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Chlordécone : ancien ministre de l'Agriculture, Jacques Chirac a-t-il une responsabilité dans le scandale sanitaire ?

Président de la République
Chirac en Martinique
Le 23 décembre 1975, Jacques Chirac, alors Premier ministre, est accueilli à Fort-de-France en Martinique ©AFP
Alors que les hommages se multiplient après la mort de l’ancien président de la République, vous êtes nombreux à vous interroger sur la responsabilité de Jacques Chirac dans le scandale sanitaire lié à l'utilisation du chlordécone, pesticide ultra-toxique, aux Antilles à partir de 1972. 
Dans la salve d’hommages qui a suivi la mort de Jacques Chirac jeudi 26 septembre, une voix détonne : le syndicaliste Elie Domota affirme, au micro de Guadeloupe La 1ère, que Jacques Chirac est à l’origine de "l’autorisation illégale d’utilisation du chlordécone en Guadeloupe et en Martinique".
©guadeloupe

Plusieurs internautes nous ont interpellés sur les réseaux sociaux pour pointer du doigt le rôle qu'aurait joué Jacques Chirac dans ce scandale sanitaire. Voici les éléments factuels qui permettent d'éclairer cette question.
 

Chirac avait-il connaissance de la nocivité du chlordécone en 1972 ?  

C’est effectivement Jacques Chirac, alors ministre de l’Agriculture de Georges Pompidou, qui signe, en 1972, la première autorisation provisoire de commercialisation du chlordécone pour un an. À partir de cette date et pendant plus de 20 ans, les bananeraies antillaises ont été traitées avec ce pesticide très toxique permettant de lutter contre les charançons qui ravageaient les cultures. Le produit a toujours des effets néfastes près d’un demi-siècle plus tard sur l’environnement et la population.

Pourtant, dès 1968, soit quatre ans avant l'autorisation de mise sur le marché, la commission "d'étude de la toxicité des produits phytopharmaceutiques, des matières fertilisantes et des supports de culture avait conseillé l'interdiction du produit en raison de ses dangers potentiels pour la santé humaine et animale". C’est ce que rappelle un rapport du Sénat daté de juin 2009 sur les impacts de l’utilisation du chlordécone.

Mais à l’époque, les autorités jugent pertinente l’utilisation du produit "pour lutter contre le charançon du bananier, aussi bien du fait de son efficacité que de la relative faiblesse des quantités à utiliser - qui étaient alors sept fois moindres que celles des pesticides employés précédemment", détaille le rapport.
 

Pouvait-il l'interdire par la suite ? 

En 1975, des ouvriers de l’usine chimique d’Hopewell aux États-Unis, où la molécule est synthétisée, sont intoxiqués. Ils développent plusieurs symptômes comme des tremblements, des pertes de la mémoire immédiate, des troubles de l’humeur, une hypertrophie du foie et une baisse de la fertilité chez les hommes… La rivière, située à proximité, est, elle aussi, polluée. L’usine est fermée en 1975 et les États-Unis interdisent le chlordécone en 1976. 
Chirac en Martinique
Le Premier ministre français Jacques Chirac, une machette à la main, s'entretient avec un coupeur de canne à sucre lors de la visite le 31 mars 1988 au village Le François d'une plantation pendant de sa campagne présidentielle en Martinique. ©PASCAL GEORGE / AFP

En 1976, Jacques Chirac démissionne du poste de Premier ministre, qu'il retrouvera entre 1986 et 1988. Et durant ce deuxième passage à Matignon, la législation en vigueur sur l'utilisation du pesticide, n'évoluera pas. Il a fallu attendre 1990 pour que le chlordécone soit interdit en France, et même 1993 aux Antilles. 
 
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