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La Nouvelle-Zélande s'est réveillée samedi 16 mars sous le choc du double attentat commis la veille, à Christchurch, contre sa communauté musulmane. Le principal suspect a été inculpé de meurtre. La Première ministre s'est engagée à durcir les lois sur le port d'armes. Et les Kiwis disent leur émotion, y compris depuis la Nouvelle-Calédonie.

 

«Un pays de paix, de tolérance, de diversité»

Bruce Shepherd, consul de Nouvelle-Zélande à Nouméa. © Clarisse Watue / NC la 1ere

Les Kiwis sont les premiers surpris. Le consul général de Nouvelle-Zélande en Calédonie a lui-même de la famille à Christchurch. Il n'arrive pas à croire que son pays a été le théâtre d'une double attaque meurtrière. «C'est un pays de paix, de tolérance, de diversité, explique Bruce Shepherd. C'est difficile pour tous les Néo-zélandais de comprendre pourquoi un attentat comme ça, et aussi à Christchurch.»

«Pas du tout dans l'âme néo-zélandaise»
Egalement surpris, Patrick Delhaye. Il a vécu plus de vingt-huit ans en Nouvelle-Zélande. Il a la double nationalité. «C'est un pays sûr, par comparaison avec beaucoup, beaucoup d'autres», défend-il. «Ça n'est pas du tout dans l'âme néo-zélandaise de faire ce genre de choses.» 
 

L'école où étudie Anthony, jeune Calédonien. © DR


«Rester soudés»
Des Calédoniens effectuent leurs études à Christchurch. A l'image d'Anthony, un étudiant en aéronautique choqué, mais qui ne veut pas paniquer. «Le maire de la ville, relate-t-il, a dit de ne pas céder à la terreur et de bien rester soudés entre nous, étrangers et Kiwis.»
Ecoutez ces réactions recueillies par Clarisse Watue. 

Minute de silence lundi
Un moment de recueillement a été organisé lundi 18 mars, à 9h30, au siège de la Communauté du Pacifique situé sur l'Anse-Vata. En Calédonie, on recense une centaine de ressortissants kiwis. Près d'une vingtaine travaillent à la CPS. «La Nouvelle-Zélande, c'est un pays fondé sur l'ouverture sur le monde, sur le respect de l'autre», réagit son directeur général adjoint, Cameron Diver. «Mon espoir en tant que Néo-zélandais, c'est que cet attentat servira uniquement à renforcer ces valeurs et à faire de la Nouvelle-Zélande un pays où on peut continuer à vivre sa vie en tranquillité et en liberté.»

Le reportage de Coralie Cochin et José Solia.
SUITE DE LA FUSILLADE NZ

Soutien de parlementaires calédoniens…
Les deux députés et l'un des deux sénateurs de Nouvelle-Calédonie font part de leur «amitié» et de leur «solidarité» «au peuple néo-zélandais et plus particulièrement aux habitants de Christchurch ainsi qu'aux familles des victimes». Selon Philippe Dunoyer, Philippe Gomès et Gérard Poadja, «ce drame nous rappelle que dans nos pays du Pacifique Sud comme partout ailleurs dans le monde, nous devons redoubler d'efforts pour mener, à tous les niveaux, le combat contre toutes rhétoriques et toutes actions racistes qui, favorisant un climat de défiance, peuvent aboutir à ce type d’acte extrémiste.»

… du FLNKS…
Le FLNKS exprime égalementson soutien «à tous les habitants de Christchurch et plus particulièrement à la communauté musulmane qui subit aujourd’hui les affres de la déraison humaine».
Pour le porte-parole du front Daniel Goa, «il n’est plus tolérable de porter atteinte aux libertés individuelles et aux liberté de conscience au nom d’une quelconque idéologie et que des personnes décident d’ôter la vie à d’autres personnes».

… du Mont-Dore…
Dans un autre hommage, la ville du Mont-Dore s'adresse entre autres aux ressortissants kiwis de Calédonie, «suite à l'effroyable tragédie qui a causé de très nombreuses victimes dans notre pays voisin et ami».

… du consulat australien…
Citons encore le consulat d'Australie à Nouméa, qui a très vite mis en berne son drapeau par solidarité.

… du président français…
A l'échelle de la Nation française, Emmanuel Macron s'est exprimé vendredi en adressant «toutes nos pensées» aux victimes de ces «crimes odieux». «La France, a tweeté le président de la République, se dresse contre toute forme d'extrémisme et agit avec ses partenaires contre le terrorisme dans le monde.»

… de la reine d'Angleterre…
Parmi la vague de réactions, citons-en une dernière: celle de la reine d'Angleterre. Elisabeth II a fait part, vendredi, à ses sujets néo-zélandais de sa profonde tristesse.

 

Brenton Tarrant inculpé de meurtre

Au bout du crayon d'un dessinateur néo-zélandais. © Shaun Yeo

Le principal suspect dans l'attaque de deux mosquées au moment de la prière du vendredi a comparu samedi matin devant un tribunal de Christchurch. Survenu durant la prière du vendredi, l'attentat a fait 50 morts selon le dernier bilan annoncé dimanche, dont des enfants, et une cinquantaine de blessés. 
 
