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Jean-Hugues Ratenon, nouveau député de La Réunion, ex-smicard, "indigné, insoumis, révolté, mais pas résigné"

Jean-Hugues Ratenon a été élu député de la 5ème circonscription de La Réunion alors qu'il avait 13 points de retard au soir du premier tour. A l'Assemblée, ce militant associatif qui gagnait jusque là le Smic et a été dans le passé allocataire du RMI, veut "un front républicain contre la pauvreté". 

Jean-Hugues Ratenon devant le ministère des Outre-mer à Paris © MK / Outremer 1ere
© MK / Outremer 1ere Jean-Hugues Ratenon devant le ministère des Outre-mer à Paris
  • Par David Ponchelet
  • Publié le , mis à jour le

"Je suis indigné, insoumis, révolté mais pas résigné". Trois jours après sa victoire surprise dans la 5ème circonscription de La Réunion, le néo-député Jean-Hugues Ratenon, 50 ans, avoue être fatigué mais il a conscience que le travail ne fait que commencer.

"Mon combat, ce sera celui que j'ai toujours mené. Je veux un Front républicain contre la pauvreté. A La Réunion, la moitié des habitants vit en dessous du seuil de pauvreté".

Jean-Hugues Ratenon, député de La Réunion, à La1ere.fr


Au soir de sa victoire, dimanche, il était très ému comme le montre cet extrait de la soirée électorale de Réunion 1ère :
Réaction de Jean-Hugues Ratenon, félicité par Jean-Claude Fruteau


Un inlassable militant

L'accession de Jean-Hugues Ratenon au Palais Bourbon est celle d'un inlassable militant associatif. Après quelques années dans l'hexagone dans l'électrotechnique, il est rentré à La Réunion, a monté une entreprise de poissonnerie et s'est surtout lancé à corps perdu dans la défense des plus pauvres. Percevant lui-même le RMI puis le RSA activité, il a créé des associations de défense des chomeurs, puis  l'Association des Réunionnais Contre la Pauvreté (ARCP) ou "Agir pou nout tout". En 2009 il était l'un des leaders du Cospar, le Collectif qui militait contre la vie chère. Ces dernières années, à la tête de "Rezistans Egalité 974", il percevait l'équivalent du SMIC mais gérait, à travers son association, une centaine de salariés. "La fierté de se lever le matin et d'être utile", confie-t-il à La1ere.fr.

En 2013, il avait déposé au ministère des Outre-mer à Paris une pétition contre la pauvreté. Il avait à cette occasion expliqué son combat. 
ratenon


Avec "La France Insoumise"

A l'Assemblée nationale, le député Ratenon siègera dans le groupe "La France Insoumise", au coté de Jean-Luc Mélenchon, qui l'a félicité dès dimanche soir par téléphone pour son élection. A plusieurs reprises ces dernières années, il s'était présenté à différentes élections, sans jamais parvenir à être élu. Cette fois, malgré un retard de 13 points au premier tour face à son adversaire LR Daniel Gonthier, il a gagné. Lui n'est pas surpris :

"A La Réunion, le Front National a fait près de 40% au second tour de la présidentielle. Ce vote n'était pas l'expression d'un racisme, d'une xénophobie. Il exprimait un ras-le-bol social. Les politiques locaux n'ont pas su en tirer les enseignements. Aux législatives, j'ai bénéficié de ce ras le bol social. Je m'attendais à cette victoire. Je suis seul contre le système. A l'Assemblée, je serai le porte-parole de ce ras-le-bol, le porte-parole des smicards, des Rmistes".  


"Rester les pieds sur terre"

Depuis son élection dimanche dernier, Jean-Hugues Ratenon admet que le regard des gens a un peu changé. "Ils me regardent et reconnaissent mon travail. Il y a une prise de conscience. Mon élection suscite beaucoup d'espoir. Mais je reste les pieds sur terre. Je ne changerai pas. Je serai honnête". 

Une émotion personnelle

Lorsqu'il pénètrera pour la première fois dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale, dans quelques jours, Jean-Hugues Ratenon aura une pensée pour sa grand-mère, morte il y a quelques années, à l'âge de 107 ans. Elle était la dernière survivante des "Engagés", ces travailleurs étrangers qui ont été amenés dans les colonies pour remplacer les esclaves après l'abolition. Une grand-mère venue de l'île Rodrigues, qui a travaillé toute sa modeste vie dans les champs de canne à sucre, puis est morte apatride, sans reconnaissance de la France. Il évoquait cette grand-mère et son combat politique lors de la campagne électorale, invité sur Réunion 1ère radio :
Jean-Hugues Ratenon
Interview Réunion 1ère Radio pour les élections législatives 2017


Jean-Hugues Ratenon pensera également à son père, mort très jeune. Militant communiste, il était également coupeur de canne, "fier de nourrir ses enfants à la sueur de son front". Ratenon se souvient qu'enfant, lorsqu'il n'y avait pas assez de nourriture au repas, sa mère prétextait ne pas avoir d'appétit, pour laisser ses marmailles manger à leur faim.

Enfin, le néo-député Ratenon explique qu'il aura une pensée pour Paul Vergès, figure historique du Parti Communiste Réunionnais, qui l'a politiquement formé. Paul Vergès est décédé en novembre 2016, à l'âge de 91 ans.  "Je suis triste qu'il ne soit pas là pour voir ma victoire", confie Jean-Hugues Ratenon. 

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