26 jours à bord de l'Astrolabe : le peintre Nicolas Vial raconte sa traversée des Îles Éparses

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Nicolas Vial
Nicolas Vial, peintre officiel de la Marine, dans son atelier parisien. ©Quentin Menu
De retour à Paris, le peintre officiel de la Marine prépare un livre sur ses quelques jours passés avec l'équipage du brise-glace français au mois de mai, en mission spéciale dans les Terres australes et antarctiques françaises (TAAF).

L'image est belle et chaotique. Le tronc sans vie d'un arbre déraciné sur l'île Juan de Nova occupe tout l'espace au premier plan, tandis qu'une étendue d'eau se répand sur le reste de la feuille. Au loin mouille un navire, rouge et blanc. Les nuages s'amoncellent au-dessus de l'océan. Nicolas Vial vient de peindre une de ses dernières illustrations, souvenir de son voyage à bord de l'Astrolabe au mois de mai. "C'est un dessin que je viens de faire de mémoire", dit-il, en nous faisant le tour de son atelier parisien. La peinture sera scannée et envoyée aux éditions du Chêne qui publieront fin octobre une compilation de ses carnets de voyage.

Astrolabe
Dessin de l'Astrolabe dans l'atelier de Nicolas Vial, à Paris. ©Quentin Menu


L'homme de 66 ans revient de près d'un mois de navigation sur l'Astrolabe, cet énorme brise-glace français - le seul - appartenant à la fois aux Terres australes et antarctiques françaises (TAAF), à l'Institut polaire français Paul-Émile Victor (IPEV) mais aussi au Ministère de la Défense (la Marine nationale).

Mission : récupérer les déchets échoués sur les Îles Éparses

Le 25 avril, le navire s'est lancé pour une mission militaire spéciale aux Îles Éparses, ces bouts de terres inhabitées appartenant à la France et éparpillées autour de Madagascar. À vrai dire, il ne s'agit pas d'une mission impossible que seuls les plus grands espions pourraient remplir. Le bateau a simplement été dépêché dans l'océan Indien pour récupérer les déchets échoués sur les îlots français et récoltés par les autorités sur site, afin de les ramener à La Réunion pour les recycler.

Mais ce n'est rien d'anodin pour ce navire au fond plat, habitué aux eaux glaciales de l'Antarctique - l'Astrolabe fait généralement la navette entre l'Australie et la Terre Adélie. Pour Nicolas Vial, cette mission servait avant tout à préserver ces îles désertes "magnifiques, avec du sable blanc, des coraux et où l'eau est translucide". Le paradis, en résumé.

Dessin du parcours de l'Astrolabe, autour de Madagascar. ©Nicolas Vial


Le peintre, également dessinateur de presse, n'a pourtant pas été envoyé sur l'Astrolabe pour ramasser les bouts de plastique et de bois portés par la mer jusque sur les côtes des Éparses. Lui est monté sur le navire pour gribouiller des paysages. "Chacun a un poste très précis [sur le bateau]. Moi, j'allais dans ma cabine dessiner dans mes carnets de voyage." Dessiner quoi ? La mer, l'Astrolabe, les poissons, les parcelles de terre sur lesquelles il faisait escale, Madagascar... Mais pas d'humains. "C'est pas mon truc", balaye-t-il d'un revers de la main.

Nicolas Vial a eu le droit d'embarquer en tant que peintre officiel de la Marine. Un titre honorifique qui gratifie son détenteur d'un rang militaire - il est capitaine de corvette - et lui permet de monter sur n'importe quel navire militaire, soit pour trouver l'inspiration, soit pour peindre, écrire ou sculpter.

Si j'ai accepté d'aller sur l'Astrolabe, c'est parce que ce n'était pas un bateau gris. C'était un bateau qui avait l'air beaucoup plus fun, plein de passerelles, plein de ponts, d'escaliers.

Nicolas Vial, peintre officiel de la Marine

Sur le brise-glace P-800, il aimait s'isoler sur le nid de corbeau : "Tout en haut, il y avait une petite cabine avec deux balcons pour voir très loin - une vigie". Perché, il pouvait observer la houle et l'agitation sur le pont. "Je m'imaginais le bateau dans la tempête", se souvient-il, se remémorant ces deux fois où la mer fut un peu agitée.

Vue d'une île depuis l'Astrolabe. ©Nicolas Vial

"C'est l'histoire d'un brise-glace qui va dans les eaux chaudes"

Jour après jour, escale après escale, Nicolas Vial apprend les codes des marins. "Par exemple, on ne dit pas 'Bonjour, commandant', on dit 'Commandant, bonjour !'". Le Parisien se découvre une passion pour ces territoires peu connus de la République. "Sur chaque île Éparses, il y a quatorze militaires, un gendarme et une infirmière. Ils sont relevés tous les 45 jours. Et ce ne sont jamais les mêmes [qui reviennent]", récite-t-il par cœur.

Dans son atelier où s'empilent tableaux, dessins, livres et photos, l'artiste s'attelle, depuis son retour, à coucher sur le papier ce qu'il a vécu pendant son périple. Ses carnets de voyage comptent une centaine de croquis. Son téléphone presque autant de photos. Nicolas Vial doit produire suffisamment de dessins pour en faire un livre, qui sortira à l'automne. En gros, "[ce sera] l'histoire d'un brise-glace qui va dans les eaux chaudes", esquisse-t-il.

Dessin de l'Astrolabe. ©Nicolas Vial


Un crayon noir dans la main, Nicolas Vial peut dessiner l'Astrolabe sur demande. Il connaît la forme du bateau par cœur. "Depuis que je suis petit, j'aime l'eau, la mer, les bateaux", raconte ce thalassophile d'une voix posée.

Tout ce qui se reflète dans l'eau, j'aime bien. J'aime bien, les mouvements de l'eau. J'aime bien le sentiment de liberté qu'on a dans un bateau. On voit loin.

Nicolas Vial, peintre officiel de la Marine

L'homme a également pris beaucoup de notes pendant son voyage. Sur ses rencontres, ses anecdotes, ses questionnements. En plus de son livre, le dessinateur s'est engagé à rédiger un reportage long-format pour la revue spécialisée Chasse-Marée, à paraître dans les mois à venir. Nicolas Vial, qui utilisait son privilège de peintre de la Marine pour la première fois en montant sur l'Astrolabe, attend déjà la prochaine opportunité pour remonter sur un navire militaire. Et pourquoi pas dans les Outre-mer, avance-t-il.