Bertrand Dicale : "Il y a beaucoup de métis workaholic" [#MaParole]

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Bertrand Dicale #MaParole
©Christophe Abramowitz / Radio France

Journaliste, spécialiste de la chanson française et des cultures populaires, Bertrand Dicale a écrit des ouvrages sur Juliette Gréco, Louis de Funès, Serge Gainsbourg et l’histoire des musiques créoles. Bertrand Dicale évoque son parcours dans #MaParole.

L’histoire des musiques créoles, les parcours de Juliette Gréco, Serge Gainsbourg, Louis de Funès, ou encore Charles Aznavour, Bertrand Dicale les connaît sur le bout des doigts. Le journaliste écrit en moyenne deux livres par an, la plupart sur la chanson française. Il est ainsi l’auteur de La chanson française pour les Nuls et du Dictionnaire amoureux de la chanson française. Il a aussi à son actif un livre plus personnel intitulé Maudits métis. Auteur prolifique, chroniqueur sur franceinfo, Bertand Dicale retrace son parcours dans #MaParole.

 

#1 Maudit métis

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Fils d’un Guadeloupéen et d’une Auvergnate, Bertrand Dicale est né le 27 septembre 1963 à Paris. Il était âgé de 7 ans quand sa famille s’est installée en Guadeloupe au début des années 70. Son père jusqu’alors ingénieur dans l’aéronautique avait eu une proposition de travail sur son île natale. Bertrand Dicale y a donc passé dix années de sa vie. Des années pas toujours simples.

La famille a été marquée par l’histoire de Man Dicale, la grand-mère. Dans Maudits métis paru en 2011 chez Lattès, Bertrand Dicale a évoqué le destin de sa grand-mère. "Elle avait aimé un homme plus noir qu’elle avec qui elle a eu un enfant. Et sa famille l’a mise complétement à l’écart", dit-il. Le père de Bertrand Dicale est donc né dans une pauvreté absolue. Adolescent, Bertrand Dicale se souvient d’un camarade qui ne lui adressait pas la parole sciemment et dont il a découvert plus tard qu’il était son cousin.

Il n’a pas non plus aimé qu’on l’appelle Ti Blanc au collège. "C’était juste du racisme". En revanche, il garde un souvenir formidable des bals à quadrille où son père l’emmenait à Petit-Canal.  "Il y avait un commandeur qui dictait la danse, un monsieur qui ne parlait que le créole, mais qui disait les commandes dans un français retransmis de manière phonétique. C’était magique".

 

#2 Eloge de la chanson

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A 16 ans, le bac en poche, Bertrand Dicale a quitté la Guadeloupe pour Paris afin de poursuivre ses études. Après le lycée, il est entré à Sciences Po Paris à 17 ans. Comme il aimait apprendre, il était heureux. Puis il a eu le concours du CFJ, le Centre de Formation des Journalistes dans lequel il s’est formé au métier. "Quand vous êtes journaliste, vous avez le devoir et l’obligation d’aller chercher la réponse. C’était le métier qu’il me fallait", dit-il. A 22 ans, Bertrand Dicale a donc commencé sa carrière de journaliste au Figaro comme premier secrétaire de rédaction. Il s’occupait de la mise en page. Sa bonne connaissance technique faisait la différence par rapport à des collègues plus âgés. Puis progressivement, il est devenu responsable du service culture et s’est spécialisé dans la musique. 

Au cours de ces années au Figaro, le journaliste a fait des rencontres assez étonnantes comme celle de Mariah Carey. En 1998, la chanteuse américaine au faîte de sa gloire lui avait accordé une interview. "Elle était allongée sur un sofa avec des talons de 12 cm. Elle avait des chaussures qui n’avaient pas touché le sol. Ça se voyait car j’étais côté semelles", s’amuse encore Bertrand Dicale. Elle lui avait demandé quelle était la vie des métis en France et lui avait raconté un épisode de son adolescence assez traumatisant que Bertrand Dicale raconte dans #MaParole.

