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Des Réunionnais exilés dans le Gers sur les traces de leur enfance

histoire
Les enfants du Gers
Les "enfants réunionnais du Gers", aujourd'hui adultes, en visite dans le foyer où ils ont passé une partie de leur enfance dans les années 60 et 70, le 28 septembre 2019. ©Angélique Le Bouter
Une dizaine d’"ex-mineurs réunionnais" a visité, samedi 28 septembre, le foyer de Saint-Clar dans le Gers où ils ont été placés à leur arrivée dans l’Hexagone dans les années 60 et 70. Entourés par des proches et plusieurs associations, ils ont remonté le temps avec beaucoup d’émotion.
Marie-Jo, Jessy, Cathy... Ils sont des dizaines à avoir passé une partie de leur enfance dans un centre du Gers. Une poignée d’entre eux est venue se réapproprier son histoire, ce samedi, en visitant le foyer de Saint-Clar où ils ont échoué dans les années 60 et 70.
 
Visite enfants de la Creuse
Ils ont passé une partie de leur enfance ici et reviennent, des années plus tard, se réapproprier leur histoire. ©Angélique Le Bouter

La plupart se sont connus ici, enfants. Certains n’y sont restés que quelques semaines avant d’être adoptés. D’autres y ont passé plus de 10 ans, comme Marie-Josée Virapin. Hébergée dans le centre de 1969 à 1979, elle y a, par la suite, été monitrice-éducatrice pendant 13 ans. A son tour, elle a pris soin des enfants qui arrivaient au foyer.
 
Les enfants réunionnais à leur arrivée dans le Gers
Les enfants réunionnais à leur arrivée dans le Gers. ©Marie-Josée Virapin

Cette visite a une saveur particulière pour la Réunionnaise qui retrouve d’anciens collègues devant l’établissement. De son passage à Saint-Clar, elle garde des souvenirs partagés, parfois difficile à concilier. Ce samedi, l'émotion est forte. "J'ai passé tellement d'années ici, j'ai connu tellement de choses difficiles que, bien sûr, j'ai le cœur gros, confie-t-elle. D'être avec les compatriotes qui étaient avec moi aussi, ça crée une émotion très forte."
 

C'est important pour tous mes compatriotes, pour tous les gens qui sont là, qu'ils puissent connaître l'histoire, ce qui s'est passé ici pendant vingt ans, pour que la mémoire de l'histoire des enfants réunionnais de la Creuse ne soit pas oubliée. Et pour ne pas que ça recommence. Je vais pouvoir maintenant tourner une page qui était beaucoup trop lourde jusqu'à maintenant. 
- Marie-Josée Virapin

  

Soudés

Les enfants Réunionnais de Saint-Clar ne sont pas venus seuls aujourd’hui. Pour faire face à des souvenirs souvent malheureux, ils se sont entourés de leurs proches et d’autres "ex-mineurs" exilés dans différents départements de l’Hexagone.

À l’intérieur du bâtiment, les anciens se serrent les coudes. Certains ne se sont plus revus depuis 35 ans. Ensemble, ils visitent ce qui reste du réfectoire, des dortoirs, des anciennes douches...
Visite Saint-Clar
Visite du centre de Saint-Clar, dans le Gers, où des dizaines d'enfants réunionnais ont vécu dans les années 60 et 70. ©Angélique Le Bouter

À l’origine de la visite aujourd’hui, la Fédération des Enfants Déracinés des Départements et Régions d’Outre-mer. La FEDD regroupe des associations d’ex-mineurs déplacés de force de La Réunion jusque dans l’Hexagone pendant près de deux décennies. Pour Valérie Andanson, sa présidente, ces visites sont essentielles dans le processus des reconstruction de ces enfants désormais adultes. 
 

Pour nous c'est un milieu symbolique. Le fait de soutenir nos compatriotes, c'est extraordinaire et très important pour nous. À chaque fois, certains se disent "on a vécu ici, ça a été des moments extrêmement difficiles, compliqués. Mais d'autres ont envie de laisser leur passé derrière eux. 
- Valérie Andanson

 

Les enfants du Gers

C’était l’une des conclusions surprenantes des experts de la commission nationale. Dans leur rapport, ils ont établi que le Gers est le département qui a accueilli le plus d’enfants réunionnais exilés dans l’Hexagone. Ceux qu’on appelle "les enfants de la Creuse" ont, en fait, souvent atterri ici à Saint-Clar, petit village de 1000 âmes au coeur du Gers.
 
De 1963 à 1982, plus de 2015 enfants réunionnais, orphelins ou non, ont ainsi été "transplantés" pour repeupler des zones rurales telles que la Creuse, le Tarn, le Cantal, la Lozère et donc le Gers. Ces déplacements furent organisés par Michel Debré, député de La Réunion.

Pour mieux comprendre l'histoire des Réunionnais de la Creuse, regardez ce décryptage de France Ô/La 1ère :
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