Rétro 2020 : une année très mouvementée pour l’industrie du nickel

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retro 2020 nickel
©@Alain Jeannin

Vente de l’usine du Sud, actes de vandalisme, blocages, mais aussi difficultés structurelles des industriels calédoniens : l’année 2020 a été particulièrement éprouvante pour le secteur du nickel.

C’est tout le paradoxe calédonien : alors que le 11 décembre dernier le cours du nickel était au plus de haut de l’année, au-dessus des 17 000 dollars la tonne, en Nouvelle-Calédonie le secteur traverse une mauvaise passe, notamment sociale. Pourtant,  le territoire reste dans le top 5 mondial des exportateurs.

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©NC la 1ere

Le haut-commissaire le résumait ainsi sur le plateau du JT le 13 décembre dernier : « Les trois usines ne vont pas bien. Pour des raisons différentes, mais les trois usines ne sont pas en bonne santé économique. » 

Usine du Sud : la vente à l’origine de la tourmente

C’est l’une images fortes de l’année :  l’incendie et le sabotage de locaux et d’engins sur mine de Goro, le 14 décembre dernier, quelques jours après les violentes intrusions qui avaient entraîné l’arrêt total de l’usine du Sud et l’évacuation de quelque 300 salariés.

Mais le premier coup de théâtre, dans ce feuilleton de la vente du site industriel de Vale NC remonte au 8 septembre dernier lorsque le repreneur potentiel, l’Australien New Century Resources, annonce mettre fin aux négociations en cours avec le géant brésilien.

« En l’espace de deux mois, il faut que l’on soit capables de monter un programme de reprise, réaliste, simple, exécutable et qui inspire confiance à tout le monde », lance alors Antonin Beurier, président de Vale NC dont la maison-mère a annoncé la mise en veille de l’usine du Sud pour le 31 décembre si aucun repreneur n’était trouvé. 

Ce sont alors deux visions qui s’opposent : il y a d’un côté l’offre portée par Antonin Beurier et le Suisse Trafigura, soutenue par l’Etat, la province Sud et les salariés de Vale NC. Et de l’autre, celle la Sofinor allié à l’industriel Korea Zinc, soutenue par le camp indépendantiste et par les coutumiers.

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L’Etat organise une table ronde avec les acteurs du dossier mais l’accord obtenu après dix heures de discussions dans la nuit du 3 au 4 décembre est caduc deux jours plus tard : le FLNKS estime que l’accord a été détourné par l’industriel et annonce le 5 décembre « reprendre la main sur ce dossier ».

Tout s’accélère alors avec le retrait de l’offre Korea Zinc le 7 décembre et l’annonce par Vale de la signature de la vente avec Prony Resources le 9 décembre. 

Les semaines qui suivent sont particulièrement tendues, marquées par de violents affrontements en plein cœur de Nouméa, des blocages et contre-blocages sur les routes. Le 10 décembre, l’intrusion violente et l’incendie d’un bâtiment administratif de l’usine entraîne son arrêt en urgence. 

Le FLNKS qui condamnera l’acte plus tard décide alors d’alléger la mobilisation, tout en maintenant sa demande de départ de Trafigura, comme l’explique Victor Tutugoro, porte-parole du Front : « On demande que Trafigura se retire sous la pression de l’Etat ou sous la pression de Vale comme ils ont fait retiré Korea Zinc pour laisser la place à la discussion, localement. Et on trouve un autre repreneur. » Et « tant pis », dit-il si Vale s’en va et décide de tout fermer. 

 KNS et la SLN, géants au pied d’argile

Dans le Nord, la production de nickel du Koniambo a chuté de 25% selon un rapport de Glencore, négociant suisse qui détient 49% du site industriel de KNS, aux côtés de la SMSP et de la Sofinor, actionnaires majoritaires. La dette de KNS est aujourd’hui estimée à 1020 milliards de francs.

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De son côté, la Société Le Nickel ne va pas beaucoup mieux et l’usine de Nouméa reste sous la menace d’une fermeture : il faut « officialiser les échanges entre les parties prenantes et les actionnaires pour trouver une solution afin d’éviter d’être dans des situations de finance difficiles [voire de] faillite », selon Colin McGibbon, directeur général de la SLN jusqu’en novembre dernier.

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Afin d’apporter un peu d’air au secteur, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie a autorisé en août dernier l’exportation de minerai brut à basse teneur des mines de Tiebaghi et de Goro. « C’est la première fois qu’un gouvernement de la Nouvelle-Calédonie prend cette décision là et qui va permettre de valoriser véritablement et complètement la richesse minière qui est la nôtre », expliquait alors Thierry Santa, précisant que la demande de la SLN d’exporter 2 millions de tonnes supplémentaires était suspendue « à des engagements précis de la société ».

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La SLN qui en cette fin d’année fait elle aussi face à des blocages.  Blocages pour la plupart levés en ce 27 décembre mais qui ont, selon la SLN, qui aggravé les pertes de la société de 1,5 milliard de francs ces trois dernières semaines.