toujours en activité, c’est plus facile de leur faire profiter de mon réseau. Et il n’y a pas que les lauréats auxquels nous trouvons des concerts.Tous les finalistes sont concernés" développe Di Falco. C’est ainsi que l’une des premières lauréates, la soprano guyanaise Marie-Laure Garnier, a vu sa carrière décoller. "Son prix Adami ne lui avait pas spécialement ouvert les portes. Le concours lui a permis de faire des récitals et des disques, notamment avec la mezzo-soprano Karine Deshayes, la marraine du concours." Par ailleurs, les Voix de l’Outre-mer prend en charge les finalistes. "Nous leur payons les cours de chant et lorsqu’ils participent à des concerts, ils touchent un cachet." Jeune prodige et lauréate en 2018, Livia Louis-Joseph Dogué en a profité à seulement 16 ans ! "Nous la traitons et faisons en sorte qu’elle soit traitée comme une professionnelle." Le concours se déroulera à l’Opéra de Paris, une institution qui n’est pas réputée pour son ouverture à la diversité. C’est l’une des victoires de Fabrice Di Falco.

 

Eurovision

Le trio polynésien Amui chante Maeva. Finaliste de la sélection française (le 30 janvier sur France 2 à 21h). C’est en apprenant le désistement de Tom Leeb (l’édition 2020 étant annulée, le fils de Michel Leeb n’a pas souhaité poursuivre l’aventure) que Ken Carlter décide de se lancer dans le grand bain. Il est connu chez lui en Polynésie, mais aussi dans l’Hexagone où son titre Ia Ora Na, sorti en 2019, a bien marché. Avec son titre Maeva, créé spécialement pour l’occasion, Ken passe aisément le premier barrage. Il fait partie des 5O candidats restants sur les 700 au départ. De retour à Tahiti, il soumet sa chanson à deux chanteuses, Eva Ariitai et Vahéana Fernandez : c’est ainsi que naît le trio Amui. Si ces jeunes femmes chantent depuis longtemps, c’est la première fois qu’elles se produiront en métropole, de surcroît à Paris. Autant dire une aventure pour elles ! Avec le titre Maeva (bienvenue en tahitien), le trio veut rappeler que la France est grande grâce à ses Outre-mer. D’ailleurs, Ken espère que les Ultramarins le supporteront massivement lors du vote du public. Et attention, il y aura deux scrutins samedi 30. Un premier pour dégager sept candidats, et un second pour désigner le représentant de la France à l’Eurovision qui se déroulera, cette année, en mai à Rotterdam aux Pays-Bas. Samedi 30, Ken rentrera sur scène avec en tête, la prestation de son illustre aîné Jean Gabilou : il était arrivé troisième de l’Eurovision en 1981 !

 

Milli Vanilli

Ou l’histoire du premier Antillais à obtenir un Grammy Award, avant de le restituer

2021 pourrait bien être l’année de réhabilitation de Fabrice Morvan. La moitié du duo Milli Vanilli (Rob Pilatus est décédé en 98), qui a obtenu un Grammy Award en 1990, va participer à un biopic sur leur histoire pour Netflix. Un livre est aussi en préparation. Quant à lui, il annonce son retour musical en France, après 25 ans passés aux États-Unis.

L’affaire de Milli Vanilli est une histoire comme seuls les États-Unis peuvent en produire. En février 1990, à Los Angeles, Milli Vanilli, composé de l’Allemand Robert Pilatus et du Guadeloupéen Fabrice Morvan, remporte le Grammy Award de la révélation de l’année 1989. Ils sont portés aux nues avant d’être descendus en flammes en quelques mois. Car on apprend très vite que ce n’est pas eux qui chantent sur leur tube "Girl, you know it’s true" vendu à plus de 30 millions d’exemplaires. En fait c’est leur maison de disques qui a proposé le titre. Mais surtout, ils ne chantent pas dessus car leur producteur les a mis devant le fait accompli. "Nous savions que la musique était prête. Quand on s’est présentés en studio pour enregistrer nos voix, on nous a dit : vous n’allez pas chanter." raconte Fabrice Morvan. "On demande pourquoi ? On nous répond c’est comme ça. On dit Ok, on va partir. On nous répond : vous pouvez partir mais avant vous nous remboursez l’avance." Sans leur dire, leur producteur, l’Allemand Franck Farian, souhaitait utiliser leur look et leur talent de danseur. C’est une technique qu’il a déjà utilisée avec son ancien groupe Boney M. C’est d’autant plus facile pour lui avec Milli Vanilli qu’il a affaire à deux jeunes, sans le sou, qui parlent mal l’allemand et viennent signer leur contrat sans manager ni avocat.

Les Milli Vanilli, avec Whitney Houston

Alors quand "Rob and Fab" reçoivent le Grammy Award, ils sont un peu dépassés. "Nous, on ne voulait pas de toute cette attention. On n’avait pas chanté. On était perdus dans cette affaire. On a décidé de rendre le Grammy. Mais l’organisation a fait comme si c’était elle qui le réclamait. Le Grammy, il était chez moi, j’aurais pu le garder. Mais, on l’a redonné. C’était normal, on ne le méritait pas. Mais le boulot, on l’a fait. Pendant huit mois, nous étions sur scène, nuit après nuit pour défendre le titre. Sans nous, sans Rob and Fab, l’album ne serait pas vendu comme ça" explique Fab Morvan.  

Alors, plutôt des victimes les Milli Vanilli ? C’est une petite musique que l’on commence à entendre sur les réseaux sociaux. Mariah Carey, Britney Spears et d’autres demanderaient qu’on leur rende le trophée. A l’époque, ils ont fait gagner plus de 250 millions de dollars à leur label Arista. Le play-Back était fréquemment utilisé à cette époque. Et surtout, toute l’industrie musicale savait que ce n’était pas eux qui chantaient. Jean-Jacques Huet, ancien patron de label et producteur raconte : "Au moment où le titre est devenu un hit, toute l’industrie musicale savait que le producteur avaient simplement utilisé leur image. Et on ne peut pas dissocier l’image du produit. C’est l’association des deux qui a fait le succès du morceau." Autrement dit, sans l’intervention qualitative des deux danseurs, le titre n’aurait pas aussi bien marché.

les Milli Vanilli et Franck Farian

A 54 ans, Fabrice Morvan entend relancer sa carrière en France et montrer qu’il sait chanter. Il prépare un album en collaboration avec des artistes internationaux. Une renaissance pour ce Guadeloupéen de Basse-Terre et des Saintes, bercé par la musique depuis son plus jeune âge. "Mon grand-père était un accordéoniste. Chaque année, il jouait durant le carnaval. C’était un charmeur. Et quel que soit l’âge, tout le monde bougeait." C’est donc l’amour de la musique qui a poussé Fabrice à quitter la Guadeloupe à 18 ans pour se rendre en Allemagne pour chanter et rencontrer son destin.

Regardez notre reportage :