Vie chère : pour le CESE, il y a "urgence" à s'attaquer à la pauvreté en Outre-mer

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Yvane Goua contre la vie chère
©Isabelle Lerouge
Le conseil économique, social et environnemental (CESE) vient de publier une étude sur le pouvoir d'achat et la cohésion sociale en Outre-mer. "Il y a urgence à s’attaquer à la paupérisation et au délitement de la cohésion sociale".
"La revendication de justice sociale des ultramarins doit à présent être entendue." Par ces mots, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) publie une étude préoccupante sur la situation sociale et économique en Outre-mer. Une situation dénoncée de longue date, notamment lors de mouvements sociaux comme la grève générale qui a touché les Antilles-Guyane en 2009, Mayotte en 2011 ou plus récemment, La Réunion en 2018 où la mobilisation des gilets jaunes a été très forte. 

Concrètement, une enquête de l'INSEE parue en 2015 montre bien le coût plus élevé de la vie en Outre-mer :
  • + 11,6 % en Guyane
  • + 12,3 % en Martinique
  • + 12,5 % en  Guadeloupe
  • + 6,9 % à Mayotte
  • + 7,1 % à La Réunion
  • + 55 % en Polynésie française (2016)
  • + 44 % en Nouvelle-Calédonie (2016)
"Les écarts de prix sont encore plus importants sur les produits alimentaires : + 40 % à La Réunion et + 50 % en Martinique", rappelle le CESE, "ce qui pèse particulièrement sur le panier des ménages les plus modestes.
 
En ce qui concerne le taux de pauvreté, les méthodes statistiques de l'INSEE sont critiquées car elles ne prennent pas en compte les prix élevés et se référent au niveau de vie local et non national. La délégation Outre-mer du CESE demande de "donner les moyens à l'INSEE" d'établir des calculs qui reflètent la réalité de la pauvreté Outre-mer, afin d'établir des politiques publiques plus adaptées. 
 

Penser à long terme...

Le pouvoir d'achat et la cohésion sociale sont intimement liés en Outre-mer, estime le CESE. À l'insularité (sauf pour la Guyane) s'ajoutent des spécificités structurelles. Aujourd'hui, celles-ci sont compliquées par la crise sanitaire du Covid-19 qui a mis en exergue des inégalités criantes dans les territoires ultramarins. 

La crise sanitaire du Covid-19 a fait ressurgir aux yeux de tous, les conditions de vie misérables d'une grande partie de la population de Mayotte, dans certaines communes de La Réunion ou dans les îles isolées de Polynésie française, pour ne prendre que quelques exemples.

- CESE


La situation sanitaire s'ajoute à un chômage deux à trois fois supérieur à l'Hexagone, à des revenus plus faibles et donc, à une pauvreté accrue. La délégation Outre-mer du CESE estime qu'il est "indispensable (...) d'apporter des réponses de long terme" face "à cette grave difficulté qui mine le pacte social et la cohésion républicaine."
 

Pouvoir d'achat et prix

Elle appelle donc les pouvoirs publics à faire en sorte de maintenir le pouvoir d'achat des publics plus fragiles (personnes âgées, jeunes précaires, familles monoparentales...) mais aussi les distributeurs à aligner les prix des produits de première nécessité sur ceux de l'Hexagone. Les situations de monopoles ou d'oligopoles doivent également faire l'objet d'une meilleure régulation de la part de l'Autorité de la concurrence, note le CESE. 

Suite à la crise sanitaire du Covid-19, les prix des denrées alimentaires, de l’eau, des télécommunications et du fret, doivent être contrôlés par le Préfet et faire l’objet, si nécessaire, d’un arrêté de fixation des prix, afin d’éviter toute flambée par rapport à ceux de l’hexagone.

- CESE


Ainsi, la délégation demande à ce que les prix d’une dizaine de types de produits de première nécessité soient "bloqués pendant au moins une année". "Ce dispositif pourra, le cas échéant, être réactivé en cas de nouvelle crise, notamment climatique, sismique ou autre."
 

...et penser local

Développer la compétitivité de la production locale est également préconisé par le CESE. Il recommande pour cela de prolonger les fonds d'aide pour une agriculture écologique et locale, mais aussi de renoncer à certaines importations pour favoriser une consommation locale et plus saine. 

Le carburant, les abonnements téléphoniques, les billets d'avion, l'eau courante et la gestion des déchets coûtent également plus cher en Outre-mer. "Les collectivités territoriales ultramarines doivent se mobiliser pour faire baisser les prix des services publics qui restent élevés en Outre-mer", explique le CESE. Développer les énergies renouvables pourrait alors s'avérer gagnant, estime la délégation, afin de faire baisser les prix de l'électricité et la dépendance aux importations. À titre d'exemple, en Polynésie, "les 20 % des ménages les moins riches consacrent 10 % de leur budget à l'énergie domestique".
  

Et la fiscalité indirecte ?

Dans son étude, la délégation revient largement sur la fiscalité spécifique qui s'applique en Outre-mer et notamment sur l'octroi de mer qui s'applique sur les marchandises importées. Une taxe souvent critiquée, sa suppression ayant notamment été réclamée par les gilets jaunes à La Réunion. Aujourd'hui, le CESE demande qu'une étude spécifique soit réalisée "sur l'impact global de la fiscalité indirecte dans la formation des prix" dans les Outre-mer, "avant tout projet de réforme de l'octroi de mer". 
 
Pour surveiller la vie chère Outre-mer, il existe des dispositifs comme les Observatoires des prix, des marges et des revenus (OPMR) ou encore le "bouclier qualité prix". Une vigilance renforcée et des moyens supplémentaires sont nécessaires, indique le CESE, pour plus de transparence et de protection des consommateurs ultramarins ainsi qu'une meilleure valorisation de la production locale. 
 

Reportage en vidéo

Regardez le reportage Outre-mer la 1ère de Francis Gibrien et Emmanuel Morel :
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