La petite sirène est noire, et ça en agace plus d'un

racisme
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L'actrice et chanteuse américaine Halle Bailey joue le rôle de la Petite Sirène dans la nouvelle version des studios Disney. ©MICHAEL TRAN / AFP
La publication des premières images du film Disney "La petite sirène" avec une Ariel à la peau noire a suscité de très nombreux commentaires. La représentation de personnages noirs dans la fiction est loin d'être acquise et suscite encore de violentes réactions.

Dévoilée le 10 septembre, la bande-annonce de la version live action de La Petite Sirène par les studios Disney ne cesse de susciter de vives réactions. La raison ? L’actrice Halle Bailey, choisie pour interpréter l'héroïne Ariel, est... noire. Une réelle opportunité de représentation pour certains, mais une véritable hérésie pour d'autres.

Sous le hashtag #NotMyAriel, les internautes attaquent l’actrice et sa couleur de peau. Violentes, les réactions sont aussi absurdes. Un blogueur américain proche de l’extrême droite a par exemple convoqué la science pour expliquer qu’une sirène noire n’était "pas crédible", car sa peau, protégée du soleil par des mètres d'eau, n'aurait pas eu besoin de produire de la mélanine. Que les crabes puissent jouer de la musique, qu’une jeune fille à queue de poisson puisse respirer et chanter sous l’eau passe encore, mais qu’une princesse soit noire, ça, non.


Un internaute est même allé jusqu’à proposer une bande-annonce alternative, en "blanchissant" numériquement Ariel et en affirmant avoir "réparé" la sirène.

Respect de l'œuvre originale

Les critiques reprochent à la nouvelle version de trahir le conte d’Andersen. L’auteur étant scandinave, la sirène qu’il imagine ne peut être que blanche. "Trouver cela ridicule d’avoir mis une métisse pour représenter Ariel dans la petite sirène n’a rien de raciste, tweet par exemple une internaute. Le fait de vouloir mettre des personnes de couleur sur n’importe quel rôle détruit simplement l’authenticité de l’œuvre originale, c’est tout."


Certes, le texte original évoque une princesse "à la peau fine et transparente tel un pétale de rose blanche", mais, n’en déplaisent aux puristes, la version de Disney est déjà une très libre adaptation du conte de 1837. Dans l’original, chaque pas sur la terre ferme est une torture pour la sirène, comme si elle marchait sur "des couteaux aiguisés". Ce n'est pas sa voix qu'elle offre à la sorcière Ursula, mais sa langue, qui est tout bonnement coupée pour lui ôter la parole. Et si dans la version de Disney Ariel finit avec le bel Éric, dans le conte d’origine le prince épouse une autre femme. Bien loin de l'univers coloré et édulcoré inventé par les studios Disney au début des années 90...

Des étoiles dans les yeux

Ce n'est pas la première fois que l'introduction de personnages noirs dans des œuvres de fiction provoque des réactions épidermiques. Récemment, la présence d’elfes et de nains noirs dans la série d’Amazon inspirée par l’univers du Seigneur des Anneaux a suscité le même genre de réactions.

On ne raconte pas l'histoire de personnages qui ont existé, où justement la couleur de peau joue un rôle important.

Vincent Vermignon, acteur

Pourtant, le "buzz" autour de la bande-annonce s'explique aussi par les regards émerveillés d'enfants noirs ravis de découvrir une héroïne qui leur ressemble. "C’est une sirène noire ?", s’étonne une petite fille, bouche bée. "Elle est noire comme moi !", s’écrie une autre, qui sautille d’excitation quand elle découvre le visage d’Ariel. "C'est pour ça que la représentation est importante !", se réjouissent des internautes devant ces vidéos. 

Ces vidéos de réactions, très touchantes, cumulent des centaines de milliers de vues. L’étonnement dans les yeux des enfants est émouvant, mais interroge : lorsqu'ils voient une princesse noire, à six ans à peine, leur première réaction est la surprise. Même si le premier Disney mettant en scène une héroïne noire a plus de dix ans, les représentations de la diversité dans les films pour enfants restent rares. Mais des albums jeunesse à des marques de poupées aux cheveux crépus, les initiatives se multiplient pour offrir aux enfants métisses et noirs des héros auxquels s'identifier.

Pourtant, les sirènes noires existent depuis la nuit des temps. En Afrique de l’Ouest, il y a la figure de Mami Wata, une divinité aquatique mi-femme mi-poisson. Dans la tradition martiniquaise, on la connait sous le nom de Manman Dlo. Les mythes fantastiques ne sont pas propres à une culture : les inspirations ne manquent pas pour créer des imaginaires plus divers.