Nickel : en Nouvelle-Calédonie, les zones d'ombre de la bataille pour l'usine du Sud

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Usine du Sud (nickel et cobalt) Vale Nouvelle-Calédonie
Usine du Sud (nickel et cobalt) Vale Nouvelle-Calédonie
Un consortium majoritairement calédonien associé au suisse Trafigura est entré en négociation exclusive avec les dirigeants de Vale Nouvelle-Calédonie. Les indépendantistes entendent imposer une autre solution : celle de leur société minière (Sofinor) associée au groupe coréen Korea Zinc.

 
La filiale calédonienne du groupe brésilien Vale a été la cible de blocages et de dégradations vendredi en Nouvelle-Calédonie, perpétrés par un collectif opposé au projet de vente de l'usine de nickel du Sud à un consortium calédonien porté par le négociant suisse Trafigura. Le collectif "usine du sud: usine pays" soutenu par les indépendantistes du FLNKS, les chefferies kanakes et plusieurs syndicats et associations, s'oppose à la vente par Vale de son usine à un consortium calédonien et international, dans lequel Trafigura, géant du négoce de matières premières détient 25%, tandis que les intérêts calédoniens sont majoritaires.


Zones d'ombre

L'enjeu apparent concerne l'avenir et le rachat de l'usine du Sud située en Province Sud de la Nouvelle-Calédonie avec ses énormes réserves de nickel et de cobalt destinés à la fabrication des batteries pour les véhicules électriques. 1300 emplois sont concernés. Mais, il n'est pas non plus impossible que des intérêts agissant en sous-main souhaitent s'approprier les titres miniers de Goro Nickel (Usine du Sud) afin de les revendre ensuite à un géant chinois du nickel. Simple coïncidence ?  Jeudi, un collaborateur du groupe suisse Trafigura a été arrêté en Chine...

"Nous ne voulons pas de Trafigura ici. On ne cédera pas et notre mobilisation va monter en puissance au cours des prochaines semaines", a déclaré à la presse Raphaël Mapou, porte-parole du collectif "Usine du sud: usine pays". Le même collectif avait obtenu l'été dernier le renoncement, à la dernière minute, d'un précédent candidat au rachat du site industriel : l'australien New Century soutenu par un consortium où figurait le géant bancaire Macquarie avait alors évoqué "la peur du risque".

Le collectif regroupant les indépendantistes calédoniens entend imposer une solution qui privilégierait sa société minière (Sofinor) associée à un industriel sud-coréen. Ce dernier financerait l’opération de reprise de l’usine de Vale et de la mine de Goro. Korea Zinc détiendrait la totalité de la production de l’usine du Sud.
 

Intérêts coréens et chinois ?

Des intérêts chinois sont également évoqués, vendredi, par une source proche de la direction de Vale au siège de la filiale nickel du groupe brésilien à Toronto au Canada. Selon cette source, s'exprimant sous couvert d’anonymat, le projet indépendantiste porté par la Sofinor et Korea Zinc "comporterait une exportation de nickel (saprolites) vers la Chine à partir du gisement de Goro à hauteur de 2,6 millions de tonnes humides par an."


Bercy évalue l'offre Sofinor Korea Zinc

L’offre déposée par la Sofinor et Korea Zinc a été évaluée par une note d’analyse réalisée par la Direction des finances de Bercy. "Dans une note révélée par Outre-mer 1ère, les services de Bercy jugeaient les modalités financières du projet "imprécises" a souligné Le Monde dans son édition du 6 novembre.
 

Blocage de l'usine

Vendredi, des membres du collectif ont bloqué les accès à la mine de nickel, à l'usine et à la base-vie du site industriel de Vale dans le sud de l'archipel, tandis que le départ du ferry transportant les salariés depuis Nouméa a été perturbé après des dégradations.

"Une passerelle a été déboulonnée et jetée à l'eau, les aussières ont été coupées et des annexes du bateau ont été détruites", a indiqué à l'AFP la directrice de la communication de Vale-NC, précisant qu'une soixantaine de gendarmes et policiers avaient finalement permis l'embarquement. Le port de Nouméa est également bloqué, suscitant des condamnations du patronat compte tenu du contexte économique "déjà critique".
 

Vale dénonce les violences

Dans un communiqué aux salariés, Mark Travers, directeur des Métaux de Base de Vale a assuré que le groupe ne "se laisserait pas dicter sa conduite par ceux qui utilisent l'intimidation et la violence". La province Sud a également dénoncé ces dégradations et a "remercié l'État pour son action proportionnée et adaptée".

Les deux parties sont en négociations exclusives jusqu'au 4 décembre et ont reçu le soutien de l'État, impliqué par d'importants soutiens financiers. Adossé au grand gisement de Goro, le site, qui emploie directement 1.300 personnes, produit du nickel et du cobalt, destiné au marché des batteries des véhicules électriques. Les syndicats de l'usine et une grande majorité de salariés soutiennent l'offre de reprise associant la Nouvelle-Calédonie et le groupe Suisse Trafigura.
 
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