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Sur les traces du passé négrier nantais

A l'approche du 10 mai, La1ère vous emmène sur les traces du passé négrier dans l'Hexagone. A Nantes, premier port négrier français, la traite des Noirs a occupé une place majeure dans le développement économique de la ville entre le 17e et le 19e siècle. Suivez le guide.

Mascaron visible sur une façade de l'allée Brancas à Nantes. © Léia Santacroce
© Léia Santacroce Mascaron visible sur une façade de l'allée Brancas à Nantes.
  • Léia Santacroce (envoyée spéciale à Nantes)
  • Publié le , mis à jour le
Nantes ne s'en cache plus, la traite des esclaves a largement contribué à sa prospérité. Entre le 17e et le 19e, la ville devient le premier port négrier français, pôle majeur du commerce triangulaire. Si cette histoire douloureuse est longtemps restée enfouie, elle refait surface depuis une trentaine d'années. La1ère vous emmène sur les traces du passé négrier nantais.


L'île Feydeau

Jusqu'au 20e siècle, les immeubles de l'île Feydeau étaient entourés d'eau. © Léia Santacroce
© Léia Santacroce Jusqu'au 20e siècle, les immeubles de l'île Feydeau étaient entourés d'eau.
Voici le quartier de l'île Feydeau, en plein cœur de Nantes. A la place de la pelouse, imaginez de l'eau. Construits sur pilotis au milieu du 18e siècle, ces luxueux immeubles appartenaient pour la plupart à des négociants-armateurs*, dont plusieurs négriers. "Le commerce maritime et la traite étaient extrêmement risqués, explique une médiatrice de musée d'histoire de Nantes. Ces immeubles représentaient une sécurité pour leurs propriétaires qui les mettaient en location."

*Armer un navire consiste à organiser une expédition de A à Z, de la désignation du capitaine à l'exploitation commerciale en passant par le paiement des salaires de l'équipage ou le choix des marchandises à emporter.



Guillaume Grou, négrier nantais

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Parmi les immeubles de l'île Feydeau : celui de Guillaume Grou, négociant-armateur nantais (1698 - 1774). A partir de 1748, il a armé de nombreux navires négriers, amassant une fortune conséquente (en témoignent les nombreux mascarons qui figurent sur la façade de tuffeau - matière "noble" - et les balcons en fer forgé). N'ayant pas de descendants, il a légué une partie de sa richesse pour créer un orphelinat à Nantes. Son rôle dans la traite des esclaves n'est pas mentionné dans la rue qui porte sur nom.



Mascarons aux traits africains

Mascarons visibles sur certaines façades nantaises (allée Brancas pour le premier, sur l'île Feydeau pour ceux du dessous). © Léia Santacroce
© Léia Santacroce Mascarons visibles sur certaines façades nantaises (allée Brancas pour le premier, sur l'île Feydeau pour ceux du dessous).
Sur les façades des somptueux immeubles d'armateurs nantais, on tombe parfois sur des sculptures d'hommes et de femmes aux traits africains caricaturaux, témoins de la période de la traite : nez épaté, cheveux crépus, lèvres charnues... Contrairement aux légendes urbaines qui ont longtemps circulé à Nantes, il n'y avait pas (ou très peu) de Noirs dans la ville (1000 environ, contre 500.000 captifs déportés à bord de navires nantais dans le cadre du commerce triangulaire*).

*Les captifs africains étaient d'abord achetés (en l'échange de marchandises), puis déportés des côtes africaines vers les plantations des colonies caribéennes (Saint-Domingue, Guadeloupe, Martinique...), d'où les navires rapportaient des denrées coloniales (sucre, café...).



Mercure, le dieu du commerce

Mercure, le dieu du commerce, est reconnaissable grâce à son casque ailé (le pétase). © Léia Santacroce
© Léia Santacroce Mercure, le dieu du commerce, est reconnaissable grâce à son casque ailé (le pétase).
Sur cette façade du quai de la Fosse (d'où partaient les bateaux vers l'Afrique), on reconnaît Mercure, dieu du commerce (identifiable à son pétase, un casque ailé). "Pourquoi retrouve-t-on Mercure sur de nombreuses façades à Nantes ? Parce qu'il représente l'appétit de l'argent, l'appétit du bénéfice...", rappelle l'historien Jean BreteauLe commerce des esclaves représentait une telle source de profits qu'après son interdiction en 1815 par le traité de Viennes, Nantes a poursuivi la traite illégale pendant une quinzaine d'années.


