Dimitri Pavadé : "On m’a vendu les jeux avec un stade plein, j’ai hâte de vivre Paris 2024" #MaParole

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#MaParole Dimitri Pavadé
Dimitri Pavadé est l'invité de #MaParole ©Cécile Baquey
Le handisport n’est pas assez connu selon lui. Alors à l’occasion des journées nationales du handisport de 13 au 16 avril, coup de flash sur Dimitri Pavadé dans #MaParole. Ce Réunionnais est médaillé d’argent des jeux paralympiques de Tokyo en saut en longueur.

Une enfance bien tranquille avec les copains. Un peu de football et des virées à vélo. Jamais dans sa jeunesse, Dimitri Pavadé n’avait envisagé la compétition. Mais après un accident de travail en 2007, une jambe sectionnée, il a dû se réinventer. Il l’a fait puissance dix. Ce Réunionnais au dynamisme contagieux est venu nous raconter son parcours du combattant dans #MaParole.  

#1 La Possession

La famille, les copains, les grandes tablées. A La Réunion, c’était le bonheur, le paradis, l’insouciance. Dans sa commune de la Possession, tout le monde était "famille". Il faisait quelques bêtises, mais rien de bien grave. Il y avait toujours un adulte dans le coin pour le recadrer. Dans le temps, chez la tati, il y avait la télé en noir et blanc et tout le monde venait regarder les émissions chez elle. C’était convivial. Pendant l’enfance de Dimitri Pavadé aussi, les jours de pique-nique, la famille et les amis allaient à la plage. Rougail saucisse, cabri massalé, Dimitri Pavadé amoureux de la cuisine réunionnaise se délectait lors de ces jours de repas en famille.

L’école, il y allait parce qu’il était obligé. Les études, ce n’était pas vraiment sa tasse de thé. Alors très tôt à 18 ans, il s’est mis à travailler comme docker sur la commune du Port. Son cousin faisait ce travail, il avait un bon niveau de vie et ça faisait rêver Dimitri. Tout simplement. Après douze jours de travail sur le port, tout allait bien. Mais le 23 décembre 2007, Dimitri Pavadé déchargeait devant le bateau, il détachait des sangles. Son camarade, conducteur d’une grue a appuyé sur l’accélérateur sans bien regarder. "Ça allait tellement vite", dit-il.  Le charriot élévateur lui est rentré dedans après la fausse manœuvre du collègue. Un bête accident du travail. Sa jambe a été écrasée par le véhicule. Pas de retour en arrière possible. Sa vie a défilé à toute vitesse. Il a pensé à sa mère. Très vite le jeune homme s’est mis dans la tête qu’il allait perdre sa jambe. A l’hôpital, Dimitri Pavadé a souffert le martyre, mais il a décidé qu’il remarcherai avec une prothèse. Hors de question de poursuivre sa vie dans un fauteuil. Il a vécu l’enfer, notamment la gangrène qui "crée des douleurs, des hallucinations et des montées de température". "Je demandais l’amputation", raconte-t-il. Mais il n'a jamais cédé au désespoir.   

#2 Une nouvelle vie

A la sortie de l’hôpital après trois mois de convalescence, Dimitri Pavadé a été en hôpital de jour et progressivement, il a appris à se débrouiller tout seul. Il a repris le travail. D’abord avec un copain, de manière informel, il repeignait des voitures et s’adonnait à sa passion de l’époque : le tuning. Et puis il a fait une formation pour travailler dans les grandes surfaces et il est devenu agent de caisse. Au bout de deux ans, Dimitri Pavadé a eu comme un déclic, une envie de se former. Il hésitait entre conducteur de métro à Paris, moniteur d’auto-école pour handicapés ou bien prothésiste. Finalement il a choisi la troisième solution et a décidé de partir en Dordogne à Salagnac pour y suivre une formation de 17 mois. Sa prothésiste à La Réunion, Catherine, lui avait donné envie de faire ce métier.

Une fois sur place, le Réunionnais a adoré l’idée de revenir à l’école et d’avoir, cette fois, le goût d’apprendre. Lors d’un stage à Paris, il a rencontré son futur patron qui lui a proposé de l’embaucher, mais en plus de l’inscrire dans un club à Toulouse pour courir et de faire de la compétition en utilisant une lame (spatule en carbone).  Dimitri Pavadé s’est dit : "Et pourquoi pas ?".

#3 Compétitions

A Toulouse, il s’est tout de suite plu dans son travail et a adoré les sensations qu’il avait avec sa lame. Le goût de "la compét" lui est tombé dessus. A force de ténacité, il a réussi à participer à des compétitions de handisport et à se faire un nom. En 2018, il a intégré l’équipe de France. Et là son histoire s’est accélérée. En 2019, il a été sacré vice-champion du monde à Dubaï, puis en 2021 médaillé d’argent aux jeux paralympiques de Tokyo en saut en longueur. La gloire. "Je suis tout petit, 1m59", dit-il, "alors je me bats avec ma rapidité". Et une volonté à soulever des montagnes.

Et pourtant le handisport n’est pas vraiment sous les feux des projecteurs, "les médias en parlent moins", déplore Dimitri Pavadé. Mais peu à peu, les journalistes s’intéressent de plus en plus à ces champions aux parcours de vie chaotiques. Dans Incassable, la rubrique lancée par franceinfo, la lumière a enfin été posée sur ces champions au moral d’acier. De son côté, Dimitri Pavadé a encore envie de progresser. Il veut se remettre à la course, il commence à se mesurer à des athlètes valides. Le Réunionnais s’est aussi mis à entrainer des jeunes et avec son message hyper positif, il ne peut que donner confiance à de futurs champions. Il est venu dans les studios de Malakoff enregistrer #MaParole avec sur la tête une casquette sur laquelle était écrit Paris 2024. Il rêve de voir enfin des stades remplis et se prépare à cette échéance avec l’enthousiasme qui le caractérise.  

Jeux Paralympiques : Dimitri Pavadé se pare de l'argent sur le saut en longueur
©France paralympique

À la prise de son : Diane Koné.

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♦♦ Dimitri Pavadé en en 5 dates ♦♦♦

►  14 août 1989 

Naissance au Port (La Réunion)

► 23 Décembre 2007 

Lors d’un accident, il perd sa jambe droite

► 2013

Formation de technicien orthopédiste

►  2019

Médaille d’argent en saut en longueur aux championnats du monde handisport à Dubaï

► 1er septembre 2021

Médaille d’argent en saut en longueur aux jeux paralympiques de Tokyo