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Un nouveau Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage et le coup de colère de Myriam Cottias

Le Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE) a été renouvelé par décret le 22 août. Evincée, son ancienne présidente Myriam Cottias a exprimé son mécontentement dans un courrier au Premier ministre. Explications. 

L'historienne d'origine martiniquaise Myriam Cottias, ex-présidente du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE). © DR
© DR L'historienne d'origine martiniquaise Myriam Cottias, ex-présidente du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE).
  • Par Philippe Triay
  • Publié le , mis à jour le
Myriam Cottias est amère. C’est d'abord par un simple SMS de la ministre des Outre-mer George Pau-Langevin que l’ex-présidente du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE) a appris début août que son mandat n’allait pas être renouvelé, affirme-t-elle. Pas de lettre, ni à elle, ni aux autres membres. « Sur la forme on peut parler de grossièreté, de manque de courtoisie voire de mépris. Sur le fond le décret émane du ministère des Outre-mer, alors qu’avant il émanait du Premier ministre. Il y a dorénavant un enfermement de la question de l’esclavage dans l’Outre-mer » déplore Myriam Cottias, contactée par La1ere.fr. « Sur le fond le mépris se décline également dans la mesure où tout ce que nous avons fait est quand même conséquent. On a un bilan dont on peut tirer fierté », ajoute-t-elle. 
 
Suite à son éviction, l’ex-présidente du CNMHE a envoyé un courrier au Premier ministre Manuel Valls, co-signé par des membres de l’ancien Comité (Antonio de Almeida Mendes, François Durpaire, Annie Fitte-Duval, Jean-Claude Judith de Salins, Josy Roten, Maboula Soumahoro, Audrey Célestine) également non renouvelés dans leurs fonctions (sauf Audrey Célestine, renommée sans avoir été contactée mais qui a démissionné dès la parution du décret).
 

« Dénigrement et calomnie »

« Alors que la mission que vous aviez confiée au CNMHE se termine, nous vous prions, très cordialement, de noter que nous n'avons pas eu le plaisir d'échanger directement avec vous. Le rendez-vous que la présidente du Comité avait sollicité n'a jamais été obtenu », écrit Myriam Cottias à Manuel Valls. « La mémoire de l'esclavage est une question sérieuse. Elle mérite morale, éthique, refus de la violence, respect de la parole des uns et des autres et non pratiques de terreur. Elle ne doit pas servir de marchepied pour le pouvoir. Elle ne doit pas être un argument électoraliste de séparation communautaire. La gauche doit garantir ces exigences sans ajouter au délitement de la société française car ainsi que vous le disiez le 10 mai 2014 : "L'histoire de l'esclavage est inscrite dans la chair de la Nation" ».
 
Dans sa lettre, Myriam Cottias met en cause nommément trois membres de l’ancien CNMHE, reconduits, Emmanuel Gordien, Philippe Pichot et Frédéric Régent, ce dernier devenant le nouveau président du Comité. « Nous l'interprétons comme une attitude de mépris vis-à-vis de nos actions car ces personnes n'ont œuvré au sien du CNMHE que pour leurs propres intérêts. Elles ont manifesté leur opposition à la plupart des actions qui ont été menées y compris le concours pédagogique national "la Flamme de l’Égalité" et le projet qui nous semble indispensable, à savoir la "Fondation pour la Mémoire et l'Histoire de l'Esclavage" », accuse Myriam Cottias, qui parle de « dénigrement », « calomnie » et « intimidation » de la part de ces membres.
 

Pierre d’achoppement du conflit

Pierre d’achoppement du conflit, l’opposition ferme de la plupart des membres de l’ex-CNMHE à la tendance incarnée notamment par Emmanuel Gordien, vice-président du Comité Marche du 23 mai 98 (CM98), qui souhaite entre autres la reconnaissance du 23 mai comme "date officielle de commémoration des victimes de l’esclavage colonial".
 
« Nous n’avons pas souhaité qu’il y ait un décret qui soit pris sur le 23 mai. Nous ne sommes pas d’accord avec la vision qui dit que le 10 mai c’est le combat des abolitionnistes, sous-entendu blancs, qui est célébré, et que le 23 mai serait celui des esclaves noirs dont il faudrait célébrer la mémoire. Justement le 10 mai est un événement intéressant parce qu’il conjugue à la fois le combat des abolitionnistes mais aussi celui des esclaves », explique Myriam Cottias. « Tout au long de mon mandat, j’ai dû faire face à des manœuvres d’intimidation sur cette question. On était dans la personnalisation réductrice des choses, sans aucune réflexion », accuse l’historienne. « Ce comité a d’abord souffert d’un désintérêt du pouvoir politique et depuis 2013 a été considéré comme une caisse de résonnance de la politique du ministère des Outre-mer, soumis à des groupes de pression comme le CM98. La question de l’esclavage est manipulée et instrumentalisée. »
 
Joint par La1ere.fr, le nouveau président du CNMHE, l'historien d'origine guadeloupéene Frédéric Régent, « ne souhaite pas entrer dans la polémique » et préfère « parler des perspectives du nouveau comité ». Son interview sera publiée sur notre site dès la semaine prochaine.
 

La composition du nouveau Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage (CNMHE, décret paru au Journal officiel du 24 août 2016)


« Par décret en date du 22 août 2016, sont nommés, pour une durée de trois ans, membres du Comité national pour la mémoire et l'histoire de l'esclavage :
 
M. Frédéric Régent, docteur en histoire et maître de conférences en histoire à l'université de Paris-I Panthéon-Sorbonne, président.
Mme Anne Lafont, maître de conférences en histoire de l'art.
Mme Anne Angles, professeur d'histoire.
Mme Bernadette Rossignol, docteure en histoire, agrégée d'espagnol.
Mme Annick Notter, conservatrice du patrimoine.
Mme Audrey Célestine, docteure en science politique de l'IEP de Paris (démissionnaire à la parution du décret, ndlr).
Mme Marie-France Astégiani, auteure.
Mme Patricia Beauchamp Afadé, coordinatrice de l'association Les Anneaux de la mémoire.
M. Emmanuel Gordien, maître de conférences en médecine, docteur en médecine.
M. Philippe Pichot, chef de projet de la Route de l'abolition.
M. Bernard Gainot, maître de conférences honoraire de l'université de Paris-I, docteur en histoire.
M. Johann Michel, philosophe et politiste, agrégé de science politique, docteur de l'EHESS en philosophie, membre de l'Institut universitaire de France.
M. Bruno Maillard, docteur en histoire, chargé de cours, fonctionnaire du ministère de la justice.
M. Eric Saunier, maître de conférences en histoire, docteur en histoire.
M. Yoan Phillips, analyste financier, passionné d'histoire. »
 

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