Babette de Rozières : "Ma mère a tout fait pour me faire disparaître" [#MaParole]

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Babette de Rozières #Maparole
©DR
Célèbre chef originaire de la Guadeloupe, Babette de Rozières a ouvert une bonne vingtaine de restaurants, lancé le salon de la gastronomie des Outre-mer, mené des batailles politiques et animé plusieurs émissions culinaires. Récit d'un parcours hors du commun dans #MaParole.

Quand on se sent le vilain petit canard dans sa propre famille, difficile de ne pas être en rage. Cette colère Babette de Rozières en a fait une force. Ainée d’une famille de 8 enfants, elle a été toujours considérée à part. La "noiraude" la nommait sa propre mère Vénus qui ne voulait pas d’elle.

#1 Le vilain petit canard

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Babette de Rozières a failli ne pas naître, "je n’étais pas désirée", écrit-elle dans son autobiographie. Le fruit du péché. A la maison, sa mère Vévé avait tendance à la battre pour un oui ou pour un non à coups de "tuyau vert ou de câbles électriques entrelacés". Seule sa grand-mère Toutoute s’occupait d’elle. C’est elle qui lui a donné le goût de la cuisine, des épices et du travail bien fait. Très vite, Babette de Rozières a vu dans l’école une porte de sortie. Elle a travaillé pour avoir son bac dans l’espoir de quitter au plus vite la Guadeloupe et suivre des études dans l’Hexagone. Une fois le bac en poche, inscrite en fac d’histoire-géo à Antony, elle s’envolait pour Paris. L’histoire-géo ce n’était pas forcément son truc, "mais il y avait de la place".

Babette de Rozières
©MIGUEL MEDINA / AFP

 

#2 Du Pingouin à Saint-Tropez

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Une fois à Paris, sans aucune aide financière, Babette de Rozières a dû se loger et trouver du travail. Elle a passé tous les concours possibles et coup de chance, l’ORTF l’a embauchée. Elle a découvert le monde de la télévision, les émissions de variétés de Maritie et Gilbert Carpentier, des artistes comme Yves Montand. Un jour, il lui a chanté une chanson, rien que pour elle. Babette de Rozières s'en souvient comme si c'était hier. "J'étais en larmes, tellement c'était beau", se souvient-elle. Elle a aussi croisé le peintre Salvador Dali, mais elle n’avait pas perçu à quel point il était connu. "J’étais jeune et ignorante", s’amuse-t-elle aujourd’hui. Au bout de sept années à Paris, Babette de Rozières alors âgée de 24 ans a eu envie de rentrer au pays natal. En Guadeloupe, elle a de nouveau été embauchée par l’ORTF, cette fois comme speakerine. "C’était très folklorique", se rappelle-t-elle car elle avait tendance à perdre ses notes. Elle a donc appris à improviser. Une très bonne école pour la suite.

En Guadeloupe, elle a aussi ouvert son premier restaurant, le Pingouin au Gosier. Elle a aussi été maman d’une petite fille. Mais à la suite d’une histoire d’amour qui a mal tourné avec le papa, elle a préféré tout quitter et revenir à Paris. En 1974, retour à l’ORTF dans la capitale. Babette de Rozières n’a pas tardé à ouvrir un nouvel établissement : l’Hibiscus près des Folies Bergères. Au début, ça ne marchait pas très fort, mais la future chef a rapidement compris ce qui pouvait attirer la clientèle. Des cocktails au rhum accompagnés d’accras à la morue. Un triomphe. L’Hibiscus ne désemplissait pas. Malheureusement, Babette de Rozières a été victime d’un grave accident de voiture qui l’a laissé plusieurs semaines dans le coma. Progressivement, la Guadeloupéenne a réussi à surmonter cette épreuve. Grâce à l’Hibiscus elle avait rencontré une comtesse qui lui parlait sans arrêt de Saint-Tropez. "Moi je ne savais pas ce que c’était Saint-Tropez", s’amuse-t-elle aujourd’hui. Elle a fini par suivre les conseils de la comtesse et a dirigé pendant une saison, La plage des palmiers, "un magnifique restaurant de bord de mer" fréquenté par la jet set.

 

#3 Chef cathodique

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Après Saint-Tropez, difficile de revenir à Paris. Babette de Rozières a choisi de retourner en Guadeloupe. C’est le début des années fastes. La chef guadeloupéenne a dirigé à cette époque quatre établissements. Une vie trépidante. Elle apprend à se faire respecter en tant que restauratrice et attise pas mal de jalousies. En 1984, elle décide de repartir à Paris, "de manière définitive" dit-elle aujourd’hui. Comme Babette de Rozières n’est pas du genre à se laisser abattre, elle a très vite remonté un restaurant. En parallèle, la chef guadeloupéenne a commencé à mener une carrière de chroniqueuse et d’animatrice à la télévision avec succès.

Babette de Rozières et Anne Hidalgo
Babette de Rozières et Anne Hidalgo ©La1ere.fr

Et comme elle n’était pas assez occupée, elle s’est lancée en politique. "Amie indéfectible" d’Anne Hidalgo, elle a choisi par goût politique Valérie Pécresse. "J’ai toujours été de droite", dit-elle et "c’est Jacques Chirac lui-même qui m’a apporté ma carte du RPR", ajoute-t-elle. Elue conseillère régionale en 2015, la chef cathodique s’investit aujourd’hui dans la campagne de la présidente de la région Ile-de-France à la présidentielle. Elle prépare aussi la 7e édition du salon de la gastronomie des Outre-mer dont elle raconte la genèse mouvementée dans #MaParole.

Un trio inédit : Babette de Rozières, Valérie Pécresse et Jean-Marc Mormeck
Babette de Rozières, Valérie Pécresse et Jean-Marc Mormeck ©Léia Santacroce

A la prise de son : Bruno Dessommes.

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♦♦ Babette de Rozières en 5 dates ♦♦♦

27 mai 1947

Naissance à Pointe-à-Pitre

1978

Ouverture de l’Hibiscus à Paris

13 décembre 2015

Elue conseillère régionale d’Ile de France sur la liste de Valérie Pécresse

Février 2015

Premier salon de la gastronomie des Outre-mer

Avril 2019

Sortie de son autobiographie Toujours se relever (Orphie)