Paris : ouverture d'une enquête de l'IGPN après l'interpellation violente d'un producteur martiniquais par la police

faits divers
Police (illustration)
©PATRICK KOVARIK / AFP
Samedi dernier, à Paris, Michel, un producteur musical originaire de la Martinique, a été interpellé par une patrouille de police. La scène très violente a été filmée. L'IGPN ouvre une enquête, les trois policiers mis en cause sont suspendus.
Samedi 21 novembre, dans le 17e arrondissement de Paris, Michel, originaire de Martinique, producteur et directeur de "Black gold studios", croise la route d'une patrouille de police, alors qu'il s'apprête à entrer dans les locaux de son entreprise. Ne portant pas de masque, les policiers tentent de l'interpeller. La scène qui suit est d'une violence inouïe et dure de longues minutes. Filmées par des caméras de surveillance, les images ont été diffusées par le site Loopsider :

 

La version policière contredite par les images

Selon leur procès-verbal consulté par l'AFP, les policiers ont tenté d'interpeller le producteur pour défaut de port du masque. "Alors que nous tentons de l'intercepter, il nous entraîne de force dans le bâtiment", écrivent-ils. Sur les images de vidéosurveillance de ce studio, on voit les trois fonctionnaires de police entrer dans le studio en agrippant l'homme puis le frapper à coups de poing, de pied ou de matraque.
    
Dans leur rapport, les policiers ont écrit à plusieurs reprises que l'homme les avait frappés. Selon ces mêmes images, Michel résiste en refusant de se laisser embarquer, puis tente de se protéger le visage et le corps. Il ne semble pas porter de coups. La scène de lutte dure cinq minutes. À ce moment-là selon Michel, les policiers l'insultent à plusieurs reprises de "sale nègre".
    
Dans un second temps, des personnes qui se trouvaient dans le sous-sol du studio parviennent à rejoindre l'entrée, provoquant le repli des policiers à l'extérieur et la fermeture de la porte du studio. Les policiers tentent ensuite de forcer la porte et jettent à l'intérieur du studio une grenade lacrymogène qui enfume la pièce. D'autres images dévoilées par Loopsider et tournées par des riverains montrent les policiers pointer leurs armes dans la rue et intimer à "Michel" de sortir du studio.

Ouverture d'une enquête

Dans un communiqué, le parquet de Paris précise qu'aucune charge n'a été retenue contre Michel, à l'issue de sa garde à vue. Le parquet a en revanche ouvert une enquête pour "violences" et "faux en écriture publique". Une enquête a été confiée à l'IGPN, l'Inspection Générale de la Police Nationale.
  

Suspension des policiers

De son côté, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a demandé jeudi à la mi-journée au préfet de police la suspension de plusieurs des policiers incriminés.

 
Quelques heures après ce tweet du ministre de l'Intérieur, les policiers ont été suspendus. Invité du journal de 20H de France 2, Gérald Darmanin a annoncé que "si la justice conforme les faits, qui font peu de doutes, ces policiers seront révoqués. Ils ont sali l'uniforme de la République".
 

"Je veux qu'ils soient punis"

Jeudi après-midi, alors qu'ils se rendaient à l'IGPN, Michel a répondu aux médias. "Je n'ai rien fait pour mériter ça et je veux que ces trois personnes soient punies par la loi, parce qu'on a une bonne justice en France", a-t-il expliqué. 


Nombreuses réactions

Après leur diffusion sur les réseaux sociaux, les images ont suscité de très nombreux commentaires d'indignation. D'autant que cette affaire intervient en pleine polémique sur le projet de loi sécurité globale, très controversé. Ce texte, adopté mardi par l'Assemblée nationale, encadre la diffusion des images des forces de l'ordre en opération.

Côté politique, de nombreux représentants de la gauche et des écologistes ont fait part de leur indignation, devant cette nouvelle affaire.