Brenton Tarrant, Australien de 28 ans originaire de New South wales, a été inculpé de meurtre. L'ancien instructeur de fitness, militant d'extrême-droite déclaré, a écouté impassible le chef d'inculpation porté à son encontre. Il n'a pas demandé à bénéficier d'une libération sous caution et restera en prison jusqu'à sa prochaine comparution devant le tribunal, prévue le 5 avril.
 

L'émotion après la tragédie. © TVNZ


 

«Des mouvances suprémacistes assez fortes»

Antoine Jardin, membre du Conseil Scientifique sur les processus de radicalisation. © POLYNESIE LA 1ère

Pourquoi une telle barbarie dans un pays qui passe pour l'un des plus paisibles du monde? Précisément parce que personne ne s'y attendait dans un endroit pareil, répond indirectement le tueur australien dans le «manifeste» qu'il a diffusé avant de se déchaîner contre la communauté musulmane. «Une attaque en Nouvelle-Zélande attirera l'attention du monde sur la vérité de l'assaut mené contre notre civilisation, est-il écrit, sur le fait qu'aucun endroit dans le monde n'est épargné, les envahisseurs sont partout sur nos terres, aucune place même la plus reculée n'est sûre.»

Une petite communauté
Antoine Jardin est chercheur au CNRS et membre du conseil scientifique sur les processus de radicalisation. «On savait qu'il y avait des mouvances suprémacistes assez fortes dans ces pays, explique-t-il. Elles ne sont pas très nombreuses en nombre de personnes, mais elles sont très actives.» La communauté musulmane de Aotearoa ne compte que 40 000 à 50 000 personnes dans un pays d'environ 4,8 millions d'habitants, soit à peine 1%. «En revanche, poursuit Antoine Jardin, ce qui a pu faciliter le passage à l'acte, c'est qu'en Nouvelle-Zélande, les lois sur le contrôle des armes sont peu restrictives. Il est facile de se procurer des armes et notamment des armes automatiques.»
Ecoutez cet expert interrogé par Serge Massau, d'Outre-mer la 1ere

 

La Nouvelle-Zélande veut durcir la loi sur le port d’armes

Par une artiste néo-zélandaise. © Colleen Pugh

Brenton Tarrant détenait un permis de port d'armes acquis en novembre 2017, a révélé Jacinda Ardern, lors d'une conférence de presse tenue samedi matin à Wellington. L'attaquant avait acheté deux fusils semi-automatiques, deux fusils de chasse et un fusil à pompe, a précisé la Première ministre néo-zélandaise. 

Vers l'interdiction des semi-automatiques
«Le simple fait […] que cet individu ait acheté un permis et acquis des armes de ce type, cela me fait dire que les gens vont vouloir que cela change, et je m'y engage», a déclaré Jacinda Ardern. «Je peux vous dire une chose, nos lois sur les armes vont changer.» Elle a noté que des tentatives d'attaques avaient eu lieu en 2005, 2012 et 2017, et précisé qu'il fallait envisager une interdiction des armes semi-automatiques. 
 
Pas repéré malgré le manifeste
La Première ministre kiwie a aussi confirmé que cet homme, comme les deux complices présumés qui ont été arrêtés, n'étaient pas dans le radar des services de renseignement. Le premier avait pourtant publié en ligne un manifeste évoquant des projets d'attentat anti-musulman. «Ils n'étaient surveillés ni ici, ni en Australie», a-t-elle indiqué. «J'ai demandé à nos agences ce matin de travailler rapidement pour déterminer s'il y a une activité quelconque sur les médias sociaux ou autre qui aurait dû provoquer une réaction.»
 

© Radio NZ


Pas difficiles à se procurer
La Nouvelle-Zélande a durci les conditions d'accès aux armes semi-automatiques en 1992. Deux ans plus tôt, un malade psychiatrique avait tué treize personnes à Aramoana, sur l'île du Sud. Malgré tout, il suffit d'avoir plus de seize ans pour demander un permis de port d'arme standard après des séances d'instruction en matière de sécurité. Ils peuvent alors acheter un fusil et l'utiliser sans contrôle.

Peu enregistrées
La plupart des armes à feu échappent à l'obligation d'enregistrement, et la police ignore combien d'entre elles sont détenues «que ce soit légalement ou illégalement», notaient les forces de l'ordre dans un communiqué en 2018. Elles estimaient que la législation obligeant à déclarer les armes semi-automatiques avait des lacunes.
 
Une arme à feu pour quatre habitants
Jacinda Ardern affirme vouloir entièrement bannir ce type d'armes, ce que la police recommandait dès 1997. En 2014, les forces de l'ordre avaient fait une estimation de 1,2 millions d'armes à feu détenues légalement par des civils, soit une pour quatre habitants. En Nouvelle-Zélande, la police urbaine n'est pas armée. Les unités des forces spéciales, armées, interviennent le cas échéant.
 

Jacinda Ardern a passé du temps avec les proches des victimes et la communauté locale. © Simon Rogers / RNZ