Flamengo : "Quand tu veux vivre de ta musique en Nouvelle-Calédonie, il faut vraiment se bouger le cul" #MaParole

portraits
Flamengo
Flamengo ©DR
Flamengo fête cette année ses trente ans de carrière et prépare un gros concert au centre Tjibaou le 19 novembre avec plein d’invités. Le chanteur, apôtre du reggae en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie, revient dans #MaParole sur son épopée.

Le reggae en Polynésie et en Nouvelle-Calédonie possède son icône. Flamengo diffuse depuis 30 ans cette musique qu’il aime tant, en écrivant des titres, en organisant des festivals et en produisant des artistes en Polynésie ou en Nouvelle-Calédonie. Il a tissé pleins de relations et d’amitiés dans le reggae qui font de lui la figure incontournable de cette musique dans le Pacifique.

1 Cité Pierre Lenquette

Fabrice Virayie dit Flamengo grandit à Nouméa à la cité Pierre Lenquette dans les années 80. À l’époque, "c’est vraiment le ghetto" avec des épisodes parfois très violents. Dans les années 80, les tensions sont très vives entre Kanak et Caldoches. Flamengo se souvient que la plupart des indépendantistes vivaient dans sa cité. Eloi Machoro, les frères de Tjibaou et bien d’autres encore. Il se rappelle que durant son enfance, un meeting de Jean-Marie Tjibaou avait été organisé juste en bas de chez lui.

Flamengo aurait pu mal tourner, devenir "un voyou" comme il dit, car il n’aimait ni aller à l’école ni jouer au football. Mais deux fortes personnalités lui ont changé la vie : sœur Caro et sa mère ! Sœur Caro, une grand-mère kanak catholique, bonne-sœur, une personnalité hors du commun, poussait les jeunes à faire du sport. Elle a empêché Flamengo de mal tourner. Et puis, comme il n’aimait pas l’école, sa mère a décidé de l’envoyer en pension à Bourail dans un établissement catholique. C’est là qu’il a découvert le chant. Une bénédiction.

À la cité Pierre Lenquette, Fabrice Virayie chante dans un groupe baptisé Flamengo. Flamengo c’était le surnom de la cité Pierre Lenquette en raison de son club de foot qui portait le nom de la mythique équipe du Brésil à Rio de Janeiro. "Lors des coupes du monde, à la cité, tout le monde était pour le Brésil", se souvient le chanteur. À force de faire de la musique, Flamengo commence à croire en lui et souhaite se professionnaliser. Il adopte définitivement le surnom de son quartier. Grâce à son grand-frère, il découvre Bob Marley. Mais son amour pour le reggae lui vient d’une cassette d’Alpha Bondy, Jérusalem. Sa passion n’a fait que grandir au fur et à mesure des rencontres.

Dans les années 90, on assiste à des tensions entre bandes rivales en Nouvelle-Calédonie. En 1996, Flamengo est kidnappé et roué de coups pendant plusieurs heures. Il se dit alors qu’il est temps d’aller voir du côté de Paris. D’autant qu’avant de partir du caillou, il a sympathisé avec les musiciens de Tonton David, le chanteur s’étant produit à Nouméa.

2 Vibes in Paris

"Paris bisness, Paris galère, Paris misère, Paris je t’aime", avec ses paroles, Flamengo raconte son Paris. Le chanteur ne se considère pas comme un grand poète. Il aime raconter la vie quotidienne, donner ses impressions. À l’arrivée, Paris, c'est rude, même si Flamengo ne souffre pas de solitude. Les musiciens de Tonton David l’hébergent au début. Et puis sur la place du Trocadéro, il tient une roulotte dans laquelle il vend des crêpes et des gaufres. Là, il recrute plein d’amis de Nouvelle-Calédonie et crée une sorte d’ambassade du caillou en plein cœur de Paris.

Avec Tonton David puis avec Pierpoljak, Flamengo joue un peu partout en France et en Europe. Et puis, il prend le temps de composer son premier album à Paris intitulé Vives in Paris. L’album marche bien, 30 000 exemplaires vendus, ce qui pour un chanteur calédonien relève de l'exploit. Et puis l’envie de revenir au pays le rattrape. À son retour, il commence à organiser de gros festivals de reggae. Le reggae sunplash en Nouvelle-Calédonie en 2001 puis en 2002 et le reggae sunplash à Tahiti en 2003 et 2004.

À Tahiti, Flamengo ne devait rester qu’une semaine, il y passe trois ans et noue de solides amitiés. Il fait notamment la connaissance de Laurent Lagache, le chanteur qui fête avec lui sur scène les 30 ans de carrière de Flamengo aussi bien à Paris à l’Elysée Montmartre le 9 septembre 2022 qu’au centre Tjibaou à Nouméa le 19 novembre.

3 Kanaky-Kingston

Après avoir organisé beaucoup de festivals, produit de nombreux artistes, Flamengo se dit qu’il est temps de réaliser l’un de ses vieux rêves. Enregistrer un album à la Jamaïque, la Mecque du reggae. Comme il avait fait la connaissance de Rita Marley, la dernière épouse du célébrissime chanteur, Flamengo réussit à accomplir son rêve. Avec les cuivres de Burning spear et les chœurs de Bob Marley, il signe un nouvel album Kanaky-Kingston enregistré à la source du reggae.

Flamengo aime le reggae joyeux. Certes, il aime provoquer, mais le chanteur n’est pas du genre aigri ou déprimé. Toujours un projet en tête, il ne s’arrête jamais et embarque avec lui tout un staff bien motivé. Pour ses trente ans de carrière, il a imaginé un spectacle collectif qui rassemble son grand frère Yé de la cité Pierre Lenquette du groupe Toka Era, Pierpoljak, Daddy Mory, Laurent Dgache, son ami de Polynésie, et bien d’autres encore.

Un documentaire est en préparation sur le chanteur. Flamengo espère bientôt passer un peu de temps en Europe. "Ici, il y a plein de festivals, je peux tourner partout, j’ai envie de ça aujourd’hui car mes plus belles années sont devant moi", conclut-il dans #MaParole.

Flamengo
Flamengo ©Cécile Baquey

 ♦♦ Flamengo en 5 dates ♦♦♦

►27 aout 1973

Naissance à Nouméa

2001

Premier reggae sunplash à Nouméa

2011

Enregistrement de Kanaky-Kingston à la Jamaïque

5 juin 2000

Sortie de l’album Vibes in Paris

►19 novembre 2022

Flamengo fête ses 30 ans de carrière au Centre Tjibaou à Nouméa

Tous les précédents numéros de #MaParole sont téléchargeables sur les plateformes de podcasts suivantes : Apple Podcasts, Spotify, Castbox, Podcast Addict, Sybel, Amazon Music et RadioPlayer France.