Il y a une autre star internationale qui s’est comportée de manière très surprenante avec Bertrand Dicale. C’est Julio Iglesias. Le crooner a littéralement saisi le visage du journaliste entre ses mains dans un salon de l’hôtel Ritz à Paris en lui demandant dans un français parfait : "Et qui est noir ? Ton père ou ta mère ?". Le journaliste a été estomaqué, l’attachée de presse encore plus. "Elle était écarlate, rouge cramoisi". Bertrand Dicale a été très surpris, mais pas du tout choqué par l’attitude fantasque du chanteur. Il s’en explique dans #MaParole.

Bertand Dicale a aussi connu Henri Salvador qui fut selon lui "à la fois Nat King Cole et Carlos". "Au début, il ne m’aimait pas trop, on m’avait savonné la planche", dit-il. Ensuite, une relation de confiance s’est nouée. "Henri Salvador disait que son nom venait de son grand-père vénézuélien, mais c’était complétement faux. Salvador était le nom d’un esclave affranchi en 1851 à Morne-à-l’Eau", précise Bertrand Dicale.  

Au fur et à mesure des années, Bertrand Dicale s’est spécialisé dans la chanson française, même s’il a l’impression de "mieux connaître la musique créole". Dans son Dictionnaire amoureux de la chanson française, il a dressé des portraits très méticuleux comme celui de Laurent Voulzy. Il a ainsi écrit : "Si sa matière était un livre -et non pas la musique- il serait à la fois Georges Perec et un enlumineur bénédictin". "Laurent Voulzy est un grand maniaque de la perfection", souligne-t-il. "Il peut répéter des heures et des heures un accord". Laurent Dicale se reconnait dans ce côté laborieux et perfectionniste. "Il y a beaucoup de métis workaholic", affirme-t-il. 

 

#3 Eloge de la créolité

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Avec Edouard Glissant grand penseur de la créolité et du Tout-monde, Bertrand Dicale a beaucoup discuté de musique et de créolisation. "Edouard Glissant était un visionnaire". Il a compris que "ce ne sont pas les empires qui sont les mieux armés pour le monde de demain" et que nous sommes "accessibles au monde entier".

Bertrand Dicale a par la suite donné un cours sur les musiques créoles à des cadres du monde culturel. Inspiré par ses échanges avec Glissant, il a décidé d’écrire petit à petit, puis de faire publier en 2017 un livre intitulé Ni noires, ni blanches, histoire des musiques créoles.

A travers les musiques créoles, Bertrand Dicale a aussi raconté l’histoire de l’esclavage. Cette histoire, ses parents ne lui ont jamais cachée, au contraire, et dès qu’il l’a pu, il a cherché à se renseigner sur sa généalogie paternelle. Il a appris récemment qu’à Grand-Bourg de Marie-Galante, un enfant esclave a le premier reçu le nom de Dicale. Cette découverte, il l’a, à son tour, racontée à ses filles. Et il participe aujourd’hui activement à la Fondation de la mémoire de l’esclavage. Dans la famille Dicale, le père était Franc-maçon et très actif au Grand Orient de France, les deux frères bouddhistes et Bertrand très "vigoureusement protestant". Il s’en explique dans #MaParole.

Chaque semaine Bertrand Dicale présente sur franceinfo une chronique intitulée Ces chansons qui font l’actu. Alors s’il fallait ne donner qu’un titre et qu’une interprète marquante de ce 21e siècle, il n’hésite pas longtemps. Pour lui, c'est sans nul doute, Aya Nakamura. Mais c’est avec un tout autre répertoire que le journaliste a choisi de terminer #MaParole : une chanson de Rodrigues (l’île de l’océan Indien) que l’on chantait à l’occasion des mariages.

Invité du Jour de Matin1ere le spécialiste de nos musiques Bertrand Dicale
©la1ere.fr

A la prise de son : Bruno Dessommes.

Pour retrouver tous les épisodes de #MaParole, cliquez ici.  

 

♦♦ Bertrand Dicale en 5 dates ♦♦♦

 

►27 septembre 1963

Naissance à Paris

►1994

Première rencontre avec Edouard Glissant

►2010

Ces chansons qui font l'histoire sur Franceinfo

►2011

Parution de Maudits métis

►2017

Parution de Ni noires, ni blanches, une histoire des musiques créoles