Un "relooking express" envisagé pour l’atoll de Clipperton

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Remise du rapport sur l'île de la Passion (Clipperton)
Remise du rapport sur l'île de la Passion (Clipperton) ©DR
Nettoyage, changement de nom et de statut, l’atoll de Clipperton devrait subir un "relooking  express". C’est ce que préconise Philippe Folliot, député UDI du Tarn, premier parlementaire français à s'être rendu sur l'atoll, dans un rapport remis ce jeudi à la ministre des Outre-mer. 
Situé à 1280 kilomètres d’Acapulco (Mexique), l’atoll de Clipperton est l’une des îles les plus isolées au monde. Et pourtant sur ce petit bout de terre française inhabité, les déchets s’amoncellent, des munitions datant de la seconde guerre mondiale croupissent. "L’île est totalement abandonnée par la France", se désole Philippe Folliot, député du Tarn et auteur d’un rapport parlementaire sur l’atoll du bout du monde.
 
Situation géographique de l'île Clipperton
Situation géographique de l'île Clipperton ©Marine nationale

La base scientifique

Son rapport  qui s’intitule "Valoriser l’île de la Passion (Clipperton) par l’implantation d’une station scientifique à caractère international" préconise aussi des mesures à court terme. Le député les a présenté ce jeudi à la ministre des Outre-mer. George Pau Langevin a salué le travail du parlementaire, tout en avouant que la base scientifique ne verrait très probablement pas le jour avant la fin du mandat de François Hollande.  
 

Nettoyage de l'île

En revanche, d’autres mesures peuvent être prises assez rapidement : il y a d’abord le nettoyage et la neutralisation des munitions datant de la dernière guerre mondiale qui polluent l’atoll. George Pau-Langevin a sur ce point annoncé l’arrivée d’ici à quelques semaines du B2M (bâtiment multi-missions de la Marine), le D’Entrecastreaux. Un deuxième passage du bâtiment et de ses marins est prévu avant la fin de l’année 2016 pour achever le travail. Il faudra aussi éradiquer les rats de l’île, ce qui n’est pas une mince affaire. Regardez ce reportage de l'AFP tournée en 2012 qui révélait déjà à quel point l'atoll est pollué : 
 


Ile de la Passion

Dans un registre plus poétique, le député du Tarn préconise un changement de nom de l’atoll. "Clipperton c’était le nom d’un flibustier anglais, il faut redonner son nom originel à l’atoll, l’île de la Passion, plaide Philippe Folliot. Ce nom lui a été donné car l’île a été découverte un vendredi saint. En changeant de nom, on donnera un nouveau départ à cette île française".
 

Atoll de Clipperton, photo prise lors de la mission "Passion 2015"
Atoll de Clipperton, photo prise lors de la mission "Passion 2015" ©Stéphane Dugast


Rattaché à la Polynésie

Et pour parfaire le "relooking" de l’atoll, le député préconise également un statut juridique pérenne car ce territoire n’avait curieusement pas de statut bien précis. "Pourquoi ne pas rattacher l’île de la Passion à la Polynésie ? s’interroge Philippe Folliot, comme c’est le cas pour les Terres australes et antarctiques françaises avec La Réunion".  Une solution qu’approuve la ministre des Outre-mer. 

Pas de base dans l'immédiat 

Toutes ces mesures (changement de nom et de statut de l’atoll de Clipperton) pourraient être rapidement adoptées. En revanche, l’idée d’installer une base scientifique sur l’île pour laquelle le député plaide ardemment va nécessiter "beaucoup de travail" selon George Pau-Langevin. La ministre confie à La1ere.fr avoir saisi les ministères de la recherche et du budget à ce sujet, sans donner de calendrier précis.
 

Droits de pêche

"Cette base scientifique doit avoir un caractère international, estime Philippe Folliot, comme c’est le cas sur les Terres australes et antarctiques françaises. Elle devrait accueillir huit à douze chercheurs". Le député UDI déclare que cet observatoire devrait coûter 15 à 20 millions d’euros pour sa mise en place, et environ 2 millions d’euros par an pour son fonctionnement. Philippe Folliot pense que grâce aux droits de pêche, l’atoll pourrait récupérer 1 à 5 millions d’euros pas an s’il est mieux surveillé. "Les Mexicains déclarent 1 500 tonnes de poissons pêchés par an, en réalité c’est dix fois plus", précise-t-il.
 
Philippe Folliot, député et Christian Jost, professeur à l'université de Polynésie
Philippe Folliot, député et Christian Jost, professeur à l'université de Polynésie lors de la "mission Passion" en 2015 sur l'atoll ©Stéphane Dugast


Réintroduction des porcs

Le député du Tarn estime qu’il faut renégocier l’accord de pêche franco-mexicain avant son échéance le 29 mars 2017. Mais ce n’est pas tout, le premier parlementaire français à avoir posé le pied sur l’atoll de Clipperton en 2015 a d’autres idées comme par exemple la réintroduction du porc sur l’île, à titre expérimental. Il demande aussi à ce que la piste aérienne soit expertisée et qu’un pont flottant soit créé.
 
Aidé dans cette démarche par Christian Jost, professeur à l’université de Polynésie française, Philippe Folliot, auteur d’un livre intitulé "France sur mer, un empire oublié", paru en 2009, tient fermement à réhabiliter cette île "abandonnée" par la France.
 

Une longue histoire

Découverte en 1711 par les Français Michel Dubocage et Mathieu Martin de Chassiron, annexée un temps par le Mexique puis confiée par un arbitrage italien à la France en 1931, l’atoll a servi de base militaire pendant la seconde guerre mondiale. Ensuite des explorateurs comme Jacques-Yves Cousteau ou Jean-Louis Etienne en 2005 se sont intéressés à cet atoll situé à 5 400 kilomètres de Tahiti.  

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