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Trois questions à Frédéric Régent, nouveau président du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage

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Frédéric Régent, président du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage. ©DR
L’historien Frédéric Régent est le nouveau président du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE), depuis le 22 août. Il dresse le bilan de la précédente mandature et définit ses orientations à La1ere.fr. 
Depuis le 22 août, Frédéric Régent est le nouveau président du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE). La nomination de cet historien d’origine guadeloupéenne, maître de conférences à l'université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, ainsi que le renouvellement de la majorité des membres du Comité, a suscité quelques remous. En particulier, la ferme opposition de l’ancienne présidente Myriam Cottias, suivie par une demi-douzaine de membres. Après avoir recueilli le point de vue de cette dernière vendredi, nous publions aujourd’hui l’interview de Frédéric Régent. 

Vous étiez membre de l’ancien CNMHE (2013 – 2016), êtes-vous satisfait de son bilan et que pouvez-vous en dire ?
Frédéric Régent :
"Le bilan du Comité de 2013 à 2016 est contrasté. Le prix de thèse a poursuivi son renforcement et son ancrage dans la recherche universitaire en impulsant des candidatures de qualité. Le concours pédagogique a remporté un vif succès. Le Comité a défendu la place de l’esclavage colonial dans les programmes scolaires, lors de la réforme des programmes. En 2012, le Comité présidé par Françoise Vergès avait proposé une solution à la guerre des dates par le dialogue et la proposition d’un nouveau décret avait été discuté et voté à l’unanimité des membres du Comité. L’ancienne présidente Myriam Cottias, sans en discuter avec le Comité a remis en cause unilatéralement cette proposition, qualifiant même de « communautaristes », les acteurs de mémoire célébrant le 23 mai.
En ne participant pas aux cérémonies du 10 mai 2015, en Guadeloupe et à l’inauguration du plus grand espace mondial dédié à l’esclavage (le Mémorial ACTe), l’ancienne présidente a fortement affaibli la position du Comité, vis-à-vis des pouvoirs publics, dans le paysage mémoriel français, mais aussi à l’international, car à cette occasion des dizaines de chefs d’Etat étaient présents. Le Comité de 2013 à 2016 a été rarement audible sur différents sujets touchant la politique mémorielle de la France. Aucune position claire n’a été exprimée par le Comité sur la revendication des réparations ou les questions de la réconciliation, du développement et de la protection des lieux de mémoire dans l’Hexagone mais aussi en Outre-mer."

Quelles orientations souhaitez-vous donner à ce nouveau Comité, que vous allez présider dorénavant ?
"Je tiens à préciser que la tradition est de rester un seul mandat à la tête du Comité et d’ores et déjà, je m’engage à ne rester que trois ans. Il faut inscrire encore davantage l’histoire de l’esclavage colonial dans le récit national. Cette histoire ne doit pas se circonscrire à l’Outre-mer et aux Ultramarins. Il faut donc aller davantage vers l’ensemble des Français. La décentralisation officielle de la cérémonie nationale du 10 mai en province, réclamée par plus d’une centaine d’élus des sites et lieux de mémoire, pourrait être un élément de cette nouvelle approche. Il faut veiller à ce que l’esclavage et le fait colonial aient une place conséquente dans les programmes scolaires et les questions des concours de recrutement des enseignants. Il faut être à l’écoute des demandes des associations mémorielles, des enseignants, des chercheurs et des responsables de lieux de mémoire et d’histoire. Le Comité doit être un outil de promotion des initiatives dans leur diversité. Le Comité doit davantage jouer son rôle de conseil des politiques publiques, plutôt que d’être un opérateur de mémoire concurrençant les associations."
 
Quelle est votre position sur la date du 23 mai, que certaines associations souhaitent voir devenir "date officielle de commémoration des victimes de l’esclavage colonial", et sur la question des réparations ?
"La situation juridique actuelle sur les dates est incohérente. En effet, le 10 mai est la Journée des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leurs abolitions. Il est inscrit comme hexagonal dans le décret du 31 mars 2006 et comme national dans la circulaire du 2 mai 2008 qui officialise également le 23 mai comme Journée nationale en mémoire des victimes de l’esclavage colonial. Il faut régler la question des dates, en inscrivant dans un même décret  le 10 mai et le 23 mai. A l’instar de ce qui se passe pour l’histoire et la mémoire de la Seconde guerre mondiale, il peut exister plusieurs dates officielles. En effet, dans le calendrier des dates officielles, coexistent le 8 mai 1945, la commémoration de la victoire contre le nazisme et le 24 avril, Journée nationale du souvenir des victimes et des héros de la déportation. Ce qui est possible pour la Seconde guerre mondiale doit l’être aussi pour l’histoire de l’esclavage. Concernant les réparations, le Comité entamera une réflexion sur le sujet. Je ne peux donc préjuger de sa décision."
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