Une nouvelle étude confirme une "présomption forte" de lien entre exposition au chlordécone et cancer de la prostate

chlordécone
Manif chlordécone paris 2
©Cécile Baquey
Une nouvelle étude de l'Inserm précise le lien entre les pesticides et six maladies graves. Les chercheurs ont notamment analysé l'impact du chlordécone aux Antilles.

Une nouvelle étude publiée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) confirme qu’il existe une "présomption forte" de lien entre l'exposition professionnelle aux pesticides et six maladies graves, dont certains cancers et des troubles du cerveau. L’étude se penche notamment sur le cas du chlordécone, un pesticide longtemps utilisé aux Antilles et aujourd'hui interdit. L'expertise confirme une "présomption forte d'un lien entre l'exposition au chlordécone de la population générale et le risque de survenue de cancer de la prostate". Le lien est "jugé vraisemblable" par les experts, au vue des "données épidémiologiques et toxicologiques disponibles".

On estime qu’au moins un tiers des surfaces agricoles des Antilles et près de la moitié des ressources en eau douce et du littoral marin sont pollués par le chlordécone.

Inserm

 

En Guadeloupe et en Martinique, le taux d’incidence du cancer de la prostate (standardisé sur l’âge de la population mondiale) est respectivement de 173 et de 164 pour 100 000 personnes par an sur la période 2007-2014. Ce taux d’incidence aux Antilles est près de deux fois supérieur au taux d’incidence estimé dans l'Hexagone sur la même période (88,8 pour 100 000 personnes par année).

Pas de recommandations

"L'objectif est d'aider les décideurs" politiques, a expliqué l'un des responsables de l'Inserm, Laurent Fleury, lors d'une visioconférence. Pour autant, les experts ne font pas de recommandations. "Aller plus loin sur ce qu'il faut recommander n'est pas notre métier ni notre objectif", a souligné l'une des expertes, Isabelle Baldi.

Le terme "pesticides" regroupe l'ensemble des produits utilisés pour lutter contre les espèces végétales indésirables (herbicides) et les nuisibles (insecticides et fongicides). Ils sont majoritairement utilisés dans l'agriculture mais on les retrouve partout dans l'environnement (air, poussières, denrées alimentaires...).

L’étude de l’Inserm se concentre sur six pathologies : trois types de cancers (prostate, lymphomes non hodgkiniens, myélomes multiples), la maladie de Parkinson, les troubles cognitifs et une maladie respiratoire évolutive, la BPCO. Pour les quatre premières, la "présomption forte" de lien avec l'exposition professionnelle à certains pesticides avait déjà été mise en évidence en 2013 lors d'une précédente expertise de l'Inserm. Pour son étude, l'Inserm n'a pas réalisé de mesures, mais a analysé l'ensemble de la littérature scientifique existante, soit quelque 5 300 résultats d'études.

Risque pour les enfants

Par ailleurs, l'Inserm confirme que "la grossesse et la petite enfance sont d'une plus grande vulnérabilité face à la présence d'un événement ou agent toxique". Chez l'enfant, l'Inserm évoque une "présomption forte" de lien entre les "leucémies aiguës" et l'exposition aux pesticides de la mère pendant la grossesse. Même l'exposition du père semble parfois pouvoir jouer: il existe une "présomption moyenne" pour la "leucémie aiguë lymphoblastique" de l'enfant "en cas d'exposition professionnelle" du père "en période préconceptionnelle".

Pour les tumeurs du cerveau et de la moelle épinière, l'expertise conclut à une "présomption forte d'un lien" avec l'exposition professionnelle des parents avant la naissance. Même niveau de présomption pour le lien entre l'exposition de la mère aux pesticides pendant la grossesse et "les troubles du développement neuropsychologique et moteur de l'enfant", ou encore "des troubles du comportement tels que l'anxiété".

"La grande majorité des substances pour lesquelles il y a des liens qui ont été trouvés ne sont plus autorisées en France, pour des usages agricoles en tout cas," a réagi Eugénia Pommaret, directrice de l'UIPP, qui regroupe des producteurs de produits phytosanitaires. Bien qu'interdits, les pesticides se retrouvent dans l'environnement même des années après leur utilisation.