[Témoignage] Eric, infirmier volontaire parti prêter main forte aux hôpitaux guyanais

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Infirmier breton volontaire en Guyane
À moins d’une semaine du pic épidémique attendu en Guyane, la situation sanitaire est toujours inquiétante. Pour pallier le manque de personnel, des soignants viennent de tout l’Hexagone soutenir les hôpitaux. C’est le cas d’Éric, originaire de Bretagne. Il témoigne.
Lorsqu’il remarque sur twitter le message d’un médecin qui relaie un appel à volontaires du centre hospitalier de Cayenne, tout va très vite pour Éric*. En moins d’une heure, sa candidature est envoyée et 24h00 plus tard son billet à destination de Cayenne est réservé.
 

Engagé contre le covid

Infirmier depuis une vingtaine d’années, Éric a fait partie des forces vives en première ligne face au coronavirus dans l’Hexagone dès les prémices de la crise. Au mois de mars, il entend parler d’un cluster dans le Morbihan où il réside et s’engage alors dans la lutte contre l’épidémie.
 

J’ai démissionné d’un poste d’infirmier en médecine pour pouvoir être disponible. Je savais que là où je travaillais je n’aurais pas vu de patients covid, je n’aurais pas pu aider.


Quand j’ai vu l’appel pour la Guyane, j’ai regardé ma femme dans les yeux, elle a dit “ok”, se remémore le Breton. J’ai fini mon contrat en métropole le 28 juin et le 29 je décollais pour Cayenne.” 
 
Se porter volontaire et soutenir les hôpitaux guyanais en manque de personnel, “c’était normal” pour l’infirmier. “Je ne savais pas du tout si beaucoup de monde allait se porter volontaire. Et j’avais cette sensation de vouloir être utile parce que je savais qu’en Outre-mer, il y a un manque de moyens par rapport à l’Hexagone”, explique-t-il.
 

“Guerre contre la pénurie” 

En Guyane, comme à Mayotte, le virus circule encore activement. Depuis le 7 mars, le territoire recense 5 178 cas confirmés de covid, dont 2 119 patients guéris et 30 en réanimation. 

En manque de matériel et de personnels, les hôpitaux peinent à faire face à la crise malgré l’arrivée des renforts sanitaires sur le territoire.

On a des masques, mais il manque énormément de choses, de matériel : tenues, charlottes, gants… C’est hallucinant, témoigne le soignant. On est à flux très tendu. Je revis un peu ce qu’on a vécu en mars. On n’est pas protégé à 100%. C’est incompréhensible que trois mois après la crise, il n’y ait pas un retour d’expérience et que l’Etat ne nous fournisse pas du matériel en quantité suffisante."

Ce manque de tenues jetables, essentiels pour se protéger de la maladie, l’interroge : “Je pense que c’est parce qu’on est loin, parce que les Outre-mer sont quand même des territoires un peu oubliés.
 

On nous fournit du matériel mais on arrive quand même à la fin de la journée à ne pas en avoir en quantité suffisante. C’est très fatiguant pour la direction, les cadres et le personnel parce que ça rajoute de la tension, de la peur.


Alors pour se vider la tête et souffler un peu durant ses temps de repos, l’infirmier se plonge dans sa passion : la science-fiction. À partir de photos et de vidéos prises avec son téléphone, il réalise des montages et “exorcise” ainsi les journées passées à l’hôpital. 
 
Si l’intégration dans les équipes guyanaises s’est bien passée, il a fallu s’adapter : “C’était difficile car on n’a pas les mêmes habitudes. On a dû apprendre de nouvelles façons de faire dans le suivi des dossiers des patients par exemple. Mais les gens sont vraiment accueillants.

Encadrés à l’hôpital, les soignants volontaires venus d’Hexagone sont livrés à eux-mêmes une fois sortis de leur service. À la différence de la réserve sanitaire, ils sont considérés comme des salariés en contrat court à l’hôpital et ne bénéficient donc pas d’un accompagnement complet.  “On dort à l’hôtel et on en paye une partie, détaille Éric. C’est un peu compliqué pour se rendre à l’hôpital, c’est un peu le système “démerde”.”

Pour faciliter les déplacements et mutualiser les informations, les soignants ont donc créé un groupe WhatsApp. “Ça devient compliqué parce que de plus en plus de soignants arrivent”, explique l'infirmier. Dans son hôtel, ils sont une “grosse vingtaine” à être venu de l’Hexagone.
 

Pic épidémique

Si pour l’instant la situation est “gérable” à l’hôpital de Cayenne, les services n’en sont pas moins pleins. L’arrivée du pic épidémique attendu pour la mi-juillet en est d’autant plus redoutée

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Moi ça me fait un petit peu peur dans le sens où le matériel n’est pas là, témoigne Éric. On nous a dit que ça va arriver mais je crains que cela ne soit qu’après le pic.”
 
*Le prénom a été modifié. 
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