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Année de la BD : "Piments zoizo" et "L’avocat du diable", les deux projets de Téhem

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Téhem
Après une jeunesse passée à La Réunion, Téhem, le créateur de Tiburce, personnage emblématique de l’île, a choisi de poser ses valises dans un village près d’Angers. L’auteur continue son œuvre réunionnaise avec deux albums en préparation.
 
Téhem n’a pas choisi par hasard son nouveau cadre de vie. L’auteur de BD prolifique – on lui doit Tiburce, Malika Secouss, Zap Collège et les Chroniques du léopard – a posé ses valises dans un village résolument bédéphile : Mazé. Regardez ci-dessous le reportage d'Outre-mer la 1ère : 

Située à quelques kilomètres d’Angers, cette commune a accueilli Pascal Rabaté, un auteur de BD à succès venu y tourner son film "Les petits ruisseaux" adaptée de sa propre bande-dessinée sortie en 2006.
 

Un village bédéphile

Depuis ce tournage, la commune a noué des liens indéfectibles avec le monde de la BD. Mazé dispose désormais d’une médiathèque très dynamique dénommée La Bulle qui compte un vaste département de bandes dessinées. L’atelier Kawa qui rassemble des auteurs de BD s’est constitué autour de Téhem.
Atelier Kawa
Atelier Kawa ©CB
 

Un atelier à partager

Quand il a quitté La Réunion en 2000, Thierry Maunier dit Téhem était à la recherche d’un atelier à partager avec d’autres auteurs comme lui. Après une expérience à Angers, il a découvert Mazé, petit village situé à une dizaine de kilomètres de la Loire, ce fleuve majestueux qui a inspiré tant de poètes.
 

Pour moi, c’est l’idéal, il y a un atelier, un lieu où se réunissent différents auteurs, c’est ce que je voulais dès le départ.
-Téhem


À l’atelier Kawa, Téhem partage une vaste salle avec six autres dessinateurs. Ils achètent et partagent le matériel. Ils se donnent des conseils, essaient de mener, parfois, des projets en commun, mutualisent leurs informations. L’union fait la force dans ce monde de la BD où certains auteurs ont bien du mal à vivre. Deux d’entre eux sont d’ailleurs professeurs à mi-temps.
Téhem
Téhem ©CB
 

"Piments zoizo"

C’est dans ce climat de confiance que Téhem poursuit son œuvre réunionnaise. Après "Les Chroniques du léopard" sélectionné au festival d’Angoulême 2019, l’auteur s’est plongé dans l’histoire des enfants réunionnais dits de la Creuse. Il prépare un album intitulé "Piments zoizo" qui doit sortir fin mai 2020 édité par Steinkis. C’est la première bande-dessinée consacrée à cette affaire.

J’essaie de faire une histoire authentique. Que ce soit la première, tant mieux, mais mon but, c’est d’être sincère. C’est une fiction que j’ai complétement inventé, mais à partir de données réelles. C’est une histoire qui me touche parce que je suis Réunionnais premièrement et puis être enfant et séparé de sa famille, c’est inconcevable pour moi. J’ai du mal à me mettre à la place de ces enfants et je le fais par le dessin.
-Téhem

Pimenst zoizo
Piments zoizo ©CB
 

Un ami historien

Dans cette entreprise, Téhem bénéficie du soutien indéfectible d’un ami historien, Gilles Gauvin. Ce professeur réunionnais a fait partie de la Commission des enfants dits de la Creuse chargée par le gouvernement de rendre un rapport et des préconisations sur ce scandale d’État. Téhem lui envoie régulièrement ses planches pour vérifier qu’il n’y a aucune erreur historique.

Pendant longtemps, les deux hommes ont cherché un titre à ce roman graphique. "Piments zoizo" s’est imposé, raconte Téhem. Le piment, c’est un peu la madeleine de Proust du Réunionnais.  

Il y a un parallèle entre le piment et la culture réunionnaise, quand on a retrouvé le gout du piment, on a retrouvé la culture.

Gilles Gauvin
Gilles Gauvin, membre de la commission des enfants dits de la Creuse ©CB
 

Méthode

Pour écrire son roman graphique, Téhem a sa méthode bien à lui. Il rédige le scénario sans les dialogues. Il commence ensuite le chapitrage. En clair, il comptabilise le nombre de pages nécessaires à chaque chapitre. Puis, il effectue des croquis que lui seul comprend. Il commence alors ses dessins et grâce à la planche lumineuse, il dessine ses planches. Dernière étape : la colorisation qu’il réalise sur l’ordinateur.
Téhem à l'atelier Kawa
Téhem à l'atelier Kawa ©CB
 

Un célèbre avocat

L’auteur a réalisé près de la moitié de ce roman graphique qui doit sortir fin mai. En même temps, il mène un deuxième projet très différent, mais toujours inspiré de La Réunion. Il s’agit d’un album qui pratique l’humour noir à haute dose. Le héros ressemble au célèbre avocat réunionnais Jacques Vergès.

C’est un personnage qui rentre dans la mythologie réunionnaise. Moi je m’en suis servi comme d’un personnage de BD humoristique. Il peut défendre Ben Laden, Dark Vador ou un requin, des causes délirantes et imaginaires.

L'avocat du diable
L'avocat du diable (Delcourt) ©DR
 

Pas d'Agoulême en 2020

Cette année, Téhem n’a pas d’album nouveau à présenter au festival d’Angoulême. L’auteur ne participe donc pas cette édition à laquelle Emmanuel Macron est attendu de pied ferme. Le gouvernement a décidé de faire de 2020, l’année de la BD.

Pour Téhem, 2020 est une année riche en projets. L’auteur poursuit sa route volontairement inspirée par La Réunion. C’est là qu’il a tout appris, compris aussi qu’il était possible de devenir auteur de BD. Téhem doit sa vocation à Jean-Claude Denis qui, de passage à La Réunion, l’a "un peu forcé" à lui montrer ses dessins.

Et puis l’émulation autour de la revue réunionnaise du Cri du margouillat lui a donné le sens du collectif. Sans cette effervescence créative et collective, Téhem n’aurait probablement pas persévéré dans cette voie si difficile. À Mazé, il a trouvé "petit péi".