Titaua Peu s’ancre de nouveau dans son "Mutismes"... dans l’Oreille est hardie !

culture polynésie française
La romancière Titaua Peu
©éditions Au vent des îles

Mutismes, le premier roman de l’auteure polynésienne, écrit en 2003 et republié récemment aux éditions Au vent des îles, se déroule dans une Polynésie âpre, bien loin des clichés véhiculés par un certain "exotisme"Une histoire et un texte brûlants comme un manifeste…

Elle n’en a pas changé une ligne. Elle aurait pu pourtant, tant le temps a passé entre la première publication de ce roman et sa ressortie cette année dans sa maison d’édition actuelle. Dix-sept ans d’écart et bien des changements dans la vie de celle qui fut en son temps la plus jeune auteure de Polynésie (elle n’aime pas tellement la féminisation du terme en "autrice"...) auraient pu lui donner la tentation de faire quelques modifications, améliorations ou enrichissements de son roman. Que nenni. Titaua Peu a voulu conserver le texte brut, aussi brut qu’à sa première publication.
Son roman, qui raconte les tribulations d’une jeune fille entre les années 80 et 2000 et son éveil à l’engagement politique mais aussi à l’amour, avait fait du bruit en 2004 - bien que son titre soit Mutismes ! Mū-tismes faudrait-il écrire comme un jeu de mots comprenant la notion "mū" qui en tahitien correspond à une forme de silence tout polynésien de "celui qui sait mais ne peut ou ne veut pas parler"…
Titaua Peu raconte ces silences, ces difficultés à communiquer au sein des familles, ces silences coupables au cœur de la société polynésienne qui persistent et qui viennent vicier la vie politique de l’archipel. Silences qui, dans tous les cas, mènent à plusieurs formes de violence.

Mutismes, un roman de Titaua Peu (éd. Au vent des îles)
©éditions Au vent des îles

Engagements et amours 

Titaua Peu écrit avec la force de son propre engagement politique en faveur de l’indépendance de son pays. Cela donne du caractère à ses personnages à commencer par sa narratrice dont on suit pas à pas l’évolution de la pensée. Nous vivons sa vie et les événements à travers son regard et ses réflexions sans concessions. Évidemment, cette jeune femme, c'est un peu, beaucoup Titaua et les personnages de sa famille ou ses amis sont fortement inspirés de l’entourage de l’auteure. Mais Mutismes contient le soupçon de fiction nécessaire pour accrocher le lecteur au sort des protagonistes du roman. Et il y a aussi le contexte : vers la fin du roman, surgissent les émeutes de 1995 déclenchées par la reprise des essais nucléaires décidée par le président Jacques Chirac ; un contexte de violence qui accentue encore un peu plus le caractère réaliste qu'a voulu donner Titaua peu à son ouvrage.
Mutismes c’est aussi une histoire d’amour, raconte encore Titaua Peu dans l’Oreille est hardie. Histoires d’amour au pluriel, d'ailleurs : entre la jeune femme et un homme bien plus âgé qu’elle, entre une fille et sa mère et, en filigrane, transparaît l’histoire d’amour entre Titaua Peu et sa Polynesie – et tous ceux issus de cette frange populaire voire pauvre, souvent délaissée et écartée des décisions politiques mais que l’auteure dit aimer particulièrement et vouloir rendre hommage.
Celle qui a obtenu le prix Eugène Dabit en 2017 pour son deuxième roman Pina, s’attaque maintenant à son troisième livre prévu pour la fin de cette année 2021. « Un roman d’anticipation », promet Titaua Peu…

Retrouvez-la et écoutez-la dans l’Oreille est hardie. Tendez l’oreille, c’est par ICI ! 

Mutismes, publié aux éditions Au vent des îles.