Ressortissants haïtiens arrivés en Guyane via le Suriname : les éclairages du préfet et de l'ambassadeur de France

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File d'attente préfecture

Des Haïtiens sont entrés en Guyane après avoir rejoint le Suriname par avion alors que les frontières aériennes étaient théoriquement fermées. La délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale a interrogé le préfet de Guyane et l'ambassadeur de France au Suriname sur la situation.

En avril et mai derniers, des vols ont permis a des ressortissant haïtiens de quitter leurs pays et de rejoindre le Suriname. Parmi les passagers, on comptait de nombreux mineurs non accompagnés. Environ 1 400 personnes auraient voyagé sur ces vols selon l’ambassade de France au Suriname. Une partie de ces passagers a ensuite rejoint la Guyane, provoquant une nette augmentation du nombre de demandeurs d'asile.

Pourtant, en théorie, les frontières aériennes du Suriname étaient fermées et les avions cloués au sol en raison de la pandémie de coronavirus. La délégation aux Outre-mer de l’Assemblée nationale a interrogé ce mercredi Thierry Quefellec, préfet de Guyane, et Antoine Joly, ambassadeur de France au Suriname, pour éclaircir la situation.


Poussée migratoire

"On a eu un afflux d’Haïtiens qui se sont retrouvés devant la sous-préfecture de Saint-Laurent-du-Maroni, détaille Thierry Queffelec. Au lieu d’en avoir 3-4 par jour, on en a eu entre 25 et 40. C’était quelque chose d’inattendu d’autant plus que les frontières étaient fermées."  

Alerté par la préfecture de Guyane en avril, l’ambassadeur de France au Suriname, Antoine Joly, a demandé des explications au gouvernement surinamais. Devant les députés, l’ambassadeur salue "les décisions très rapides" de Paramaribo, puisque quelques jours après avoir été informé "le président du Suriname a décidé d’arrêter tous les vols charters mis en place durant les dernières semaines" et a lancé une commission d’enquête pour éclaircir l’affaire. La commission n'a pas encore rendu ses conclusions.

On s’est aperçu qu’il y avait une organisation mercantile, alors que tous les avions théoriquement sont au sol, que les frontières sont fermées, pour organiser le passage d’Haïtiens. Il y avait énormément d’enfants. 

Thierry Queffelec, préfet de Guyane.


L’homme qui aurait mis en place ces vols charters serait Jean Mixon, un concessionnaire automobile et homme politique originaire d’Haïti. "Celui qui a mis en place le dispositif est quelqu’un de connu au Suriname, il a été un soutien du précédent gouvernement, et puis ensuite il a changé de bord pour soutenir le nouveau gouvernement. Il n’est pas exclu, qu’à un certain niveau, il y ait eu quelques compromissions, a détaillé Antoine Joly, avant de rappeler que le chef de l’immigration du Suriname a été démis de ses fonctions après l’affaire.

Situation économique préoccupante en Haïti et au Suriname

Outre les Haïtiens vivant en Haïti qui souhaitent rejoindre la France, les candidats à l’immigration viennent désormais aussi du Suriname, où une importante communauté haïtienne est installée. "Aujourd’hui le Suriname traverse une situation financière et économiques extrêmement difficile. Un Etat en faillite, qui a un mal fou à payer ses fonctionnaires. Ça a des répercussions sur la communauté haïtienne qui est là de longue date", détaille Antoine Joly. Selon lui, des entreprises qui employaient une main d’œuvre principalement haïtienne ont récemment fermé. 

En Guyane aussi la communauté haïtienne - estimée à 135 000 personnes - est bien implantée, d’où le choix des demandeurs d'asile de rejoindre le territoire. "Dans le cadre de l’hébergement d’urgence nous avons très, très peu de demandes d’Haïtiens. Ils sont présents mais intégrés dans des communautés, dans des squats", explique le préfet Thierry Quefellec.

Selon Antoine Joly, un autre facteur peut expliquer cette poussée migratoire. Depuis deux ans, les Haïtiens en transit au Suriname peuvent faire les démarches pour obtenir un visa pour la France en ligne. "Ça a facilité la délivrance ", résume-t-il. L’ambassadeur espère que le Suriname mettra prochainement "en œuvre une instruction beaucoup plus serrée sur l’accord de visa pour les Haïtiens".