Alain Christnacht : le référendum "n'est pas un succès"

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Alain Christnacht
Alain Christnacht ©CB
Alain Christnacht pense que le troisième référendum présente "un risque de blocage pour l'avenir". Le négociateur de l'accord de Nouméa estime qu'il faut vite se mettre au travail pour trouver un nouvel accord car, à cause des élections, la période de transition risque d'être réduite à une année.

Pourquoi avez-vous écrit que ce vote est un échec ? 

" Dans l'idée initiale des accords de Matignon et de l'accord de Nouméa, chacun des deux camps, en tout cas les partisans de l'indépendance et les partisans du maintien dans la République, devaient convaincre, et on devait arriver à une large majorité des deux tiers, on devait construire quelque chose, pas à 50,01 ou même 51-49. Et surtout, ça devait être, c'est peut-être utopique, un choix de société non communautaire. Dans l'hypothèse de l'indépendance, des Kanak devaient convaincre des non-Kanak d'une forme d'indépendance. Dans la cas du maintien de la République, les partisans du maintien dans la République, qui sont quand même surtout des non-Kanak, même s'il y a des Kanak, devaient convaincre les autres. Eh bien non, on a des votes par blocs communautaires qui reflètent pratiquement la proportion des communautés dans la population. Donc, de ce point de vue, ce n'est pas un succès. En tout cas, c'est un risque de blocage pour l'avenir".

"Quand est-ce qu'on se met au travail ?"

Comment faire pour enclencher des discussions sur place ?  "J'avais envie de dire de manière un peu provocatrice : quand est-ce qu'on se met à travailler parce que ça fait quand même plusieurs fois que pour des raisons qui sont peut-être bonnes, les discussions sont repoussées. Il y a d'abord eu l'usine du Sud, donc on ne discute pas. Maintenant, le gouvernement a dit : il y a deux ans de période de transition. Mais ça fait déjà six mois qui sont passés. Maintenant on dit, des deux côtés d'ailleurs, il va y avoir la période des léections présidentielles et législatives. Donc chacun dit : on n'a pas d'interlocuteur définitif. En fait, secrètement chacun espère que sortira de l'élection un interlocuteur avec lequel ce sera plus facile de discuter. Donc on va encore passer six mois et au fond, il ne restera qu'un an et demi dans la période de transition. Or la feuille de route qui a été donnée dans la réunion de juin est extrèmement ambitieuse, il y a pratiquement à résoudre tous les problèmes qui ne l'ont pas été encore et à actualiser les accords ou à les refonder, ou à faire autre chose. C'est un champ vraiment très, très large. Donc, il faut commencer à travailler, le faire peut-être entre Calédoniens. Mais avec une méthode, avec peut-être une certaine discrétion au départ, pour éviter que la campagne, qui sera aussi une campagne calédonienne, avec des enjeux pour les Législatives, pour les Sénatoriales, ne viennent tout perturber. Parce qu'on sait que ces périodes de campagne, c'est propre à la surenchère, et pas au compromis";

" Sortir du binaire, parler concrètement" 

Faut-il associer plus d'experts de la société civile ?  "Les experts ont très mauvaise presse, mais à un moment, il faut bien écrire quelque chose. Mais ce n'est pas par eux qu'il faut commencer. On avait commencé en 1988 par la mission du dialogue, mais on ne va pas recréer ce scénario. Je crois qu'il faut des personnes extérieures, ça me paraît important, et aussi bien sûr des gens qui soient du pays. C'est assez à la mode au plan national d'avoir des personnes tirées au sort. Pourquoi pas ? Sauf qu'il faut que le tirage au sort quand même donne un résultat assez représentatif des communautés, assez paritaire, représenter tous les âges. Mais je pense que c'est quand même un grand besoin de la société civile, c'est-à-dire de tout le monde, de sortir du binaire, des affrontements et de parler concrètement. Ce qui ne veut pas dire que les grandes idées, les grandes idéologies, de savoir comment on est par rapport à la France, par rapport au Pacifique, ça a disparu. Mais enfin, il y a tout le reste. Il faut bâtir quelque chose. Il faut qu'il y ait beaucoup de moins de trente ans ou quarante ans, je crois". 

"L'heure tourne"

La période de transition envisagée par le gouvernement doit se terminer en juin 2023. Est-ce qu'on ne va pas manquer de temps ? "Je crois que maintenant, comme on a rien commencé, et comme il va y avoir les élections, tout le monde est d'accord pour ne rien faire pendant six mois encore. Je crois qu'un an, ce sera trop court. En même temps, ce qu'il faut bien voir, c'est que le prochain Congrès ne pourra pas être élu sur la base du statut actuel. Autant c'est faux de dire que l'accord de Nouméa serait complètement terminé, autant c'est clair qu'on rentre dans une période dans une période de transition. Donc la loi organique focntionne encore sur les fondements constitutionnels, mais c'est la dernière fois. Donc il faudra retrouver quelque chose. Donc on ne pourra pas se réveiller en mars 2024 en disant : qu'est-ce-qu'on fait pour l'élection du Congrès ? Donc on va dire fin 2023 peut-être. En tout cas, l'heure tourne.