Le PIB par habitant progresse en Outre-mer, malgré leurs positions "en queue de peloton"

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L'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié le 5 mai un compte rendu du PIB (produit intérieur brut) par habitant en 2020, par région. Les Outre-mer sont en dernière position, mais les spécialistes constatent un accroissement.

"Dans cette publication nationale de l'Insee, on s'intéresse aux richesses produites dans un territoire, c'est-à-dire à l'ensemble des valeurs ajoutées créé par l'ensemble des acteurs", explique Sébastien Seguin, chef du service études à l'Insee de La Réunion-Mayotte. Deux facteurs sont alors utilisés : le PIB par emploi, qui regarde la productivité, et le taux d'emploi, qui est le rapport entre le nombre de personnes en emploi et le nombre total d'habitants. 

Pour les territoires de l'océan Indien, et particulièrement Mayotte, ce taux d'emploi est faible : "Un tiers des personnes possèdent un emploi dans un secteur d'activités qui crée de la valeur ajoutée. Pour La Réunion, il s'agit de deux tiers", précise le spécialiste. 

Les Outre-mer "en queue de peloton"

À l'échelle nationale, d'importantes inégalités demeurent. La moyenne nationale du PIB par habitant est de 34 089 euros. L'Île-de-France est largement en tête, au-dessus de la moyenne, avec un PIB par habitant de 57 600 euros.

Les Outre-mer, quant à elles, sont "en queue de peloton par rapport aux régions métropolitaines" constate Sébastien Seguin. Pour l'expert, cette mauvaise posture s'explique notamment par le manque d'industries en Outre-mer : "Les DOM ont en général peu d'industries. Il y a plus de services en entreprise et moins de secteurs par activités qui créent de la valeur ajoutée [ndlr, des emplois]. On a donc peu de secteurs qui créent de la richesse." 

Exception pour la Guyane, qui possède une industrie aérospatiale et aéronautique, "ce qui explique le niveau de richesse créé plus important", ajoute Sébastien Seguin. "Ces industries représentent 15% de la richesse produite en Guyane", vient compléter Delphine Artaud, cheffe du service études aux Antilles-Guyane. 

Elle précise que la Martinique tient sa première place grâce à "une population plus vieillissante, donc qui travaille plus longtemps." Aussi, l'île antillaise possède une industrie pétrolière, avec la raffinerie de la SARA. "Le taux de pauvreté est moins élevé en Martinique qu'à La réunion, ce qui explique aussi son positionnement", finit l'experte. 

Pourtant, une progression est notable

En vingt ans, 2020 n'étant pas comptabilisé à cause de la crise sanitaire, les richesses créées par habitant en Outre-mer se sont accrues. Le statisticien de l'Insee note une progression, même si les territoires restent coincés aux derniers rangs : "Nous avons en tête de classement les Antilles et La Réunion. Ces régions ont connu un taux d'emploi qui a augmenté très fortement, de manière très dynamique. La Réunion se rapproche même de la moyenne nationale."

Malgré la pandémie mondiale et la baisse d'activité économique dans le monde, La Réunion s'en sort avec brio, mieux que la moyenne nationale, avec "deux fois moins de perte", analyse Sébastien Seguin. "En 2020, La Réunion a connu une baisse du PIB par habitant de 4,2%, alors que la moyenne nationale s'élevait à 7,9%."

Mayotte ferme la marche du classement

En 2020, le PIB moyen par habitant s'élevait à 9 711 euros à Mayotte, soit trois fois moins que le taux national. Le 101e département français est en dernière position, ce qui n'est pas pour autant négatif pour Sébastien Seguin : "Mayotte doit faire face à un rattrapage économique, car on part de très bas. Nous n'avons pas encore les chiffres précis, mais il se pourrait que le territoire soit bien classé à l'avenir."

Selon le chef du service d'étude, trois facteurs jouent en la défaveur de Mayotte : la population en âge de travailler (15-64 ans) est inférieure à la moyenne nationale, peine à avoir un emploi et lorsqu'elle travaille, c'est souvent dans le secteur des services non-marchands (éducation, santé, administration...), ce qui n'est économiquement pas ou peu significatif. 

La conjoncture de ses trois facteurs fait que Mayotte est en fin de classement.

Sébastien Seguin, chef du service études Insee Réunion-Mayotte

Le prochain bilan (PIB par habitant 2021) sera publié par l'Insee fin juin prochain. Sébastien Seguin dresse déjà une première tendance : "Les premiers chiffres laissent penser que l'on est au moins revenu au niveau du début de la crise sanitaire. On peut penser par ailleurs que les Antilles ont davantage souffert, ce qui est lié aux confinements successifs."