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Méthamphétamines : le trafic d'"ice" se répand en Polynésie

L'"ice", surnom de la méthamphétamine, une drogue de synthèse particulièrement dure et addictive, se répand en Polynésie française, comme le prouve le premier démantèlement d'un laboratoire clandestin dans l'archipel, avec de lourdes conséquences sanitaires et sociales.

© DOUANE FRANCAISE / AFP
© DOUANE FRANCAISE / AFP
  • LA 1ère avec AFP
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Un laboratoire de fabrication de méthamphétamines a été démantelé par la gendarmerie à Tahiti le week-end dernier, chez un particulier à Taravao, au terme de quatre mois d'enquête. Sept personnes ont été interpellées, dont un couple, arrêté en flagrant délit de fabrication.
 

Des "mules" arrêtées   

Selon les premiers éléments de l'enquête, le laboratoire a produit entre 6 et 9 g d'"ice" par semaine depuis juillet : une nouvelle étape dans l'implantation en Polynésie de cette drogue qui se présente sous forme de cristaux à fumer. Jusque-là, l'"ice" était une drogue importée, le plus souvent de Californie, après avoir été fabriquée au Mexique. 
Plusieurs "mules" ont été arrêtées en 2018 à l'aéroport de Tahiti : ces personnes dissimulaient la drogue, conditionnées sous forme de boulettes, dans leur vagin ou leur rectum. Si l'une de ces boulettes explose, la quantité de drogue assimilée par l'organisme "tue presque aussitôt, par overdose", avait souligné un gendarme à l'AFP lors d'une précédente saisie.
    
Une autre affaire récente a impliqué un guide touristique, qui proposait des séjours en Californie et dissimulait la drogue dans les valises de ses clients. Marginal pendant une vingtaine d'années en Polynésie, le trafic d'"ice" y prolifère depuis deux ans au côté du pakalolo, le cannabis local.
 

1.200 euros le gramme

"Toutes procédures confondues, l'"ice" a concerné 122 personnes jugées ou mises en examen en 2018", a précisé le procureur de la République Hervé Leroy. Un nombre important pour une population de 270.000 habitants. Le parquet souligne aussi l'importance des saisies d'argent en espèces : 89,3 millions de francs Pacifique (750.000 euros) l'an passé. 
    
Les saisies ont permis d'éviter la mise sur le marché polynésien de près de 25 kg d'"ice" en 2018, et de plus de 43 kg en 2017. Le gramme est vendu en moyenne 140.000 francs Pacifique (1.200 euros), et jusqu'à 200.000 francs (1.700 euros) depuis que des arrestations récentes ont fait diminuer l'offre.
 

Surnommée "pas dormir"

Cette drogue est perçue comme festive, notamment par les jeunes de milieux aisés, car elle permet de rester éveillé et de bénéficier d'un regain d'énergie. Elle est même surnommée "pas dormir" par les Polynésiens. C'est pourtant "la mort sociale et une santé dévastée", souligne le colonel Frédéric Boudier, commandant de la gendarmerie en Polynésie française.
    
"L'ice est, en Polynésie, l'expression la plus aboutie du fléau de la drogue, c'est aussi le plus ravageur, tant il conduit une personne, sans échappatoire possible, à une dépendance très forte mais courte, car cette drogue tue rapidement après une déchéance physique et psychologique ravageuse et dégradante", a souligné le Haut-commissaire, René Bidal, après le démantèlement du laboratoire clandestin. Il est impossible à l'heure actuelle de quantifier le nombre de consommateurs. 
 

Conséquences psychologiques et physiques

Au centre de lutte contre les addictions de la Polynésie française, le psychiatre Yuri Costa de Moraes constate qu'un patient sur dix le consulte pour son addiction à l'"ice". Presque toujours à l'initiative de sa famille, souligne-t-il, car les consommateurs de cette drogue souffrent souvent d'un syndrome de persécution qui les empêchent d'aller chercher de l'aide.
   
"La descente dure un à deux jours, avec des tremblements, sueurs et palpitations, des sautes d'humeur, une forte tristesse et un ralentissement psychomoteur majeur qui rappelle les fortes dépressions", explique le Dr Costa de Moraes.
 
Les conséquences sont aussi physiques - les patients maigrissent et présentent des signes de vieillissement - et d'ordre social, puisque cette drogue entraîne en quelques doses une grave accoutumance chez l'usager, qui finit par se concentrer uniquement sur sa recherche d'une nouvelle dose à tout prix. Idées noires et paranoïa peuvent parfois conduire le consommateur au suicide.

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