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Il y a 60 ans le prix Goncourt récompensait André Schwarz-Bart

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André Schwarz-Bart
Il y a 60 ans, André Schwarz-Bart remportait le prix Goncourt pour Le dernier des Justes. Dans un livre co-écrit avec le journaliste Yann Plougastel, Nous n’avons pas vu passer les jours, sa veuve revient sur ce moment qui révélait au grand public l'auteur, décédé en Guadeloupe en 2006.

 
Nous n’avons pas vu passer les jours (Grasset)… un titre sentimental mais un livre passionnant de bout en bout où se côtoient histoire humaine et histoire intellectuelle.
 

Rencontre

André n’a pas encore été révélé par le Goncourt. Lui et Simone Schwarz-Bart, sa future épouse, se rencontrent incidemment au sortir d'un métro de Paris. Il lui adresse la parole… en créole, lui le Juif alsacien d’origine polonaise. Le créole, langue interdite dans la Guadeloupe de son enfance. « Il me dit timidement : "Vous n’êtes ni de la Martinique, ni de la Guyane, mais de la Guadeloupe." Il m’a proposé de prendre un café. Nous y sommes restés de deux heures de l’après-midi à onze heures du soir. », relate l'écrivaine.

Mais ce récit de vies n’est pas que sentimental. Il retrace aussi une formidable aventure intellectuelle. Le bouillonnement des années parisiennes de l’après-guerre et la soif de renouveau après la seconde guerre mondiale et les camps nazis où ont péri ses parents et deux de ses frères.


« Le Dernier des Justes »

Pour rédiger son livre, « il a dépouillé des dizaines de bibliothèques pour comprendre ce qu’avait été la civilisation assassinée de ses parents », explique Simone Schwarz-Bart. « Par l’écriture, il pensait pourvoir bâtir une tombe à un univers à jamais disparu. »
 


Nous avions cela en commun, lui et moi, l’exil et l’esclavage (…) C’est bien cette mémoire que nous avions en commun. 

- Simone Schwarz-Bart


Coulisses du Goncourt 1959 et célébrité soudaine

A l’annonce du choix du lauréat en 1959, deux jurés du prix Goncourt « quittèrent le restaurant Drouant avant la fin du repas. Pendant ce temps, André était chez sa sœur au Luxembourg, rapporte sa femme. Il lui semblait que parler du Hourban (hurbn en yiddish), ce vieux terme qui, pour les Juifs, désigne à la fois la destruction du Temple et le génocide, imposait l’effacement ou même l’anonymat, pourtant, il fut violemment et malgré lui poussé sous le feu des projecteurs. »

Et lors de l’émission de télévision Lectures pour tous qui s’ensuivit : « Les silences d’André devant la caméra ont bouleversé la France entière. »
 

Portraits d’hommes remarquables

A Paris, le cercle des amis d’André et Simone Schwarz-Bart, est traversé par des personnalités humbles ou flamboyantes. Ou même exceptionnelles, tel Abrasha Zems. Nous n’avons pas vu passer les jours en retrace un portrait bouleversant. Juif résistant qui a survécu, puis s’est engagé dans le jeune état d’Israël et en est revenu déçu, il fascine les auteurs. Décrit en « savant volant » qui se complète avec André : « Les lésions dangereuses de l’un et les fêlures profondes de l’autre créaient entre eux une complicité sans faille. » Il sera le premier lecteur du manuscrit du Dernier des Justes.
 

Polémiques

Le récit de Simone détaille les polémiques qui ont suivi la publication du roman en 1959. Certains l’accusent de plagiat, d’autres le portent aux nues. Ainsi Françoise Giroud, dans L’Express : « Le Dernier des Justes n’est pas un monument de la littérature, c’est une épée que l’on vous enfonce délicatement dans le ventre. »
 

Des Justes à l’esclavage

En écoutant André raconter les témoignages de ses amis, Simone se penche sur son passé et la généalogie de l'esclavage. « Il était nécessaire de tourner le dos à l’oubli de nous-mêmes, comme André l’avait tenté en se lançant dans l’écriture des [cinq] versions successives du Dernier des Justes pour retracer l’anéantissement des siens. »

André est aussi l'auteur de La Mulâtresse Solitude en 1972.

 

 
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