Dans une tribune, Edwy Plenel répond aux personnalités calédoniennes qui dénoncent "La posture anticoloniale venue de la métropole"

référendum nouvelle-calédonie 2020
Edwy Plenel
©Daniel Pier / NurPhoto / NurPhoto via AFP
Le président de Mediapart répond, dans une tribune au quotidien Le Monde, à un texte publié le 16 septembre par le même journal qui mettait en cause un livre publié par sa rédaction.
Dans une tribune publiée par Le Monde (lien vers l'article payant), Edwy Plenel, président de Mediapart, répond à une tribune publiée il y a deux semaines par le même quotidien. Dans cette tribune, quatre personnalités calédoniennes s'en prenaient aux postures idéologiques venues de l'Hexagone, notamment celle d'Edwy Plenel. Ils demandaient à chacun d'avoir "le courage de la nuance".
 

"L’héritage pris en otage"

Edwy Plenel, que nous avions sollicité à la publication de cette tribune mais qui n'avait alors pas souhaité réagir, estime que la précédente tribune qui critiquait notamment l'ouvrage publié par Mediapart dans la perpective du référendum du 4 octobre est "une manoeuvre inélégante". 
 

Cette tribune à charge prend indûment en otage l’héritage de Jean-Marie Tjibaou, dont la hauteur de vue a permis ce processus pacifique d’autodétermination, au point de le payer de sa vie, en 1989. L’écho rencontré par ce texte qui nous caricature tient en effet à la présence, parmi ses quatre signataires, d’Emmanuel Tjibaou, l’un des fils du leader indépendantiste kanak, devenu une figure notable de la vie culturelle sur place.

Or ce dernier a tenu à nous faire savoir solennellement qu’il se désolidarisait de cette tribune « qui instrumentalise [son] nom en le portant caution d’un point de vue sur la question coloniale en Nouvelle-Calédonie qu’[il] ne [défendra] jamais ». « Je suis découragé d’avoir été si naïf et en colère contre moi-même », nous écrit-il. Relisant ce texte, il « [se rend] compte que chaque mot est une lame qui se dresse à la gorge des compagnons d’âmes de [son] père ».

Edwy Plenel


"confusionnisme"

Dans sa tribune, Edwy Plenel dénonce encore les "maladresses et incohérences" des auteurs du texte du 16 septembre, estimant qu'ils font preuve d'un "confusionnisme qui fait semblant de renvoyer dos à dos indépendantistes et loyalistes afin, en vérité, de maintenir le statu quo."
 

Décolonisation sans violence

A travers le référendum calédonien, selon Edwy Plenel, c'est la question de l'héritage colonial de la France qui est en cause. "En évoquant une indépendance en relation, dans la reconnaissance d’une histoire partagée, nous défendons et promouvons l’esprit même de l’accord de Nouméa de 1998", estime Edwy Plenel, qui poursuit : "Notre pays restera à la merci des idéologies de l’inégalité (des races, des peuples, des cultures, des civilisations, des religions) et des perditions politiques, racistes et impérialistes qu’elles ont enfantées, tant qu’il n’aura pas dénoué la question coloniale.
 

On ne tourne pas une page sans l’avoir lue jusqu’au bout. On ne congédie pas un passé sans l’avoir regardé en face. On ne met pas fin à un legs d’injustice, de conquête et de violence, sans rompre clairement avec les passions tristes de domination et d’appropriation qui l’ont enfanté. 

Edwy Plenel


La réaction de Jenny Briffa
La journaliste et autrice Jenny Briffa, l'une des quatre signataires de la tribune du 16 septembre, réagit à la réponse d'Edwy Plenel via Twitter.