Des rues aux noms d'armateurs négriers

Trois rues aux noms d'armateurs négriers nantais. © Léia Santacroce
© Léia Santacroce Trois rues aux noms d'armateurs négriers nantais.
La rue "Montaudouine" fait référence aux Montaudouin, une famille d'armateurs négriers nantais. La rue Kervégan (qui traverse l'île Feydeau), porte le nom d'un ancien maire de la ville, qui a participé à la traite. On retrouve également le négociant-armateur Guillaume Grou, dont nous avons parlé plus haut. Aucune de ces plaques ne fait référence au passé négrier de cette bourgeoisie aisée.

POUR ALLER PLUS LOIN : cliquez sur les différents points colorés de la carte ci-dessous pour connaître l'histoire des négriers nantais honorés d'un nom de rue (carte réalisée par Xavier Collombier pour France 3 Pays de la Loire).



La Bourse, carrefour des négociants-armateurs

Une grande enseigne commerciale occupe les lieux de l'ancienne Bourse. © Léia Santacroce
© Léia Santacroce Une grande enseigne commerciale occupe les lieux de l'ancienne Bourse.
C'est ici, à la Bourse, que les négociants-armateurs venaient négocier le prix de leurs marchandises. Aujourd'hui, c'est une grande enseigne commerciale (située sur la "place du commerce", lieu très fréquenté par les Nantais).


Au cimetière, la "bienfaisance" d'un armateur négrier

Stèle d'Haveloose, au cimetière de la Bouteillerie. © Léia Santacroce
© Léia Santacroce Stèle d'Haveloose, au cimetière de la Bouteillerie.
"A d'Haveloose, le bienfaiteur des pauvres", peut-on lire sur la stèle d'un armateur négrier, enterré au cimetière nantais de la Bouteillerie. A l'image de Guillaume Grou, il a légué une grande partie de sa fortune à la ville de Nantes.


Au musée : un parcours sur la traite et l'esclavage

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© DR
Au musée d'Histoire de Nantes, logé au sein du Château des ducs de Bretagne (en plein centre ville), les visiteurs peuvent suivre un parcours thématique sur la traite des Noirs et de l'esclavage (qui occupe un bon tiers du musée). Ce parcours s'inscrit dans la continuité des "Anneaux de la mémoire", l'exposition pionnière de 1992 sur ce sujet. Signe d'un passé redécouvert et assumé, des milliers d'écoliers se rendent chaque année dans les salles consacrées à la traite.

POUR ALLER PLUS LOIN : retrouvez l'interview de Bertrand Guillet, le conservateur du musée, dans notre article "A Nantes, le passé négrier n'est plus tabou".


Mémorial de l'abolition de l'esclavage

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Inauguré en 2012 par Jean-Marc Ayrault, le maire de l'époque, le Mémorial de l'abolition de l'esclavage a été conçu comme un espace de recueillement au bord de la Loire. Le père du Mémorial, le Martiniquais Octave Cestor, a bataillé pendant 14 ans pour l'ouverture de ce lieu unique en France. Aujourd'hui, il souhaiterait qu'il soit mieux mis en valeur.

POUR ALLER PLUS LOIN : l'interview d'Octave Cestor, dans notre article "A Nantes, le passé négrier n'est plus tabou".


Balade sonore au Grand Blottereau, folie nantaise

C'est le Martiniquais Octave Cestor, père du Mémorial de l'abolition de l'esclavage, qui nous fait visiter le Grand Blottereau, exemple typique de la trentaine de "folies nantaises" (maisons cossues) qui bordent la ville. Celle-ci a été construite au milieu du 18e siècle par un acteur de la traite : Gabriel Michel, négociant-armateur et directeur de la Compagnie des Indes. Octave Cestor déplore que rien n'indique le passé négrier de l'ancien propriétaire de cette demeure. Ecoutez-le dans ce diaporama sonore : 

Balade sonore au Grand Blottereau à Nantes

Selon le directeur du musée d'Histoire de Nantes, Bertrand Guillet, si le projet de rénovation du Grand Blottereau est encore dans les cartons, "c'est pour des raisons économiques". "Mais à partir du moment où le bâtiment sera restauré dans ses intérieurs, poursuit-il, il est clair que l'on parlera de la famille Michel et de son implication dans la traite."

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