La France pose ses conditions pour son retour dans le capital de la Banque de développement des Caraïbes

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Johnny Hajjar
Le député martiniquais Johnny Hajjar à l'Assemblée nationale. ©CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP
Interrogé par le député martiniquais Johnny Hajjar sur le retour dans le capital de la banque d'investissement caribéenne, le gouvernement a indiqué que la porte restait ouverte. Mais plusieurs questions doivent être étudiées avant de prendre une décision.

Après son retrait de la Banque de développement des Caraïbes en 2000, la France va-t-elle retourner dans le capital de l'institution financière régionale, une demande de longue date de la Martinique et de la Guadeloupe ? Ce n'est pas impossible, a laissé entendre Gabriel Attal, lors des Questions au gouvernement, mardi 15 novembre.

"Si nous sommes capables de répondre aux questions [qui se posent], de nous assurer de l'intérêt réel pour notre pays et pour les territoires [d'Outre-mer de la Caraïbe], alors nous pourrons nous engager dans cette voie", a indiqué le ministre des Comptes publics, devant l'Assemblée nationale, en réponse à une question du député martiniquais Johnny Hajjar.

Etat d'urgence en Nouvelle-Calédonie
Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à la sortie du conseil des ministres, mercredi 1er décembre 2021 à Paris ©Andrea Savorani Neri/NurPhoto/AFP

La France n'est plus membre depuis 2000

La Banque de développement des Caraïbes (BDC), qui existe depuis 1970, a été créée dans l'objectif de favoriser le développement et la croissance des états de la région caribéenne et "promouvoir entre [les états] la coopération et l'intégration économiques en accordant d'urgence une attention particulière aux besoins des pays (...) les moins développés", comme indique la Convention signée à Kingston (Jamaïque), le 18 octobre 1969.

La France, qui, avec la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane, a un pied dans cette région du monde, avait décidé d'intégrer l'institution en 1984, devenant, avec le Royaume-Uni, l'Italie et l'Allemagne, un contributeur européen important.

Sauf qu'en l'an 2000, le pays décide de retirer son capital de la BDC et de ne plus en être membre. "À l'époque, le gouvernement avait considéré que ses activités n'étaient pas assez dirigées en faveur des pays les plus pauvres de la région, comme Haïti, par exemple", a rappelé Gabriel Attal. La banque "n'avait pas assez favorisé l'insertion et l'intégration régionale [de la Martinique, de la Guadeloupe et de la Guyane] dans leur environnement" et "les retours pour les entreprises françaises ne semblaient pas être à la hauteur des attentes".

Mais le retour dans le capital de la Banque de développement des Caraïbes est une demande devenue récurrente de la part des élus martiniquais et guadeloupéens. Le député de la Martinique, Johnny Hajjar, qui siège avec le groupe des socialistes au Palais Bourbon, a donc interpellé le gouvernement sur le sujet, comme l'avait fait son collègue Serge Letchimy en 2016, lorsqu'il était député. À l'époque, la ministre des Outre-mer Ericka Bareigts avait assuré que l'État avait lancé les négociations pour le retour dans le capital de la BDC. Mais depuis, rien ne semble avoir évolué.

Un coût estimé entre 30 et 90 millions d'euros

Pour Johnny Hajjar, et Serge Letchimy avant lui, redevenir membre de la banque de développement est d'autant plus pertinent que "la BDC est le principal financeur de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) [et] de l'Organisation des états de la Caraïbe orientale (OECO) dont la Martinique et la Guadeloupe sont membres associés"

Ce retour [au capital de la Banque de développement des Caraïbes] contribuera à renforcer particulièrement la coopération économique et l'accès accru de nos entreprises au marché lancé par la BDC, ainsi qu'au financement caribéen.

Johnny Hajjar, député martiniquais

Depuis le retrait de la France, "un certain nombre de choses ont changé", a reconnu Gabriel Attal. Mais il a tenu à souligner les questionnements que poserait une nouvelle adhésion, vingt-deux ans après le retrait français. Première question sur les membres actuels de l'institution financière : "Comment tenir compte du fait que la BDC a comme pays d'opération des juridictions non coopératives ou sur des listes anti-blanchiment", comme Anguilla, les Îles Turques et Caïques, les Bahamas et Trinité-et-Tobago ?

Deuxième question : "Quel impact sur les ressources que [la France met] au sein de la Banque interaméricaine de développement, qui est également active dans la région ?". Et enfin, la France est-elle prête à dépenser "entre 30 et 90 millions d'euros, ce qui est potentiellement significatif", pour redevenir membre de la BDC ?

Mais, au vu des évolutions de ces dernières décennies, et notamment de la nouvelle ambition des États-Unis de s'impliquer davantage dans la zone Caraïbes pour contrer l'influence de la Chine, la France est plutôt favorable à une réadhésion à la Banque de développement des Caraïbes. Mais ce sera si, et seulement si, les questions soulevées par Gabriel Attal devant les députés trouvent une réponse satisfaisante aux yeux du gouvernement.