Des Molières si blancs… Pour les artistes ultramarins (et autres) la coupe est (encore) pleine !

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Le collectif de créateurs « Décoloniser les arts », qui comprend notamment des professionnels de la Guadeloupe, de la Martinique et de la Réunion, pousse dans un communiqué un coup de gueule contre les Molières 2016, qui « ignorent superbement la diversité de la population française ». 
Un théâtre monocolore, de l’entre-soi, discriminatoire, qui tourne en rond dans une petite famille d’héritiers et d’ayants droits. C’est à cela que ressemble, dans sa version grand public, le théâtre de l’Hexagone aujourd’hui, pour le Collectif « Décoloniser les arts ». Ironie de l’histoire, dénoncer cet état de fait c’est se faire traiter la plupart du temps de communautariste, voire de raciste.  
 
Depuis des années déjà, de nombreuses voix dénoncent en France l’invisibilité des artistes « non blancs », ou caractérisés comme tels. En vain. A la veille de la cérémonie des Molières 2016 aux Folies Bergères, destinée à récompenser les plus talentueux artistes du théâtre public et privé français, le Collectif « Décoloniser les arts » a fait le décompte. « Sur plus de 86 artistes nommé.e.s dans 19 catégories, on compte en tout et pour tout : une seule artiste racisée (non blanche et victime de racisme, selon la terminologie du collectif , ndlr). Les comédiens et comédiennes, les metteur.e.s en scène, les auteur.e.s, les artistes censé.e.s représenter le théâtre français en 2016 ? Tous et toutes Blanc.he.s, d'après l'Académie des Molières !! », s’insurge l’association.
 

Molières monochromes

Les Molières sont donc monochromes, constate le Collectif, qui s’interroge : « reflet du racisme d'omission qui règne dans le milieu théâtral, artistique et culturel en général ? Quand 30% de la population française n'est pas blanche, quand les artistes racisé.e.s sont nombreux-ses et talentueux-ses, les Molières ignorent superbement la diversité de la population française, et cultivent leur entre-soi. Ce sont des Molières de la honte. »


« Hé bien, nous disons que justement, notre société, en France, aujourd’hui, ce n’est pas cela ! », martèle la dramaturge guadeloupéenne Gerty Dambury. « 30% de la population française est quelquefois représentée – trop rarement - sur scène par des comédiens et des comédien.nes porteurs et porteuses de cultures diverses – et ceci doit être vu et reconnu, montré également en exemple si nous voulons que cette société entérine, dans ses instances de reconnaissance, un mouvement que la jeunesse du pays a largement entériné ».
 
« Nous demandons à ce que le théâtre français ne se résume plus à cet entre-soi blanc privilégié », écrit le Collectif « Décoloniser les arts », qui exige de la transparence des Molières, notamment que les modes de sélection soient exposés, avec constitution de « jurys équitables ». « Les Molières sont un symbole parmi d'autres : il est urgent de construire d'autres récits et d'autres représentations, dans le monde du théâtre, des arts et de la culture », conclut l’association. Le Collectif appelle à un rassemblement de protestation lundi 23 mai devant les Folies Bergères, qui accueillent les Molières, à l’ouverture de la cérémonie dans la soirée. 
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