"C’est une victoire" : portrait de Marie-Laure Phinéra-Horth, première femme sénatrice de Guyane

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Marie-Laure Phinéra-Horth, première femme élue sénatrice de la Guyane à l'âge de 63 ans
Marie-Laure Phinéra-Horth, première femme élue sénatrice de la Guyane à l'âge de 63 ans ©Carl Bls
En septembre dernier, cette Guyanaise de 63 ans a été élue première femme sénatrice de la collectivité territoriale. "Une victoire", pour celle qui a débuté en politique dans les années 80. 

“Ça devient une habitude”, glisse celle qui est devenue, le 27 septembre dernier, la première femme élue sénatrice de la Guyane. “Une habitude”, parce qu’en 2010, Marie-Laure Phinéra Horth, 63 ans, orthophoniste de profession, est devenue la première femme élue maire de la ville de Cayenne. “Une habitude”, pour celle qui a été la première enfant d’une fratrie qui en compte huit.

“Quand j’ai remporté les sénatoriales, ça m’a fait quelque chose. En Guyane, nous vivons dans une société machiste, alors une femme à la tête de la ville capitale c’était quand même un exploit”, explique l’ancienne édile.

Dix ans durant, Marie-Laure Phinéra Horth dirige la mairie. Réélue dès le premier tour des municipales en mars dernier, il lui a fallu démissionner de cette fonction après son entrée au Sénat. “J’avoue que j’ai eu du mal à signer ma démission… J’ai eu un pincement au coeur, je me suis demandée si j’avais fait le bon choix… Mais j’ai toujours eu soif de savoir et de découvrir de nouvelles choses, et c’est surtout une victoire d’être la première femme sénatrice de Guyane”. 

Elle, qui ne se revendique pas féministe, salue tout de même son parcours en politique en tant que femme dans un monde dominé et dirigé par une majorité d’hommes.
 

“Je prouve que les femmes aussi peuvent être au pouvoir. Elles aussi, elles peuvent penser comme les hommes”

Marie-Laure Phinéra-Horth, Sénatrice de la Guyane


L’expérience des mandats locaux 

Certes, la sexagénaire vient d’arriver au Sénat, mais elle est loin d’être une novice en politique. Fille de Stéphan Phinéra-Horth, qui fut président du conseil général de la Guyane de 1994 à 1998, la jeune Marie-Laure berce dans les idéaux politiques de son père. Encartée au parti socialiste guyanais dans les années 80, elle devient conseillère municipale et adjointe au maire de la ville de Cayenne durant le mandat de Jean-Claude Lafontaine, en 1995. Le contrat est renouvelé six ans plus tard, en 2001, pour une seconde mandature. 

Au terme de deux mandats d'adjointe, Marie-Laure Phinéra-Horth souhaite prendre ses distances avec la municipalité et décide de se présenter aux cantonales. Elle se rétracte et est convaincue par un candidat aux municipales de l’époque, Rodolphe Alexandre, actuel président de la collectivité territoriale de Guyane, de rejoindre sa liste. En 2008,  la liste “Agir ensemble” remporte les suffrages. Marie-Laure Phinéra-Horth est de retour à la mairie de Cayenne en tant que première adjointe au maire. Au bout de trois ans, Rodolphe Alexandre prend la tête de la communauté d’agglomération du centre littoral et doit démissionner. Sa première adjointe devient alors maire. 

Grâce à ses nombreux mandats locaux, Marie-Laure Phinera-Horth se sent pleinement légitime pour embrasser son mandat de sénatrice. “Je suis une femme de proximité, une femme de terrain. Être maire, c’est être proche des gens, échanger avec les concitoyens. Entrer au Sénat, c’est complètement différent, mais je suis confiante”. 
 

“Je n’ai pas peur de prendre des décisions, qu’elles plaisent ou pas” 

Adossée sur les fauteuils écarlates de la salle des Conférences du Sénat, Marie-Laure Phinéra-Horth se rappelle du scepticisme de certains quand, avec l’aval de son père, elle a accepté le poste d’adjointe au maire de la ville de Cayenne. “À cette époque, il est vrai que les collègues disaient que j’étais calme, trop calme, que je ne serai pas en mesure de gérer la ville”, raconte-t-elle. “Mais un élu qui était présent a affirmé qu’ils ne me connaissaient pas, parce que j’ai du caractère”, insiste la Sénatrice. Dès son installation dans le siège de maire, elle se découvre une passion pour le management. “J’ai aimé diriger et je n’ai pas eu peur de prendre des décisions, qu’elles plaisent ou pas. Je n’ai pas peur d’affronter les gens. On peut m’insulter, on peut me critiquer, ce n’est pas grave”.

Et même quand elle est décriée, Marie-Laure Phinéra-Horth dit ne pas céder. Dernier exemple en date : en 2017, au moment des mouvements sociaux menés par les “500 frères” qui secouent la Guyane. Malgré l’élan inédit de mobilisation qui s’en est suivi, réunissant entres autres plus de 10 000 Guyanais dans les rues de Cayenne pour manifester contre l’insécurité lors de la marche du 28 mars, l’édile d’alors refuse d’apporter son soutien au mouvement.

Nous étions au mois de mars. La présidentielle était en mai. François Hollande avait déjà annoncé qu’il renonçait à se présenter. On aurait forcément eu un nouveau président - ou une nouvelle présidente. Mais ils ont préféré bloquer, porter des cagoules… Si on avait attendu, bien sûr que j’aurais bloqué avec eux. Mais on ne fait pas ce que l’on veut avec moi”, achève la Sénatrice. Arrivée il y a un mois au Palais du Luxembourg, la Guyanaise Marie-Laure Phinera-Horth a déjà des dossiers brûlants sur son bureau. Dans sa ligne de mire : l’immigration et le trafic de stupéfiants, deux dossiers brûlants parmi ceux qui animent son territoire d’origine.
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