Suicide de Dinah : "Ce qui est arrivé à ma fille, ça nous concerne tous"

faits divers
Marche blanche pour Dinah à Mulhouse
Des fleurs sont déposées près du collège où était scolarisée Dinah, à Mulhouse, le 14 octobre 2021. ©FREDERICK FLORIN / AFP
Début octobre, Dinah, jeune lycéenne d’origine réunionnaise de 14 ans, s’est donnée la mort. Victime de harcèlement scolaire selon ses proches, le parquet de Mulhouse a ouvert lundi 25 octobre une enquête. À présent, son père attend la vérité.

"C’est parti trop loin", se désole Serge Gonthier, le père de Dinah. Pour lui, le suicide de sa fille, "nous concerne tous, nous qui avons des enfants. Il faut qu’on trouve les moyens de remarquer tout ça et d’affronter tout ça ensemble, que les enfants vivent". Dimanche 24 octobre, une marche blanche en la mémoire de l’adolescente a réuni plus d’un millier de personnes à Mulhouse. De nombreuses banderoles brandies par les participants affichaient des messages de soutien avec les mots "Dinah repose en paix", "A la mémoire de Dinah" ou encore "Dinah, à tout jamais dans nos cœurs". Un moment qui a particulièrement touché Serge Gonthier : "Ça m’a vraiment fait chaud au cœur, de voir tous ces gens associés à notre peine, c’était très important".

Harcelée depuis deux ans

Lors de cette marche blanche, la mère de l’adolescente a mis en cause devant les journalistes ses camarades, mais aussi le corps enseignant. Sur RTL, cette dernière a raconté comment cette histoire avait commencé pour sa fille dès la classe de 4e : "Dinah avait un petit groupe d’amies et, un jour, elle a eu le malheur de leur dire qu’elle était LGBT". C'est à ce moment que le harcèlement a commencé. "Elles ont créé un groupe WhatsApp pour se moquer d’elle avant de se mettre à la bousculer dans les couloirs du collège et à l’insulter de "sale lesbienne", "sale intello", "sale race" ou "encore sale métisse"".

De nombreuses insultes homophobes et racistes qui ont poussé l’adolescente à une première tentative de suicide en mars. Malgré ça, Dinah a obtenu son brevet avec une mention très bien et a été dans un lycée où ses harceleurs n’étaient pas. Seulement, la cantine de l’établissement est commune à d’autres écoles, et elle y recroise parfois celles qui étaient ses amies. C’est là que la jeune fille a replongé, conduisant à cette nuit du 4 au 5 octobre, où elle s’est pendue dans sa chambre.

Enquête et réponses

Pour l’heure, aucune plainte n’a été déposée. Mais la mère de Dinah a annoncé qu’après un deuil de 40 jours observés par la religion musulmane, une plainte serait portée contre X et contre le collège. Lundi 25 octobre, la procureure de Mulhouse Edwige Roux-Morizot a indiqué qu’"une enquête a été ouverte pour des faits de harcèlement dénoncé  par la maman (…) C’est important que nous allions vérifier tous ces éléments-là". Le déclenchement de cette enquête vingt jours après la mort de Dinah a soulevé des questions, mais Serge Gonthier estime que "mieux vaut tard que jamais".

À présent, le père de l’adolescente attend "que la vérité soit établie et que je puisse faire mon deuil".

Mon deuil, je l’aurais toujours, mais que ça puisse me soulager, me soulager d’apprendre les circonstances qui l’ont poussé à faire ça. J’attends avec impatience qu’on trouve les coupables, qu’ils soient punis en conséquence. Il faut qu’ils réalisent que ce qu’ils ont fait, c’est grave, très grave. Tout est entre les mains de la justice maintenant.

Serge Gonthier, le père de Dinah

Serge Gonthier a ensuite évoqué, ému, les projets qu’il avait avec sa fille, notamment un futur voyage à La Réunion : "Il était prévu qu’on parte à La Réunion pour qu’on puisse visiter mon île, mes origines, ma famille… " Un projet qui s’est éteint avec Dinah.