Archives d'Outre-mer - Présidentielle 1988, le duel Mitterrand-Chirac à travers les Outre-mer

élections
FRANCE - CHIRAC - ANTILLES - CANNE A SUCRE
En Martinique, Jacques Chirac, une machette à la main, s'entretient avec un coupeur de canne à sucre lors de la visite le 31 mars 1988 au François, pendant la campagne présidentielle. ©PASCAL GEORGE / AFP
A chaque campagne présidentielle, les candidats se déplacent dans les Outre-mer, à la rencontre des électeurs. Retour en 1988, sur le duel à distance entre François Mitterrand et Jacques Chirac.

L'élection présidentielle de 1988 est une première. Jamais un président de la République et son Premier ministre n'avaient été candidats l'un face à l'autre à la magistrature suprême depuis les débuts de la Vè République. Le scrutin se déroule les 24 avril et 8 mai 1988. Le président sortant François Mitterrand (parti socialiste) brigue un second mandat. Face à lui, le Premier ministre en exercice, Jacques Chirac (RPR) , est son principal rival. Ce duel est le point d'orgue de deux ans d'une cohabitation à couteaux tirés entre les deux hommes. 

Lors de cette présidentielle, ils ont plusieurs adversaires : Raymond Barre, Premier ministre de 1976 à 1981 soutenu par l’UDF, Jean-Marie Le Pen dont le parti, le Front national, fait depuis 1984 une percée électorale significative (9,8% des voix en 1986), André Lajoinie pour le PCF, Antoine Waechter pour l’écologie. L’extrême gauche est représentée par Pierre Juquin, Arlette Laguiller et Pierre Boussel.

La campagne pour l'élection présidentielle est alimentée dans les Outre-mer par les visites de Raymond Barre, Jacques Chirac et François Mitterrand. Retour en archives sur ces temps forts de la campagne de 1988. 

Raymond Barre en Martinique : "Kimbé red"

Après la Guadeloupe et avant la Guyane, le lundi 21 mars 1988, Raymond Barre est en Martinique. L'ancien Premier ministre, natif de La Réunion, assiste au départ de la course de yoles à Sainte-Luce et va à la rencontre de la population. Il boude les journalistes au prétexte qu'il ne veut pas "s'encanailler à parler de politique dans un décor aussi magnifique".

Lors de son meeting, il tient à se démarquer du RPR en proposant aux Martiniquais de dépasser le stade de la départementalisation pour aller vers une forme de partenariat.

Je ne veux pas qu'on traite les relations entre la Métropole et les départements d'Outre-mer en termes archaïques, en termes inadaptés, ou en termes réactionnaires.

Raymond Barre, candidat UDF

Dopé par le soleil, le ti-punch et le soleil, Raymond Barre répéte avec vigueur, la formule créole  "Kimbé red pa moli", "Tiens bon, ne mollis pas".                

Regardez le résumé de la visite de Raymond Barre en Martinique avec ce reportage diffusé sur FR3 le 21 mars 1988 

©la1ere

Jacques Chirac à La Réunion et en Martinique 

Le candidat Jacques Chirac effectue un déplacement à La Réunion en mars 1988. Il visite un élevage porcin et fait campagne sur l’égalité sociale.

L'avenir de La Réunion doit, selon le candidat, reposer sur trois piliers : le développement économique et la création d'emploi, la paix sociale et civile, la parité sociale globale. 

Lors d'un meeting, il attaque frontalement François Mitterrand, venu quelques semaines plus tôt dans l'île alors qu'il n'avait pas encore déclaré sa candidature. 

 Retour sur cette visite avec ce reportage : 

©la1ere

Lors de son arrivée en Martinique, le 31 mars 1988, Jacques Chirac est furieux. La raison : des affiches détournant des propos tenus à Marseille sur le racisme et la xénophobie. Des portraits du candidat sont agrémentés de la bulle suivante : "Je comprends les racistes".

Aussi, à peine débarqué de l'avion qui l'amène de Guyane, Jacques Chirac laisse libre cours à sa colère. Un coup de sang chiraquien. Toute la soirée,  le candidat du RPR peine à parler d'autre chose que de cette "campagne méprisable", de "ce mensonge absurde".

Il s'en prend également aux propositions pour la France de son rival socialiste, François Mitterrand, affirmant qu'il n'y a "pas un mot sur l'Outre-mer Français".

 Retour sur cette visite avec ce reportage INA : 

©la1ere

Résultats du premier tour le 24 avril 1988

A l'issue du premier tour, au niveau national, le président sortant François Mitterrand arrive en tête avec 34,11 % des voix. Jacques Chirac obtient 19,96 %, Raymond Barre 16,54 %.

François Mitterrand obtient d'excellents résultats en Guadeloupe (55%), Martinique (58,9%), en Guyane (51,9%), à La Réunion (51,1%), en Polynésie (43,9%). 

Jacques Chirac le devance à Wallis et Futuna (52,3%), en Nouvelle-Calédonie (74,6%) et à Saint-Pierre et Miquelon (35%). Mayotte vote elle majoritairement pour Raymond Barre (54,9%).

La percée du FN est moins notable qu'en métropole, bien que Jean-Marie Le Pen obtienne 12,4 % des voix en Nouvelle-Calédonie. 


François Mitterrand en Guadeloupe et Martinique entre les deux tours

Le président sortant avait déclaré sa candidature très tardivement en 1988, un mois seulement avant le premier tour. Il n'avait pas effectué de visite Outre-mer lors de cette campagne éclair. Mais entre les deux tours, le 26 avril 1988, il se déplace aux Antilles. En Guadeloupe, François Mitterrand se rend aux Abymes afin de remercier les électeurs qui ont voté pour lui à 72 % au premier tour. Le président constate que la poussée du FN inquiète les Antillais. 

Á Fort-de-France en Martinique, la population lui réserve un accueil triomphal. La ville compte parmi les communes qui se sont le plus franchement positionnées pour lui au premier tour (89% des voix).

Sur la place de la Savane, il prononce un discours dont on retient "Restons ensemble, travaillons ensemble". A ses côtés, Aimé Césaire pourfend le "racisme montant" et le "fascisme rampant".

 Retour sur cette visite avec ce reportage diffusé sur Antenne 2 le 26 avril 1988  : 

©la1ere

Le drame d'Ouvéa, un tournant dans la campagne

Le 22 avril, deux jours avant le 1er tour, en Nouvelle-Calédonie, sur l’île d’Ouvéa, des indépendantistes kanak attaquent une gendarmerie, tuent quatre gendarmes et font 27 prisonniers. C'est le début de l'affaire de la grotte d'Ouvéa. La Nouvelle-Calédonie devient un thème central de la campagne électorale et est évoquée dans le débat d'entre-deux tours. Trois jours avant le second tour, Jacques Chirac ordonne l'assaut sur la grotte d'Ouvéa pour faire libérer les otages. L'issue est sanglante : 21 morts (19 militants indépéndantistes et deux militaires).

Résultats de l'élection présidentielle 1988

François Mitterrand emporte largement le second tour au plan national avec 54% des suffrages, contre 46% à Jacques Chirac. Dans les Outre-mer, le président réélu arrive en tête en Martinique (70,9%), en Guadeloupe (69,4%), en Guyane (60,4%), à La Réunion (60,2%), en Polynésie (54,4%) et à Mayotte (50,3%).

Jacques Chirac ne l'emporte qu'en Nouvelle-Calédonie (90,4%), à Wallis et Futuna (73,5%) et à Saint-Pierre et Miquelon (56,2%).

Cms-ContentHasMedia_18595489